Une ville n’est jamais vide, Claude Attard
Claude Attard photographie les gens dans la rue depuis plus de quarante ans, d’abord en portrait. Depuis trois ans, il va plus loin : il montre aussi l’environnement, la lumière et les formes, et il traite tout cela de manière graphique. Son sujet, c’est la ville — mais une ville n’est jamais vide, et il attend parfois longtemps que la bonne personne entre dans le cadre. Formateur, spécialiste de Photoshop, il accompagne aujourd’hui des groupes sur le terrain pour travailler le graphisme urbain.
On pose les questions à Claude…
Claude Attard photographie les gens depuis plus de quarante ans, de préférence en situation et sans qu’ils le sachent, pour qu’ils restent naturels. Ses premières photographies de rue étaient surtout des portraits.
Il y a environ trois ans, il a compris qu’il pouvait aller plus loin : montrer l’environnement, la lumière, et traiter tout cela de façon graphique. Il travaille au Nikon Z8 avec un 24-120 mm, parfois au Ricoh GR III, et se fie davantage à son œil qu’au matériel.
Citadin, il dit ne pouvoir vivre qu’en ville et vouloir en montrer la beauté — ainsi que la « faune » qui la peuple. Autodidacte venu aux formations sur le tard, il est aujourd’hui formateur lui-même et accompagne des groupes sur le terrain.
SPF : Comment avez-vous découvert la photographie de rue ?
Claude Attard : J’ai toujours aimé photographier les gens, de préférence en situation, dans leur vie de tous les jours, et bien sûr sans qu’ils le sachent, afin d’être naturels. J’ai des photos de rue qui remontent à plus de 40 ans (surtout des portraits, à cette époque).
SPF : Depuis combien de temps pratiquez-vous la photographie de rue ?
Claude Attard : Il y a environ trois ans, j’ai découvert que je pouvais aller plus loin que simplement photographier les gens, mais que je pouvais aussi les mettre en situation, montrer leur environnement, la lumière, etc. Et montrer tout ça de manière graphique. La ville est importante. Je suis un citadin, je ne peux vivre qu’en ville, je veux montrer la beauté de cet environnement, et la « faune » qui la peuple.
SPF : Avez-vous suivi une formation en photographie, ou êtes-vous autodidacte ?
Claude Attard : Je suis autodidacte, j’ai tout de même suivi quelques formations sur le tard, et à présent, je suis moi-même formateur.
SPF : Quel matériel utilisez-vous pour la photographie de rue (appareil photo, objectifs, accessoires, etc.) ?
Claude Attard : Le plus souvent, un Nikon Z8 avec un 24-120mm. Occasionnellement, un Ricoh GR III.
SPF : Avez-vous un équipement préféré pour la photographie de rue, et pourquoi ?
Claude Attard : Je n’ai pas de préférences particulières. Je me fie davantage à mon œil pour composer une image qui me plait.
SPF : Comment définiriez-vous votre style en photographie de rue ?
Claude Attard : J’ai un style très graphique. L’environnement m’intéresse autant que les gens, parfois davantage. Les personnes sont un des éléments de mes photos, pas toujours le principal. Mon sujet de prédilection, c’est la ville, mais une ville n’est jamais vide. J’attends parfois que la « bonne personne » passe dans mon champ photographique.
SPF : Y a-t-il des photographes de rue qui vous inspirent ?
Claude Attard : J’aime le regard d’Éric Forey. Il ne voit pas de objets tels qu’un immeuble ou des voitures, il voit des formes et des couleurs : cubes, ronds, etc. Il construit ses compositions à partir de ces éléments. Harry Gruyaert donne l’impression d’avoir agencé la réalité pour qu’elle convienne à sa photo. C’est très fort.
SPF : Pouvez-vous partager une de vos photos de rue préférées et raconter son histoire ?
Claude Attard : Je passais souvent devant ce magasin de sous-vêtements, avec cette grande affiche en devanture. J’étais sûr qu’il y avait une photo à faire, et j’en ai fait plusieurs, mais je n’étais pas satisfait du résultat. Ça a duré plusieurs mois, je restais souvent plusieurs minutes en attente de la bonne personne. Et un jour, j’ai vu de loin cet homme qui attendait devant, avec ses lunettes de soleil, son air peu engageant et ses bras croisés. J’ai mis en titre « Le garde du corps ». Je suis repassé dans cette rue quelques jours après, l’affiche avait été changée !
SPF : Quels sont les défis auxquels vous êtes confronté en pratiquant la photographie de rue ?
Claude Attard : Je suis timide, je me cache. J’ai appris à passer inaperçu, ce qui me permet de réaliser des photos sur lesquelles les gens sont plus naturels.
SPF : Pouvez-vous partager une expérience mémorable que vous avez vécue tout en faisant de la photographie de rue ?
Claude Attard : Un jour, j’ai fait la photo sur laquelle se trouvait une jeune femme. Mon épouse, qui se promenait un peu plus loin, s’est approché. La fille lui a dit « Il a fait une photo de moi ! » et elle est partie, pensant sans doute me laisser face à une scène conjugale. Mais ma femme a l’habitude, ça fait des années qu’elle me voit photographier toute sorte de gens.
SPF : Comment gérez-vous les questions d’éthique liées à la photographie de rue, en particulier en ce qui concerne la vie privée des sujets ?
Claude Attard : Je n’ai pas de problème avec l’éthique, surtout que les gens qui sont sur mes photos sont rarement le sujet principal.
SPF : Avez-vous déjà eu des situations délicates en photographie de rue et comment les avez-vous gérées ?
Claude Attard : Rarement. Si la personne ne veut pas être sur la photo, je ne shoote pas, ou je supprime.
SPF : Quels conseils donneriez-vous aux débutants qui souhaitent se lancer dans la photographie de rue ?
Claude Attard : On accorde trop d’importance à la technique : focale, ouverture, appareil dernier modèle… Il vaut mieux avoir un bon coup d’œil, être capable de voir des alignements et des détails graphiques, en étant équipé d’un petit boîtier bas de gamme, qu’avoir 10000 € de matériel et ne pas savoir cadrer ou composer une image.
SPF : Avez-vous des recommandations pour développer sa créativité en photographie de rue ?
Claude Attard : Apprendre à regarder. Chercher les formes, les lignes, la lumière, etc. Les personnes qui mettront la scène en valeur viennent après. Le lieu photographié et l’instant du déclenchement sont séparés.
SPF : Avez-vous des projets ou des objectifs futurs en photographie de rue que vous aimeriez partager ?
Claude Attard : Dans mes photos, je travaille beaucoup avec les lignes et avec les contrastes. Lorsque le temps est gris et la lumière timide, je ne sais pas toujours comment profiter de ce que ces conditions peuvent m’offrir.
SPF : Prévoyez-vous de participer à des expositions ou des publications prochainement ?
Claude Attard : Je suis formateur. Depuis plusieurs années, je fais partie de l’équipe d’Olivier Rocq, je suis spécialiste de Photoshop, je coache des gens en téléformation. Depuis cette année, je me suis lancé aussi à créer mes propres sorties sur le terrain, accompagner des groupes afin de les aider à développer leur regard, surtout dans le domaine du graphisme urbain.


