Sublimer la vie citadine
André JORDAN a découvert la photographie de rue à Paris, à la fin des années 80, avec un Minolta cédé par son oncle : un jeune provincial qui sillonnait la capitale pour en rapporter des images à ses proches restés dans l’Aude. Après une quinzaine d’années d’interruption, il y est revenu il y a une vingtaine d’années, avec plus de régularité depuis cinq ans. Autodidacte, il photographie aujourd’hui au Sony A7C et au 35 mm, parfois à l’iPhone. Il se dit humaniste et bienveillant, et cherche dans la ville le marqueur d’une société qui s’agite mais n’avance pas.
On pose les questions à André…
André JORDAN est venu à la photographie de rue à Paris, à la fin des années 80, avant d’y revenir pour de bon vingt ans plus tard. Autodidacte, il travaille au Sony A7C et au 35 mm, et regarde la ville comme un marqueur : des foules qui s’agitent, des silhouettes qui ne bougent pas, et entre les deux une société qui tourne en rond.
SPF : Comment avez-vous découvert la photographie de rue ?
André JORDAN : Jeune provincial à Paris à la fin des années 80, je sillonnais les quartiers de la capitale, un Minolta cédé par mon oncle pour témoin de mon émerveillement. J’ai ramené tous les témoignages visuels possibles à mes proches restés dans l’Aude. C’est alors qu’est né mon désir de sublimer la vie citadine, et de faire en sorte que chaque témoignage visuel émerveille mes parents. C’est au plus profond de ce désir que j’ai puisé l’amour de la photo de rue.
SPF : Depuis combien de temps pratiquez-vous la photographie de rue ?
André JORDAN : Après ces premières pratiques récurrentes, j’ai eu une interruption d’une quinzaine d’années, pour y revenir il y a environ vingt ans — dont les cinq dernières années avec plus de régularité.
SPF : Avez-vous suivi une formation en photographie, ou êtes-vous autodidacte ?
André JORDAN : Je suis autodidacte, et je bénéficie d’un environnement riche en transmission.
SPF : Quel matériel utilisez-vous pour la photographie de rue (appareil photo, objectifs, accessoires, etc.) ?
André JORDAN : C’est essentiellement mon Sony A7C et son 35 mm qui ont ma préférence, mais l’iPhone 15 le devance dans certaines situations.
SPF : Avez-vous un équipement préféré pour la photographie de rue, et pourquoi ?
André JORDAN : Le Sony A7C avec le 35 mm.
SPF : Comment définiriez-vous votre style en photographie de rue ?
André JORDAN : Humaniste et bienveillant.
SPF : Y a-t-il des photographes de rue qui vous inspirent ?
André JORDAN : René Maltête, Elliott Erwitt, Martin Parr, Garry Winogrand.
SPF : Pouvez-vous partager une de vos photos de rue préférées et raconter son histoire ?
André JORDAN : Cette photographie représente un homme assis sur une boule. On le voit de dos, au premier plan. Face à lui, une foule se forme et semble se diriger vers lui, sous un ciel nuageux. Il est stationnaire, assis sur un globe minéral et froid ; son crâne chauve répond à la rondeur de sa base. Si l’homme assis semble tranquille, on ressent une menace à venir, une agitation dont il ne mesure pas encore l’intensité. Cette image de la ville, représentée par ses agitations et un immobilisme qui s’opposent et se complètent, est un marqueur sociétal : celui d’une société qui s’agite mais n’avance pas. On tourne en rond.
SPF : Quels sont les défis auxquels vous êtes confronté en pratiquant la photographie de rue ?
André JORDAN : Mon principal défi est de servir au mieux un propos, une intention.
SPF : Pouvez-vous partager une expérience mémorable que vous avez vécue tout en faisant de la photographie de rue ?
André JORDAN : Quelques anecdotes, mais rien de vraiment mémorable : un sujet dans ma composition qui était un ami que je n’avais pas reconnu, un shooting improvisé à la demande de la reine d’un enterrement de vie de jeune fille, une vieille dame qui voulait m’offrir une photo qu’elle disait avoir prise la veille, un jeune homme devenu fan de mon travail…
SPF : Comment gérez-vous les questions d’éthique liées à la photographie de rue, en particulier en ce qui concerne la vie privée des sujets ?
André JORDAN : Je pars du principe que si je ne porte pas préjudice aux sujets et que je ne m’enrichis pas avec, mes photos ne sont pas un risque pour eux. Si, dans leur posture, leur regard ou le contexte, il peut y avoir une raison d’échanger sur mon intention, je vais au contact pour expliquer ma démarche ou m’assurer de leur accord.
SPF : Avez-vous déjà eu des situations délicates en photographie de rue et comment les avez-vous gérées ?
André JORDAN : Posté en terrasse de café, je travaillais sur une série de photos en fond filé, en capturant des images de vélos en bas d’une descente. Pendant trois quarts d’heure, tout s’est bien passé — jusqu’à ce qu’un jeune homme, arrivé par derrière, frappe mon téléobjectif et, dans un dialecte inconnu dans ce quartier de Montpellier, finisse par me faire comprendre que je devais cesser mon shooting : il vendait des substances illicites au second plan de mes images, second plan qui me servait de fond filé, donc absolument impossible à identifier. J’eus beau lui montrer mes inoffensifs clichés, j’ai dû changer de poste de shooting pour préserver mon intégrité physique et celle de mon matériel.
SPF : Quels conseils donneriez-vous aux débutants qui souhaitent se lancer dans la photographie de rue ?
André JORDAN : De commencer par travailler sans prendre une photo : marcher dans les rues, s’imprégner de leur âme pour construire son propos, son intention photographique.
SPF : Avez-vous des recommandations pour développer sa créativité en photographie de rue ?
André JORDAN : Se cultiver, aiguiser son regard, comprendre les intentions des grands photographes pour construire sa propre histoire.
SPF : Avez-vous des projets ou des objectifs futurs en photographie de rue que vous aimeriez partager ?
André JORDAN : Mes photos proposées à SPF font partie d’un travail photographique que je compte proposer à quelques festivals. Je voudrais, par ce travail, proposer un marqueur de notre société, qui s’agite sur place depuis presque soixante ans.
SPF : Prévoyez-vous de participer à des expositions ou des publications prochainement ?
André JORDAN : Oui.


