Tout se réunit pour faire une photo — Carlos Alberto Gutierrez Moya

Carlos Alberto Gutierrez Moya est venu à la photographie de rue vers 2004-2005, à Belleville, par l’envie de développer ses propres pellicules : il suivait alors des cours de laboratoire argentique dans un centre d’animation de la Ville de Paris, où il est resté six ou sept ans. Après l’Olympus OM-2 des débuts, il a essayé beaucoup de boîtiers — Canon 5D et R, Contax G2, Fujifilm X-Pro1, Leica M240, Ricoh GR — sans jamais s’attacher à aucun, et il revient toujours à une focale fixe de 35 mm. Depuis 2024, il photographie Paris au fil de ses tournées de livraison : il repère des murs, des textures, des lumières, repasse, et attend que tout se réunisse. Son travail s’attache à la solitude, aux décalages et à ce qui se tient à l’écart de l’image séduisante de la ville. Il expose sa série sur la Beauce au restaurant Le Zinc, rue de la Roquette à Paris, jusqu’en novembre 2026, et une sélection de sa série « Trace » paraîtra dans un livre du Kamira Institute.

On pose les questions à Carlos…

Carlos Alberto Gutierrez Moya est entré dans la rue par le laboratoire. Vers 2004-2005, inscrit à des cours de tirage argentique dans un centre d’animation de la Ville de Paris, il achète un Olympus OM-2 et parcourt Belleville pour avoir des pellicules à développer. L’envie de photographier est venue de là, sans programme : d’abord la matière, ensuite le sujet.

Il est resté six ou sept ans dans ce laboratoire ; pour le reste, il est autodidacte. Depuis, il a essayé beaucoup de boîtiers — Canon 5D et R, Contax G2, Fujifilm X-Pro1, Leica M240, Ricoh GR — en les achetant puis en les revendant, sans jamais s’attacher à aucun. Il revient toujours à une focale fixe : s’il ne devait en garder qu’une, ce serait un 35 mm.

Depuis 2024, il photographie Paris au fil de ses tournées de livraison, sur des itinéraires qu’il refait chaque jour : il repère un mur, une texture, une lumière, repasse, et attend que tout se réunisse. Ce qui le retient n’est pas un style mais un regard — la solitude, les décalages, ce qui se tient à l’écart de l’image séduisante de la ville.

SPF : Comment avez-vous découvert la photographie de rue ?

Carlos Alberto Gutierrez Moya : J’ai découvert la photographie de rue vers 2004-2005, un peu par hasard. Je m’étais inscrit à des cours de laboratoire argentique dans un centre d’animation de la Ville de Paris. C’est à cette époque que j’ai acheté un Olympus OM-2 et commencé à parcourir Belleville, essentiellement pour avoir des pellicules à développer et des images à tirer au laboratoire. Au départ, c’était donc l’envie de pratiquer l’argentique qui me poussait dans la rue, sans démarche vraiment définie.

SPF : Depuis combien de temps pratiquez-vous la photographie de rue ?

Carlos Alberto Gutierrez Moya : Que de la photographie de rue, depuis 2004-2005.

SPF : Avez-vous suivi une formation en photographie, ou êtes-vous autodidacte ?

Carlos Alberto Gutierrez Moya : J’ai suivi des cours de laboratoire argentique dans un centre d’animation de la Ville de Paris pendant six ou sept ans. À part ça, autodidacte.

SPF : Quel matériel utilisez-vous pour la photographie de rue (appareil photo, objectifs, accessoires, etc.) ?

Carlos Alberto Gutierrez Moya : Après l’Olympus OM-2 de mes débuts, j’ai essayé beaucoup d’appareils, en les achetant puis en les revendant (merci Leboncoin) ! J’ai notamment utilisé des Canon 5D et R, un Contax G2, un Fujifilm X-Pro1, un Leica M240 ou encore une Ricoh GR. Je cherchais surtout ce qui correspondait le mieux à ma pratique à chaque période de ma vie. Je n’ai donc pas vraiment d’appareil fétiche.

Côté objectifs, je privilégie les focales de 35 et 50 mm. J’aime aussi les bagues d’adaptation, qui permettent d’essayer des optiques très différentes. Mais finalement, je reviens à quelque chose de simple : une focale fixe. Si je ne devais en garder qu’une, ce serait un 35 mm.

SPF : Avez-vous un équipement préféré pour la photographie de rue, et pourquoi ?

Carlos Alberto Gutierrez Moya : Comme je le disais plus haut, cela dépend du moment. Parfois, je cherche l’équipement le plus petit possible ; d’autres fois, je sors avec un appareil beaucoup plus imposant et un trépied. Je photographie surtout avec ce que j’ai sous la main au moment de sortir. Je n’ai pas de configuration privilégiée : mes envies et ma manière de photographier évoluent.

SPF : Comment définiriez-vous votre style en photographie de rue ?

Carlos Alberto Gutierrez Moya : Je définirais davantage mon approche par ce qui retient mon attention que par un style visuel précis. Je suis sensible à la solitude, aux décalages et à ces scènes ordinaires qui révèlent quelque chose de notre manière de vivre ensemble. Dans mon travail sur Paris, je m’intéresse à ce qui se tient à l’écart de l’image séduisante de la ville, à une réalité plus âpre, parfois inconfortable. La présence humaine y est centrale, jusque dans la distance qui sépare les gens.

SPF : Y a-t-il des photographes de rue qui vous inspirent ?

Carlos Alberto Gutierrez Moya : J’aime surtout la photographie de rue classique : Doisneau, Izis, Depardon… Leurs images montrent une vie urbaine qui a disparu. Je regarde aussi pas mal de photographes contemporains, mais j’ai une très mauvaise mémoire des noms ! Joel Meyerowitz, par exemple, fait partie de ceux que j’aime regarder.

SPF : Pouvez-vous partager une de vos photos de rue préférées et raconter son histoire ?

Carlos Alberto Gutierrez Moya : Cette photo a été prise près de la Monnaie de Paris. Elle fait partie d’un projet sur la vie parisienne vue à travers mon quotidien de livreur. Je parcours souvent les mêmes itinéraires. Je repère des murs, des textures, des lumières… Puis, un jour, je repasse et tout se réunit pour faire une photo.

Dans celle-ci, j’aime la texture du mur et l’ambiguïté entre les deux personnages : on a l’impression que la personne au fond tient la main de celle au premier plan. C’est un détail que l’on ne remarque pas forcément au premier regard.

Avec cette image, j’ai compris que je pouvais composer en m’arrêtant et en prenant le temps d’observer. C’était mon passage de la théorie à la pratique.

SPF : Quels sont les défis auxquels vous êtes confronté en pratiquant la photographie de rue ?

Carlos Alberto Gutierrez Moya : C’est le temps. Avec ce projet, que je réalise pendant mon travail, la difficulté, c’est d’avoir le temps, de saisir le moment et que tout se réunisse à cet instant-là.

SPF : Pouvez-vous partager une expérience mémorable que vous avez vécue tout en faisant de la photographie de rue ?

Carlos Alberto Gutierrez Moya : Un jour, lors d’un désaccord assez banal avec un automobiliste, le ton commençait à monter. Comme il n’arrêtait pas de me regarder, j’ai sorti mon appareil et je lui ai demandé : « Tu veux une photo ? » Il a souri, il a pris la pose et je l’ai photographié.

SPF : Comment gérez-vous les questions d’éthique liées à la photographie de rue, en particulier en ce qui concerne la vie privée des sujets ?

Carlos Alberto Gutierrez Moya : Je me fie à mon instinct, à mon éducation et à mes valeurs.

SPF : Avez-vous déjà eu des situations délicates en photographie de rue et comment les avez-vous gérées ?

Carlos Alberto Gutierrez Moya : Non, pas vraiment. Jusqu’à présent, je n’ai pas rencontré de situation particulièrement délicate en faisant de la photographie de rue. Je n’ai donc pas d’expérience particulière à raconter à ce sujet.

SPF : Quels conseils donneriez-vous aux débutants qui souhaitent se lancer dans la photographie de rue ?

Carlos Alberto Gutierrez Moya : N’ayez pas peur, sortez ! Prenez peu à peu vos repères dans des endroits où vous vous sentez bien. Puis, une fois à l’aise, sortez de votre zone de confort, sinon vous allez vite vous ennuyer.

SPF : Avez-vous des recommandations pour développer sa créativité en photographie de rue ?

Carlos Alberto Gutierrez Moya : Ce qui m’a beaucoup aidé, c’est de sortir de ma zone de confort, de regarder aussi ce que font les autres et de réfléchir à ma façon de me positionner et de vivre la rue. Si l’on ne sort jamais des sentiers battus, on ne peut pas évoluer.

SPF : Avez-vous des projets ou des objectifs futurs en photographie de rue que vous aimeriez partager ?

Carlos Alberto Gutierrez Moya : Je poursuis un projet photographié depuis ma voiture, sur Paris, aux heures où la ville se réveille. Je travaille aussi sur les restaurants et leurs cuisines, bien avant le début du service.

En parallèle, je mène un projet sur ces paysages que l’on a tendance à ignorer parce qu’ils n’ont, à première vue, rien d’extraordinaire. C’est le cas de la Beauce, que j’ai longtemps traversée sans vraiment la regarder.

SPF : Prévoyez-vous de participer à des expositions ou des publications prochainement ?

Carlos Alberto Gutierrez Moya : J’expose actuellement mon travail sur la Beauce au restaurant Le Zinc, rue de la Roquette à Paris, jusqu’en novembre 2026.

Une sélection de ma série « Trace » figurera également dans un livre publié par le Kamira Institute en novembre. Ce travail porte sur les traces que nous laissons après la mort et sur ce que nous souhaitons réellement laisser de notre passage.