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Umberto Labate

SA GALERIE

Franchir le quatrième mur

SPF : Comment avez-vous découvert la photographie de rue ?

Umberto Labate : Mon parcours photographique n’a pas été linéaire. J’ai commencé de manière générale, en explorant divers sujets dans le seul but d’apprivoiser l’outil technique et de comprendre le médium. J’ai ensuite bifurqué vers l’astrophotographie amateur, une discipline de rigueur, de patience et de contrôle absolu.

Le véritable déclic pour la photographie de rue est venu le jour où j’ai pris en main un Leica. Cet appareil a radicalement changé ma vision et ma posture : je suis passé d’une approche cérébrale et millimétrée à une photographie d’instinct, impulsive et ancrée dans le réel. Depuis 2021, la rue est devenue mon terrain de jeu privilégié.

SPF : Depuis combien de temps pratiquez-vous la photographie de rue ?

Umberto Labate : Depuis 2021.

SPF : Avez-vous suivi une formation en photographie, ou êtes-vous autodidacte ?

Umberto Labate : Je suis entièrement autodidacte. Mon apprentissage s’est fait sur le terrain, par l’expérimentation constante et la pratique directe. Cette liberté m’a permis de façonner mon propre regard, loin des cadres académiques.

SPF : Quel matériel utilisez-vous pour la photographie de rue ?

Umberto Labate : Mon équipement est délibérément minimaliste : j’utilise un Leica Q, parfois couplé à un flash Leica SF 60.

Le Leica Q est mon outil de prédilection pour sa simplicité radicale et la qualité de son optique fixe de 28 mm. Sa réactivité et sa discrétion me permettent de capturer l’instant sur le vif sans altérer la scène. L’ajout du flash SF 60 m’offre la possibilité d’isoler mes sujets sous une lumière crue et dramatique, brisant le réalisme brut pour apporter un contraste fort et une tension visuelle immédiate.

SPF : Avez-vous un équipement préféré pour la photographie de rue, et pourquoi ?

Umberto Labate : Mon Leica : simple, rapide, silencieux, précis… my love.

SPF : Comment définiriez-vous votre style en photographie de rue ?

Umberto Labate : Je définirais mon style comme géométrique, direct et résolument contrasté. J’utilise la rue comme un théâtre de formes et d’ombres : le jeu du clair-obscur est central dans mon travail. Je cherche la tension visuelle pure, où la structure architecturale rencontre l’instantanéité du sujet, sans détour ni artifices.

SPF : Y a-t-il des photographes de rue qui vous inspirent ?

Umberto Labate : Ma plus grande source d’inspiration est sans doute Henri Cartier-Bresson. Son sens absolu du moment décisif, sa rigueur géométrique et son habileté à organiser le chaos de la rue dans un cadre parfait résonnent profondément avec ma propre recherche visuelle. C’est cette quête de l’équilibre parfait, saisi à la fraction de seconde, qui guide ma démarche.

SPF : Pouvez-vous partager une de vos photos de rue préférées et raconter son histoire ?

Umberto Labate : Je n’ai pas une photo préférée en particulier. Pour moi, la photographie de rue est un flux continu plutôt qu’une quête du cliché isolé. Chaque image représente un instant fugace où le hasard, la géométrie du cadre et la lumière se sont alignés le temps d’une fraction de seconde. Plus qu’une histoire scénarisée, c’est la tension visuelle et l’émotion brute du moment saisi à la volée qui comptent.

SPF : Quels sont les défis auxquels vous êtes confronté en pratiquant la photographie de rue ?

Umberto Labate : Le plus grand défi pour moi est l’invisibilité. Mon approche consiste à voler l’instant, souvent de manière frontale mais sans altérer le comportement des gens. Cela implique de maîtriser des techniques comme le cadrage « à l’aveugle » – déclencher depuis la hanche ou sans regarder dans le viseur – pour capter la scène pure avant que le sujet ne réagisse ou ne prenne conscience de ma présence.

SPF : Pouvez-vous partager une expérience mémorable vécue en faisant de la photographie de rue ?

Umberto Labate : Les moments les plus marquants se produisent souvent dans les espaces de transit : le métro, les transports en commun ou au croisement d’un passage piéton. C’est là que les trajectoires humaines se croisent de manière brutale. Il m’est arrivé plusieurs fois de cadrer « à l’aveugle » une personne et qu’au moment précis du déclenchement, celle-ci s’en rende compte et fixe l’objectif. Plutôt que de la méfiance, c’est un regard de pure complicité ou d’amusement qui s’est installé. Capturer cet instant où le sujet franchit le quatrième mur pour vous regarder droit dans les yeux, sans artifice, est ce qu’il y a de plus gratifiant.

SPF : Comment gérez-vous les questions d’éthique liées à la photographie de rue, particulièrement concernant la vie privée des sujets ?

Umberto Labate : Mon éthique repose sur la fixation d’un souvenir ou la capture d’un événement réel. Tant qu’il n’y a pas d’illégalité ou de malaise évident, je ne me pose pas de limites a priori pour déclencher : la rue est un espace public vivant qu’il faut documenter sans filtre.

Si une situation devient tendue ou si une personne exprime de la gêne, je privilégie le calme, la transparence et le respect. Je n’entre jamais en confrontation. Si nécessaire, j’explique ma démarche artistique ou je supprime la photo sans discuter. L’intégrité de la démarche ne doit pas se faire au détriment de l’empathie.

SPF : Quels conseils donneriez-vous aux débutants qui souhaitent se lancer dans la photographie de rue ?

Umberto Labate : En tant qu’amateur, je reste moi-même dans une démarche d’apprentissage continuel et je cherche constamment à m’inspirer de ceux qui ont plus d’expérience.

SPF : Avez-vous des recommandations pour développer sa créativité en photographie de rue ?

Umberto Labate : Si je devais donner un conseil, ce serait de rechercher la simplicité et la spontanéité : essayer de capturer l’instant brut, ce moment précis où le regard du sujet croise l’objectif, sans s’enfermer dans des compositions trop artificielles ou calculées. La créativité naît de cette capacité à réagir à l’imprévisible plutôt qu’à vouloir tout contrôler.

SPF : Avez-vous des projets ou des objectifs futurs en photographie de rue que vous aimeriez partager ?

Umberto Labate : Je n’ai pas de projet d’exposition en vue pour l’instant. Ma démarche reste guidée par le plaisir pur du terrain et la recherche personnelle, sans la pression d’une échéance artistique ou d’une diffusion à grand spectacle.

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