Une rencontre furtive, intense et muette — Régine Ducornaud

Régine Ducornaud photographie la rue depuis une dizaine d’années. Elle vit dans un village de deux cents habitants et doit prendre la route, volontairement, pour aller chercher ses images en ville. Elle est venue à la photographie de rue par Flickr puis Instagram : le jour où elle a découvert « la vie et l’humanité à travers des images », elle a su que c’était pour elle. Elle a commencé seule, puis a suivi plusieurs stages lorsqu’elle a senti ses limites. Elle cherche la pureté des lignes et le minimalisme dans ses noir et blanc, la vie et les expressions furtives dans ses images en couleur, et parfois des atmosphères sans personne dedans.

On pose les questions à Régine…

Régine Ducornaud pratique la photographie de rue depuis une dizaine d’années. Elle a commencé seule, puis, quand elle a eu l’impression d’atteindre ses limites, elle a suivi plusieurs stages — dont un, inoubliable, avec Gildas Lepetit-Castel. Elle photographie le plus souvent avec un Alpha 7C II et un 35 mm ; lorsqu’elle veut s’alléger, elle emporte un RX100 VII, petit, discret, furtif. Le choix dépend de l’humeur du jour : l’Alpha quand il lui faut de la poésie, de la finesse, du flou d’arrière-plan ; le RX100 quand elle cherche la vie pure, le jeu, les instants.

Ses références vont de Saul Leiter, qu’elle vénère, à Cartier-Bresson et Vivian Maier, en passant par Madeleine de Sinéty et Stéphanie Lacombe. Elle fait partie de MacaDames, un collectif de photographie de rue au féminin des Côtes-d’Armor qui prépare un abécédaire de la rue, et elle a créé dans son village un atelier photo qui réalise un « Portrait de village » à travers ses habitants — un travail qui donnera une exposition en mai et un livre.

SPF : Comment avez-vous découvert la photographie de rue ?

Régine Ducornaud : J’ai découvert la photo de rue par l’intermédiaire de Flickr puis d’instagram. J’ai toujours eu horreur des photos de chatons et de couchers de soleils, et le jour où j’ai découvert la vie et l’humanité à travers des images, je me suis dit que c’était pour moi.

SPF : Depuis combien de temps pratiquez-vous la photographie de rue ?

Régine Ducornaud : Je pratique la photo de rue depuis une dizaine d’années maintenant. Paradoxalement, j’habite un petit village de 200 habitants, je dois donc me déplacer jusqu’à la ville de façon volontaire pour faire mes photos de rue.

SPF : Avez-vous suivi une formation en photographie, ou êtes-vous autodidacte ?

Régine Ducornaud : J’ai commencé seule à pratiquer la photo de rue. Quand j’ai eu l’impression d’atteindre mes limites, j’ai fait plusieurs stages, dont un inoubliable avec Gildas Lepetit-Castel, qui a également écrit un ouvrage sur la photo de rue.

SPF : Quel matériel utilisez-vous pour la photographie de rue (appareil photo, objectifs, accessoires, etc.) ?

Régine Ducornaud : Je photographie le plus souvent avec un alpha7CII et un objectif 35 mm.

SPF : Avez-vous un équipement préféré pour la photographie de rue, et pourquoi ?

Régine Ducornaud : Lorsque je veux m’alléger, j’emporte un RX100 VII petit, discret, furtif. Mais je ne fais pas les mêmes photos qu’avec le plein format, bien sûr. Cela dépend donc de l’humeur du moment : Besoin de poésie, de finesse, de flou d’arrière-plan = Je prends l’alpha7. Besoin de vie pure, de jeu, d’instants = Je prends le RX100.

SPF : Comment définiriez-vous votre style en photographie de rue ?

Régine Ducornaud : J’aime la pureté des lignes, le minimalisme, c’est ce que je recherche en particulier dans mes photos en noir et blanc. J’aime aussi saisir la vie, des expressions furtives, surtout dans mes photos en couleurs. Enfin je recherche des atmosphères, parfois même sans humains.

SPF : Y a-t-il des photographes de rue qui vous inspirent ?

Régine Ducornaud : Je vénère Saul Leiter. Evidemment, j’adore Cartier-Bresson et Vivian Mayer. Il y a beaucoup de photographes qui m’inspirent, par exemple Madeleine de Sinéty pour un projet que je réalise actuellement ou Stéphanie Lacombe qui observe l’humanité avec tendresse, rigueur et engagement.

SPF : Pouvez-vous partager une de vos photos de rue préférées et raconter son histoire ?

Régine Ducornaud : Cette photo résume assez bien ce que j’essaie de faire : montrer le réel, mais d’une manière épurée et poétique. La photo de rue minimaliste, c’est je crois ce que je préfère. C’est peut-être le jour où j’ai pris cette photo que je l’ai compris.

SPF : Quels sont les défis auxquels vous êtes confrontée en pratiquant la photographie de rue ?

Régine Ducornaud : Je n’ai pas peur des gens et je n’ai pas de difficultés à m’approcher d’eux. En revanche je ne suis pas une grande technicienne et j’enrage quand je choisis les mauvais réglages au point de détruire une possibilité de photo. Le vrai défi, c’est la rapidité, et ne pas céder à l’émotion en prenant la photo (l’émotion, ça brouille la vue, ça fait trembler, très mauvais !).

SPF : Pouvez-vous partager une expérience mémorable que vous avez vécue tout en faisant de la photographie de rue ?

Régine Ducornaud : Non, je ne suis pas très bonne en anecdotes. Chaque expérience est mémorable, chaque photo est une rencontre. L’échange d’un regard, d’un sourire, c’est toujours mémorable.

SPF : Comment gérez-vous les questions d’éthique liées à la photographie de rue, en particulier en ce qui concerne la vie privée des sujets ?

Régine Ducornaud : Je ne me pose pas la question du respect de la vie privée des gens quand je prends une photo. Je respecte les gens que je photographie, je ne les montre pas dans des situations dégradantes. Il m’arrive parfois de leur demander l’autorisation ou de leur montrer le cliché, mais c’est plutôt rare. La photo de rue, pour moi, c’est une rencontre furtive, intense et muette.

SPF : Avez-vous déjà eu des situations délicates en photographie de rue et comment les avez-vous gérées ?

Régine Ducornaud : Une fois, aux Capucins à Brest, j’ai photographié une dame assez forte assise en train de commander une pizza. J’ai posté la photo sur insta, elle m’a contactée pour que je l’enlève ; elle n’aimait pas l’image d’elle que cette photo donnait. Elle avait raison, je l’ai enlevée, je me suis excusée.

SPF : Quels conseils donneriez-vous à quelqu’un qui débute en photographie de rue ?

Régine Ducornaud : Je conseillerais aux débutants de regarder, c’est le plus important. Et d’aimer les gens.

SPF : Avez-vous des recommandations pour développer sa créativité en photographie de rue ?

Régine Ducornaud : Je crois qu’il ne faut pas enfermer les genres dans des frontières. Pour rester créatif, il faut aller voir à côté : des photos de rue à la plage, des photos de rue sans humains…

SPF : Avez-vous des projets ou des objectifs futurs en photographie de rue que vous aimeriez partager ?

Régine Ducornaud : Je fais partie d’un collectif de photo de rue au féminin en Côtes d’Armor qui s’appelle MacaDames. Nous préparons un abécédaire de la rue qui nous permettra de décliner notre perception de la photo de rue. C’est un projet passionnant. Par ailleurs, j’ai créé un atelier photo dans mon petit village et nous sommes en train de réaliser un « Portrait de village » à travers ses habitants. C’est une expérience fabuleuse, qui s’apparente plus à la photo de reportage qu’à la photo de rue.

SPF : Prévoyez-vous de participer à des expositions ou des publications prochainement ?

Régine Ducornaud : Le projet « Portrait de village » débouchera sur une expo en mai et un livre photo. Le projet « Abécédaire de la rue » devrait également déboucher sur une publication, plus lointaine.