Stephane Vermeiren : Le Langage Silencieux des Images de Rue

Dans le monde de la photographie de rue, Stéphane Vermeiren se démarque par son talent unique pour saisir des moments authentiques et captivants. Membre de Street Photography France, Stéphane nous plonge dans son parcours et sa passion pour la photographie de rue. À travers ses clichés, il nous invite à découvrir la magie de l’instant présent, les défis éthiques qui accompagnent ce genre artistique, et l’influence des médias sociaux sur sa pratique. Découvrez l’univers fascinant de Stéphane Vermeiren, un photographe de rue qui capture l’âme des villes à travers son objectif.

On pose les questions à Stephane…

Dans cette interview, Stephane Vermeiren partage avec nous son parcours photographique.

 

SPF: Qu’est-ce qui vous a d’abord attiré dans la photographie de rue et comment en êtes-vous devenu un passionné ?

Stéphane : C’est un peu par hasard que j’ai découvert la photographie de rue. C’était il y a une bonne quinzaine d’années, en 2006 je crois, au moment de la sortie du livre « Ce jour-là » de Willy Ronis. J’écoutais un reportage radio sur son œuvre. Je me souviens qu’il décrivait le contexte de chaque cliché, expliquait comment il captait chaque petit moment de vie, et c’est précisément ça qui m’a attiré dans la photographie de rue. J’ai aussitôt acheté cet ouvrage. J’ai été captivé par les descriptions apportées à chaque cliché par l’artiste. J’ai alors essayé de photographier la rue. Quelques enfants jouant au ballon ou encore un portrait de personnes âgées dans l’encablure de leur porte d’entrée. J’ai trouvé l’exercice difficile. Je n’ai pas insisté, ce n’était sans doute pas le bon moment. Mais au fond de moi quelque chose me disait que j’y retournerai. J’aimais le côté humaniste de ces images. Depuis moins d’un an, je photographie la rue. Me promener en ville sans savoir ce que je peux y trouver. Etre toujours prêt, observer – déclencher ? Peut-être. C’est cela qui me passionne. C’est un véritable moment pour moi aussi. Parcourir les rues, s’y perdre, toujours à la recherche d’émotions, du coup de cœur. N’est-ce pas cela la photographie ? Cette fraction de seconde où la magie opère entre une rencontre et notre cœur. Et cette lumière, matière première d’une photographie, celle qui sculpte les passants, celle qui émerveille, qui inspire.

SPF: Vous travaillez avec une grande variété d’angles et de perspectives dans vos photos. Pouvez-vous nous parler de votre processus de réflexion lorsque vous choisissez un angle pour une scène spécifique ?

Stéphane : Je vais d’abord observer afin de repérer les lieux qui graphiquement me plaisent, qui présentent des lignes ou des arrières plans intéressants, des marquages au sol, des couleurs… Même lorsque je n’ai pas l’appareil photo j’observe : en allant au travail, lors de promenades. Je me demande ensuite si ces lieux choisis peuvent présenter un intérêt à un moment précis de la journée : une ambiance particulière induite par les ombres, les reflets résultants de la pluie, la nature du sol (pavés luisants), la tombée de la nuit, les lumières artificielles qui créent de forts contrastes. Une fois ces lieux repérés il faut attendre le bon sujet au bon endroit. Et puis il y a les autres images qui se présentent à moi parce que je suis là, tout simplement. Alors, il faut être rapide et déclencher instinctivement, sans véritablement de règles, sans avoir le temps de composer. Pour les scènes où les sujets ne bougent pas, ou pas trop, je vais me déplacer autour d’eux, le plus discrètement possible, sans me faire repérer afin de trouver l’angle qui me paraitra le plus approprié et déclencher lorsque l’attitude me paraitra intéressante. J’affectionne particulièrement ces situations. Je ne me prive pas non plus des photographies prises de dos car ces images peuvent en dire long. Elles en montrent moins et laissent donc une part de mystère, de subjectivité. Elles permettent aussi plus de liberté au photographe.

SPF: Vos photos sont reconnues pour leur magnifique utilisation de la couleur. Comment choisissez-vous les palettes de couleurs pour vos photos de rue, et quel rôle joue la couleur dans votre travail ?

Stéphane : Lorsque je décide de photographier en couleurs je vais rechercher principalement les couleurs primaires. Le but est de trouver une harmonie, créer une ambiance. Mais pas seulement ces couleurs que sont le rouge, le vert et le bleu. Deux ou trois touches d’une même couleur dans la même scène peuvent donner un résultat intéressant. Je recherche la couleur dans les enseignes lumineuses, les devantures de magasins ou encore les vêtements que portent les passants. Afin d’obtenir une ambiance, je recherche l’association des teintes avec les reflets, la buée, les gouttes d’eau, la condensation, la fumée. Lorsqu’on décide de travailler en couleurs ou en noir et blanc, on ne recherche pas la même chose. Il s’agit de deux façons différentes de regarder. L’intention n’est pas la même.

SPF: Vous êtes également connu pour vos photographies en noir et blanc. Pouvez-vous nous expliquer pourquoi vous choisissez parfois de capturer des scènes en noir et blanc plutôt qu’en couleur ?

Stéphane : Capturer une image en noir et blanc me paraît plus facile. J’ai une préférence pour les images à fort contraste qu’elles soient en couleurs ou en noir et blanc, ça leur donnent un côté un peu dramatique. Mais j’ai le sentiment que le noir et blanc permet de mieux exprimer les ambiances et les textures et qu’il est plus aisé d’obtenir une unité esthétique.

SPF: La photographie de rue implique souvent de capturer des moments spontanés dans des lieux publics. Comment établissez-vous une connexion avec vos sujets sans perturber la nature authentique de la scène ?

Stéphane : Si la prise de vue est frontale alors je pense que le sourire est la meilleure façon d’obtenir un cliché authentique de la scène qui se déroule. En dialoguant ensuite et en expliquant ma démarche j’ai rarement essuyé de refus ; dans la majorité des cas cela ne pose pas de problème.

SPF: Pouvez-vous partager une expérience particulièrement mémorable ou émotionnelle que vous avez vécue lors de la prise d’une photo de rue ?

Stéphane : Il y a une prise de vue qui me vient tout de suite à l’esprit. C’est la photographie d’un couple. L’homme est de dos, la femme légèrement de profil, ses bras lui enlacent le cou et la partie haute du corps. Ses mains se rejoignent sur l’épaule. Un geste tendre. Quand je regarde cette image, je ressens beaucoup d’amour, un amour serein. Cette photographie est un vrai coup de cœur, une rencontre émotionnelle.

SPF: Comment gérez-vous les défis éthiques liés à la photographie de rue, tels que le respect de la vie privée des personnes que vous photographiez ?

Stéphane : L’éthique est un aspect important de la photographie de rue car celle-ci est souvent perçue comme dérangeante. Il faut évidemment respecter la personne que l’on photographie, ne pas lui nuire. J’évite de photographier les personnes, les passants qui se trouvent dans des situations peu flatteuses. C’est ce principe, ces valeurs que je m’impose. Après une prise de vue j’essaie toujours d’établir un dialogue, d’expliquer ma démarche et d’obtenir leur accord et leurs coordonnées.

SPF: En tant que photographe de rue quel conseil donneriez-vous aux débutants qui souhaitent se lancer dans ce domaine ?

Stéphane : Si je devais donner un seul conseil se serait : sortez souvent pour photographier.

SPF: Comment percevez-vous l’évolution de la photographie de rue à l’ère numérique et des médias sociaux, et en quoi cela-t-il influencé votre propre pratique ?

Stéphane : La photographie de rue a aujourd’hui le vent en poupe, et je pense que c’est en partie grâce aux réseaux sociaux et aux progrès techniques. J’ai moi-même été influencé par cette évolution car elle m’apporte une part d’’inspiration que je découvre dans les publications d’autres photographes. Mais pas seulement, le fait de pouvoir échanger avec eux, sur la qualité, les techniques nous permettent de progresser. Ces nouveaux médias nous donnent la possibilité de partager partout dans le monde ces instants, ces émotions, ces petits gestes du quotidien, ces situations parfois insolites, étranges ou banales. Ces images sont le reflet de notre époque, de notre société. Mais avec ou sans les réseaux sociaux, quoiqu’il en soit la photographie de rue nous réservera toujours de belles rencontres, et n’est-elle pas non plus un prétexte pour entrer en contact avec l’autre ?

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