Street Photography en Suisse : l’approche sensible de David Robert

David Robert parcourt les rues suisses avec un regard attentif, presque discret. Là où d’autres cherchent le spectaculaire, lui s’intéresse aux détails simples, aux silhouettes qui passent, aux instants qui ne durent qu’une seconde. Membre de la communauté Street Photography France, il pratique une photographie de rue respectueuse et sensible, façonnée par les règles strictes du droit à l’image en Suisse.

À travers ses clichés en noir et blanc, il raconte des histoires sans montrer de visages, en laissant à chacun la liberté d’imaginer. Aujourd’hui, il partage avec nous son parcours, sa manière de photographier et ce qui l’inspire dans la rue.

On pose les questions à David …

Dans cette interview, David Robert partage avec nous son parcours photographique.

SPF : Comment avez-vous découvert la photographie de rue ?
David Robert : Un peu par hasard, au fil de ma pratique en fait. Quand j’ai commencé la photo, je voulais garder des souvenirs des paysages que je traversais lors de mes voyages et j’essayais le plus possible qu’il n’y ait pas de gens sur mes photos; je ne voulais pas polluer les lieux avec des humains. Mais au fur et à mesure, et un peu par hasard, des silhouettes se sont immiscées dans mes images jusqu’à ce que je trouve que finalement l’humain apportait quelque chose en plus dans mes compositions et les rendait plus intéressantes. J’ai donc commencé à moins me focaliser sur « éviter le plus possible les gens » et finalement à me concentrer la majeure partie du temps sur eux. J’ai bien sûr découvert par la suite les grands photographes de rues et je suis tombé amoureux de cette pratique.

SPF : Depuis combien de temps pratiquez-vous la photographie de rue ?
David Robert : Cela doit faire environ sept ans maintenant.

SPF : Avez-vous suivi une formation en photographie, ou êtes-vous autodidacte ?
David Robert : Je suis autodidacte par choix. Je n’ai suivi aucun cours d’aucune sorte. Seules les expériences, bonnes ou mauvaises, et la pratique sont ma formation.

SPF : Avez-vous un équipement préféré pour la photographie de rue, et pourquoi ?
David Robert : La plupart du temps, j’utilise un Fujifilm X100VI qui est toujours avec moi dans mon sac. Il est petit, discret et performant, c’est tout ce dont j’ai besoin. Il m’arrive de faire des sessions avec un XT-5 si j’ai vraiment envie d’avoir une autre focale (28mm ou 50mm) mais c’est assez rare.

SPF : Comment définiriez-vous votre style en photographie de rue ?
David Robert : Mon style découle finalement passablement de la réglementation par rapport au droit à l’image en Suisse qui est très restrictive. Pour résumer, il est interdit, même sous couvert d’un objectif artistique, de prendre des gens en photo dans la rue ou dans n’importe quel lieu sans leur autorisation écrite. De ce fait, j’ai développé une pratique basée sur les silhouettes et les gens de dos; l’important étant que l’on ne puisse pas reconnaitre leur visage.

SPF : Y a-t-il des photographes de rue qui vous inspirent ?
David Robert : Ce ne sont pas forcément des photographes strictement « de rue », mais peut-être plus des photographes qui travaillent avec et sur l’humain qui me touchent particulièrement. J’ai envie de citer Raymond Depardon, Saul Leiter, Elliott Erwitt, Martin Parr, William Klein, Joseph Koudelka ou encore Daido Moriyama.

SPF : Pouvez-vous partager une de vos photos de rue préférées et raconter son histoire ?
David Robert : C’est une photo qui a été prise à La Chaux-de-Fonds en décembre 2024 lors d’une des premières journées de neige de la saison. Comme j’aime tout particulièrement la neige, j’aime la photographier (aussi en paysage). Donc, je suis sorti et me suis baladé dans le froid, la neige et le vent à la recherche de scènes intéressantes. Je suis revenu chez moi avec une belle série dont celle-ci fait partie et que j’aime tout particulièrement car je trouve qu’elle offre de beaux contrastes de noirs et blancs mais aussi en terme d’imagerie car un parapluie sous la neige et le vent n’est vraiment pas la bonne solution pour se protéger mais cet accessoire est visuellement très intéressant dans beaucoup de situations photographiques. Il y a cette perspective et la deuxième personne au loin qui la renforce. Ayant habité et passé énormément de temps dans cette ville, je trouve que cette photo la représente bien.

SPF : Quels sont les défis auxquels vous êtes confronté en pratiquant la photographie de rue ?
David Robert : Alors comme je l’ai mentionné plus haut, la loi suisse quant au droit à l’image est très stricte et péjore énormément la pratique de la photo de rue.

SPF : Pouvez-vous partager une expérience mémorable que vous avez vécue tout en faisant de la photographie de rue ?
David Robert : J’ai envie de partager une expérience qui n’est peut-être pas mémorable au sens propre du terme mais qui m’a aidé dans ma pratique photographique par la suite mais aussi au niveau humain. Quand j’ai commencé à m’intéresser à la rue, j’avais énormément de peine à oser car étant d’un naturel discret et timide, ce n’est pas ma zone de confort. J’ai donc décidé que j’allais aborder des gens dans la rue et leur « proposer » de faire leur portrait (gratuitement bien sûr). C’était un sacré challenge pour moi ! J’ai mis du temps à me lancer. Je repérais des personnes qui m’intéressaient visuellement mais je n’osais pas y aller. Je pense que j’ai dû passer au moins deux heures à ne pas oser. Puis j’ai essayé en balbutiant et j’ai essuyé plein de refus jusqu’au moment où, avec la répétition de mes phrases d’accroche dans la tête, j’ai abordé une jeune femme avec des lunettes de soleil orange vif et elle a accepté. Cela m’a presque surpris, m’étant psychologiquement préparé à un nouveau refus. Grâce à ce « Oui », j’ai petit à petit gagné en assurance et les « oui » se sont enchaînés. Cette confiance en moi (qui n’est toujours pas à son maximum) que j’ai aujourd’hui, je la dois à ce « oui », et à cette jeune femme qui m’a fait confiance. J’ai envie de dire qu’oser c’est le début de la réussite.

SPF : Comment gérez-vous les questions d’éthique liées à la photographie de rue, en particulier en ce qui concerne la vie privée des sujets ?
David Robert : J’y fais doublement attention car ayant déjà la contrainte de la loi suisse sur le droit à l’image, je ne peux pas me permettre de faire des photos moralement litigieuses. Mais de toute façon, j’accorde une grande importance à ne pas nuire à autrui dans ma vie privée donc dans ma vie de photographe, il ne peut en être autrement.

SPF : Avez-vous déjà eu des situations délicates en photographie de rue et comment les avez-vous gérées ?
David Robert : Une femme, visiblement sous l’emprise de l’alcool ou de stupéfiants, m’a fait un scandale en pleine rue car elle a jugé que je l’avais prise en photo. En effet, elle s’était retrouvée dans le cadre mais n’en était pas du tout le sujet et de plus elle y apparaissait en silhouette. Elle a voulu que je supprime cette photo et je l’ai fait mais non sans peine car je venais de changer de boîtier et comme je ne supprime jamais une photo directement sur l’appareil (je le fais à la maison lors du tri), j’étais emprunté car je ne savais pas vraiment comment faire. J’ai dû chercher un moment pour être sûr de seulement supprimer cette photo et pas toutes celles que j’avais faites auparavant; exercice doublement compliqué avec quelqu’un à côté de vous qui vous crie dessus et vous insulte.

SPF : Quels conseils donneriez-vous aux débutants qui souhaitent se lancer dans la photographie de rue ?
David Robert : Osez ! C’est plus facile à dire qu’à faire mais c’est pourtant la seule solution. Trouvez la façon de vous lancer et d’oser.

SPF : Avez-vous des recommandations pour développer sa créativité en photographie de rue ?
David Robert : Il faut faire attention au visuel (cadrage, contrastes, etc…) pour apporter une plus-value à nos images. Le sujet c’est bien mais s’il est parasité par énormément d’informations inutiles, ça gâche passablement l’impact de la photo. Il faut aussi se questionner sur la pertinence de ce que l’on photographie; est-ce que nos photos sont vraiment intéressantes ? Est-ce qu’elles peuvent susciter une émotion, un intérêt pour autrui ?

SPF : Avez-vous des projets ou des objectifs futurs en photographie de rue que vous aimeriez partager ?
David Robert : J’ai en effet un projet de livre et d’exposition qui est en gestation. J’imagine que cela prendra forme d’ici à deux ans.

SPF : Prévoyez-vous de participer à des expositions ou des publications prochainement ?
David Robert : J’ai une exposition du 20 octobre au 23 novembre à la galerie La Golée à Auvernier en Suisse. Je vais y proposer 14 photos de ma série « Noordzee ». Ce sont des images que j’ai réalisées à Oostende et De Haan am Zee en Belgique un matin d’octobre 2023.
Il y aura ensuite une exposition à la Galerie de l’Evole à Neuchâtel, en janvier 2026, où l’on pourra retrouver des photos de ma dernière exposition « Frimas » (paysages minimalistes en noir et blanc) associées aux aquarelles hivernales du peintre Fred Donzé.

SPF : Comment avez-vous rejoint Street Photography France ?
David Robert : Cela fait un bon moment que je suis SPF sur Instagram. J’ai participé à quelques concours également et j’avais envie de rejoindre une communauté qui partage photographiquement les mêmes intérêts que moi.

SPF : Quels avantages trouvez-vous dans l’appartenance à cette communauté ?
David Robert : Mon inscription est très récente donc c’est un peu difficile à évaluer mais j’espère y trouver des échanges et du partage.

SPF : Avez-vous des projets ou des idées pour renforcer la communauté de Street Photography France ?
David Robert : Je vais déjà explorer les différentes possibilités offertes actuellement et si, par la suite, me vient une idée je vous en ferai part .

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