Un cadrage qui cache le principal. Steve Malledant

Steve Malledant a découvert la photographie de rue pendant ses études au Royaume-Uni, à Cardiff, où un Français rencontré là-bas l’a convaincu de récupérer le vieux Nikon FM de son père. Il photographie depuis 2018, au Fujifilm X-T4 comme à l’argentique avec un Canon AE-1, dans un style très contrasté et de plus en plus coloré. Il aime ne pas montrer les visages : des silhouettes, un cadrage qui cache le principal. Il cite Odieux Boby, Roman Fox, Martin Parr et Marc Riboud.

On pose les questions à Steve…

Journaliste de formation, Steve Malledant photographie la rue depuis 2018. Il raconte ici la jeune femme aperçue de l’autre côté des garde-corps d’un pont de Paris, un soir d’été ; la conversation de deux heures avec un vieux pêcheur sur les quais d’Amsterdam ; et ce drôle de défi qui lui est venu depuis un an, oser à nouveau lever l’appareil devant les gens.

SPF : Comment avez-vous découvert la photographie de rue ?

Steve Malledant : J’ai découvert la photographie de rue pendant mes études au Royaume-Uni, à Cardiff plus précisément. J’y ai rencontré un Français qui faisait de la photo de rue à l’argentique, ça m’a convaincu de récupérer le vieil argentique de mon père, un Nikon FM, et de commencer. Très rapidement, j’ai adoré prendre des photos, que ce soit la rue ou alors pour documenter ma promotion de master.

SPF : Depuis combien de temps pratiquez-vous la photographie de rue ?

Steve Malledant : Depuis 2018 environ,

SPF : Avez-vous suivi une formation en photographie, ou êtes-vous autodidacte ?

Steve Malledant : Non, je n’ai aucune formation en photographie à proprement parler. J’ai un master de journalisme, pendant lequel j’ai étudié la production documentaire mais pas la photo. Mais je trouve les deux approches très liées finalement, ce que j’ai pu apprendre en documentaire concernant le cadrage ou la lumière par exemple, tout cela s’applique à la photographie aussi. Au final les deux se complètent bien.

SPF : Quel matériel utilisez-vous pour la photographie de rue (appareil photo, objectifs, accessoires, etc.) ?

Steve Malledant : Principalement un Fujifilm XT4, en ce moment sur une focale fixe 35 mm que j’ai un peu de mal à appréhender, je dois avouer. Avant cela j’étais beaucoup sur le 16-80 de Fuji…

Pour ce qui est de l’argentique, j’adore utiliser mon Canon AE-1 et un Point&amp ;Shoot Minolta Rivazoom Pico.

SPF : Avez-vous un équipement préféré pour la photographie de rue, et pourquoi ?

Steve Malledant : Non pas spécialement.

SPF : Comment définiriez-vous votre style en photographie de rue ?

Steve Malledant : Difficile, je pense que mon style a déjà pas mal évolué depuis le début. On va dire que c’est un style avec de forts contrastes et au fil du temps de plus en plus coloré.

SPF : Y a-t-il des photographes de rue qui vous inspirent ?

Steve Malledant : Une autre de mes grosses inspirations depuis pas mal de temps maintenant est Odieux Boby, son mix entre street et reportage, très coloré. J’aime aussi beaucoup les photos de Roman Fox et sa capacité à rarement montrer les visages. Sinon, parmi les grands patrons de la photo de rue, j’ai toujours été très touché par le travail de Martin Parr et de Marc Riboud.

SPF : Pouvez-vous partager une de vos photos de rue préférées et raconter son histoire ?

Steve Malledant : Une de mes préférées, je pense, est cette photo d’une jeune qui traversait un des ponts de Paris, mais à l’extérieur des rembardes, pour aller récupérer quelque chose de l’autre côté. C’était tellement inattendu, lors d’une balade sur les quais de Seine, en plein été. Je la vois avancer d’un coup sans aucune hésitation, pas de vertige apparent, et directement je me dis qu’il me faut cette photo. C’est un peu un véritable moment suspendu, au propre comme au figuré.

SPF : Quels sont les défis auxquels vous êtes confronté en pratiquant la photographie de rue ?

Steve Malledant : Depuis quelque temps, je me retrouve face à un drôle de défi… j’avais l’habitude de prendre mes photos dans la rue tranquillement sans vraiment m’occuper de si les gens me voyaient prendre la photo. Mais depuis peut-être un an, j’ai du mal à oser à nouveau prendre mes photos normalement comme avant. Pas toujours facile mais je travaille dessus.

SPF : Pouvez-vous partager une expérience mémorable que vous avez vécue tout en faisant de la photographie de rue ?

Steve Malledant : Un soir à Amsterdam, je me balade sur les quais pas loin de la gare centrale. Je vois un vieillard qui pêche et je me dis que ça ferait une bonne photo. Il m’aperçoit et m’interpelle, on commence à discuter. Il venait du Texas, et m’a expliqué qu’il aimait bien aller pêcher après ses concerts. Curieux, je lui demande quel concert… Il s’avère que c’était le bassiste d’une chanteuse de blues que j’adore qui était en tournée européenne. On est finalement restés à discuter de musique et de photo pendant pas loin de deux heures. Pas sûr qu’il soit rentré avec beaucoup de poisson.

SPF : Comment gérez-vous les questions d’éthique liées à la photographie de rue, en particulier en ce qui concerne la vie privée des sujets ?

Steve Malledant : Généralement mon style me permet de ne pas trop me poser de questions sur ce sujet. J’aime beaucoup de pas montrer le visage de mes sujets, travailler avec des silhouettes ou un cadrage qui cache le principal.

SPF : Avez-vous déjà eu des situations délicates en photographie de rue et comment les avez-vous gérées ?

Steve Malledant : Jamais en photographie de rue mais ça m’est arrivé en reportage… Mais comme pour tout, explication, pédagogie, le tout en essayant de garder son calme face à des gens parfois véhéments.

SPF : Quels conseils donneriez-vous aux débutants qui souhaitent se lancer dans la photographie de rue ?

Steve Malledant : Prendre son temps et ne pas se forcer. Quand je vois mes premières photos, c’était beaucoup de sujets pris de loin, de dos, sans réelle composition. Mais le style évolue et se travaille avec le temps.

Et toujours avoir un appareil avec soi, même un simple point and shoot.

SPF : Avez-vous des recommandations pour développer sa créativité en photographie de rue ?

Steve Malledant : Lire des livres photo, je pense que c’est une des choses qui aident le plus. Cela permet de découvrir des photographes superbes, des styles variés, des approches qui peuvent nous convenir et d’autres qui peuvent nous questionner.

Et rencontrer d’autres photographes, dans la même optique, ça permet d’éveiller la curiosité.

SPF : Avez-vous des projets ou des objectifs futurs en photographie de rue que vous aimeriez partager ?

Steve Malledant : Pas spécialement de projet à l’heure actuelle en dehors de mon envie de passer tout l’Euro 2028 au Royaume-Uni pour photographier et documenter l’ambiance. Mais d’autres projets verront le jour d’ici là.

SPF : Prévoyez-vous de participer à des expositions ou des publications prochainement ?

Steve Malledant : Non, pas encore pour le moment. C’est un peu le syndrome de l’imposteur qui parle, mais mon entourage va bien finir par me convaincre de passer le cap.

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