Un Voyage dans la Photographie de Rue : l’Œil de Pascal Florès

Découvrez le monde de la photographie de rue à travers l’objectif de Pascal Florès. Cet interview approfondi explore ses débuts, ses techniques, et son approche personnelle de la photographie urbaine. Rejoignez-nous pour un aperçu authentique de son art et de sa vision.

On pose les questions à pascal…

Dans cette interview, Pascal Florès partage avec nous son parcours photographique.

SPF : Comment avez-vous découvert la photographie de rue ?
Pascal Florès : J’ai découvert la photographie de rue durant mon adolescence vers 17 ou 18 ans, au début des années 80. Cela correspondait avec le premier appareil photo que mes parents m’avaient offert pour mon anniversaire. C’était un Canon AE1. C’est avec lui que j’ai commencé à faire mes premiers pas dans la photo, accompagné d’un ami dans Paris. On faisait de la photo de rue sans le savoir, tellement on était heureux d’utiliser ce type d’appareil. On photographiait tout et n’importe quoi (des gens, des monuments, des panneaux de signalisation, des trains, des métros, etc…). Souvent le résultat était médiocre et nos camarades de lycée se moquaient de nous quand on leur montrait nos « chef-d’oeuvres ». Du coté de nos parents, c’était surtout le coût élevé que cela représentait entre l’achat des pellicules et le développement papier. Donc au bout d’un an de pratique, plus de photos et une très grosse frustration. Comme le disait mon père « Finie la fête, passe le bac et après on verra! ». Pour moi, ça été le coup d’arrêt fatal, mais qui m’a permis d’avoir le Bac, de faire des études universitaires puis de travailler de longues années pour une grande enseigne de restauration américaine et ensuite pour la Fonction Publique d’Etat et Territoriale à Paris et dans la Seine Saint Denis.

SPF : Depuis combien de temps pratiquez-vous la photographie de rue ?
Pascal Florès : Durant toute ma carrière professionnelle, je me suis beaucoup investi dans les postes que j’occupais. Je n’avais donc pas beaucoup de temps pour faire de la photo, même si cette passion était toujours présente dans le coin de ma tête. Mais depuis que je me suis mis en disponibilité de mon employeur, il y a un peu plus de deux ans, je me consacre à la photo et plus particulièrement celle de rue.

SPF : Avez-vous suivi une formation en photographie, ou êtes-vous autodidacte ?
Pascal Florès : Non, je n’ai aucune formation en photographie. J’ai un ami photographe de presse qui me donne beaucoup de conseils quand on fait des sorties. Je me documente beaucoup et pratique beaucoup sur le terrain en pur autodidacte. Je fais partie d’un club photo à Villers sur Mer (VIC) qui m’aide beaucoup dans mes pratiques avec un bon esprit critique et je suis membre de la Fédération Photographique de France (FPF) où je participe à des superchallenges photographiques avec des classements et des notes honorables. Avec mon club, je vais participer pour 2024 à des concours nationaux et régionaux organisés par la FPF.

SPF : Quel matériel utilisez-vous pour la photographie de rue (appareil photo, objectifs, accessoires, etc.) ?
Pascal Florès : Après le Canon AE1 et son 50mm, j’ai eu un appareil photo numérique, modèle Pentax K20 avec plusieurs objectifs (18/50mm et 55/200). Je l’ai gardé dix ans mais il était lourd, encombrant et pas idéal pour la photo de rue. Au final, je l’ai offert à la fille d’un ami qui débute dans la photo.

SPF : Avez-vous un équipement préféré pour la photographie de rue, et pourquoi ?
Pascal Florès : Depuis, j’ai investi dans l’appareil de mes rêves d’adolescent avec un Leica de la série Q que j’ai revendu pour le modèle Q3. Il est discret, ne fait pas de bruit et simple d’utilisation. Pour la photo de rue, son objectif fixe de 28 mm me convient parfaitement car il m’oblige à me rapprocher des sujets pour la prise de vue. C’est pour cette raison que je n’utilise jamais de zoom.

SPF : Comment définiriez-vous votre style en photographie de rue ?
Pascal Florès : Ce que j’aime dans la photo de rue, c’est prendre l’instant, le geste, le mouvement qui fait la différence. Les ambiances de chantier me passionnent et sont propices pour ce type de photos. Chaque fois que je passe devant un chantier, je prends des photos. Mon style c’est de prendre des photos où l’humain avec ses gestes et postures sont mis en valeur.

SPF : Y a-t-il des photographes de rue qui vous inspirent ?
Pascal Florès : Tous les maîtres de la photo sont inspirants, tels que Robert Doisneau, Henri Cartier Bresson, Saul Leiter, Irving Penn, Fan Ho. La liste est trop longue pour tous les nommer, mais ces cinq photographes me transportent dans des univers magiques et intemporels.

SPF : Pouvez-vous partager une de vos photos de rue préférées et raconter son histoire ?
Pascal Florès : Bien sûr, elle s’appelle « Les porteurs de fûts de bière ». Je l’ai prise à Montmartre, il y a 2 ans. Cette photo illustre parfaitement mon propos par rapport à mon style. On dirait un ballet synchronisé entre les gestes, la posture et le mouvement des porteurs. Tout est en parfaite harmonie. Je pense qu’ils font ces gestes tous les jours et que la pénibilité au travail doit s’installer très vite. Et pourtant c’est fait avec tellement de grâce.

SPF : Quels sont les défis auxquels vous êtes confronté en pratiquant la photographie de rue ?
Pascal Florès : Mon défi perpétuel, c’est de prendre des photos qui racontent une histoire, respectueuse des personnes et de l’environnement dans lequel elles figurent. Donc, il faut être proche des sujets pour espérer un bonne photo de rue. Comme disait Robert Kappa « Si la photo n’est pas bonne, c’est peut-être que vous n’êtes pas assez prêt ». J’ai toujours cette devise en tête quand je fais de la photo.

SPF : Pouvez-vous partager une expérience mémorable que vous avez vécue tout en faisant de la photographie de rue ?
Pascal Florès : Quand je fais de la photo de rue, j’aime aller à la rencontre des SDF et parler avec eux un moment. Ils ont toujours de belles histoires à raconter avec des parcours de vie étonnants. Par contre, ils sont difficile à prendre en photo quand on est très proche d’eux, sauf si on a un zoom. Pour arriver à le faire, un climat de confiance doit s’installer entre eux et le photographe. Ça peut prendre du temps, beaucoup de temps. Plusieurs jours, plusieurs semaines, plusieurs mois parfois. Après c’est un vrai cadeau de la vie pour eux, surtout quand on leur transmet la photo en tirage papier.

SPF : Comment gérez-vous les questions d’éthique liées à la photographie de rue, en particulier en ce qui concerne la vie privée des sujets ?
Pascal Florès : Tant que la photo est prise dans la rue, je n’ai pas de problème avec ce qui m’entoure que ce soit pour les gens et l’environnement dans lequel ils évoluent. La rue est un spectacle gratuit et permanent. Par contre dès que je rentre dans la sphère privée d’une personne ou d’un groupe, je demande systématiquement l’autorisation de prendre des photos et pareil pour la diffusion s’il y a lieu. Ça se passe toujours bien car je privilégie le dialogue sans être insistant.

SPF : Avez-vous déjà eu des situations délicates en photographie de rue et comment les avez-vous gérées ?
Pascal Florès : Non, je n’ai jamais eu de situations délicates à gérer en photographie de rue. La base de tout projet photographique, c’est le dialogue avec le ou les sujets. Bien expliquer la démarche qui m’amène à prendre une photo de la personne ou de situations avec des personnes. En étant pédagogique et transparent, cela se passe très bien et en plus je leur envoie par mail la photo. Ils sont contents car je me suis intéressé à eux.

SPF : Quels conseils donneriez-vous aux débutants qui souhaitent se lancer dans la photographie de rue ?
Pascal Florès : Je n’ai pas trop de conseil à donner car je reste humble en tant que photographe. Le plus important, c’est la pratique constante quelque soit le matériel en sa possession. Il ne faut pas avoir peur de ses échecs. Même moi, je fais des photos « pourries » comme on dit. Il est important de rencontrer d’autres photographes pour un échange de savoir-faire, de connaissance et se former aux techniques de la photo. Pour une sortie photo de rue, il est primordial de bien préparer son équipement (batterie chargée, carte mémoire de bonne capacité, objectif bien nettoyé et de bonnes chaussures de marche). Lorsque l’on est dehors et avant de prendre des photos, je découvre l’endroit en faisant connaissance avec lui, afin de vaincre toute peur ou hésitation au moment des prises de vue. Je prends le temps de m’imprégner de l’atmosphère du lieu, du quartier et des gens que l’ont croisent. Je repère les points de lumière intéressants. A la prise de vue, je pratique en mode RAW ou DNG avec une vitesse minimum de 1/250 ème et priorité à l’exposition. Parfois, je monte à 1/500ème voir à 1/1000 ème en fonction des sujets et des mouvements. Pendant une longue période, je réglais mon appareil en mode manuel et je perdais trop de scènes de rue intéressantes à cause du temps passé à effectuer les réglages et pourtant j’adore le pratiquer car on est maître de son appareil. Mais dans la rue, je préfère me libérer de la contrainte technique du mode manuel pour me concentrer pleinement sur la scène, le cadrage et les bons angles de prises de vue. Plus votre photo sera bien pensée et bien prise au départ, meilleure elle sera et moins vous aurez à la retoucher en post production. C’est vraiment un gain de temps précieux à toutes les étapes de la prise de vue jusqu’au traitement en post production.

SPF : Avez-vous des recommandations pour développer sa créativité en photographie de rue ?
Pascal Florès : Je m’inspire beaucoup des maîtres de la photographie. Je consulte une multitude de livres les concernant et vais régulièrement aux expositions qui leur rendent hommage. Pour moi, il faut s’intéresser à l’histoire de la photographie pour trouver son style et sa créativité. Cela ne vient pas d’un coup. Il faut s’en inspirer, mais ne pas leur ressembler. Ils sont tellement uniques. En ce sens, les photos doivent montrer en premier lieu votre personnalité et dégager une émotion à partager.

SPF : Avez-vous des projets ou des objectifs futurs en photographie de rue que vous aimeriez partager ?
Pascal Florès : Non, je n’ai pas de projet dans l’immédiat. En 2024, j’envisage de faire un portfolio de mes photos et continuer à pratiquer dans la rue partout où je me trouve.

SPF : Prévoyez-vous de participer à des expositions ou des publications prochainement ?
Pascal Florès : Dans mon club photos à Villers sur Mer, chaque année une exposition photos est organisée. Les membres du club peuvent présenter leur travail au public. Ça sera la première fois que je ferai une présentation au public.

SPF : Comment avez-vous rejoint Street Photography France ?
Pascal Florès : J’ai rejoint SPF par hasard. Je l’ai découvert sur internet et trouvé la démarche novatrice aux travers des interviews de photographes de rue. Je me reconnaissais dans leur approche photographique très humaniste. Cela m’a donné l’envie d’être membre et de faire partie de cette communauté.

SPF : Quels avantages trouvez-vous dans l’appartenance à cette communauté ?
Pascal Florès : Je me nourris de l’inspiration des autres membres de part leurs photos, leurs vécu et sensibilité. Je l’avoue, SPF permet d’avoir une plus grande visibilité auprès du public.

SPF : Avez-vous des projets ou des idées pour renforcer la communauté de Street Photography France ?
Pascal Florès : Peut-être un jour organiser une belle exposition itinérante de photographies de rue en France.

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