Serge Noël Brulé : oser, toujours oser
Observer le monde, c’est déjà une forme d’engagement. Pour Serge Noël Brulé, la photographie de rue est avant tout une quête : celle de capter des instants suspendus, des émotions fugitives, des fragments d’humanité qui se révèlent au détour d’un regard. Héritier d’une histoire familiale liée à l’image, il a façonné son univers entre noir et blanc et couleur, entre ombre et lumière. Inspiré par Sabine Weiss, Robert Doisneau ou encore David Ken, il revendique une approche sensible et discrète, où chaque photographie devient récit.
Dans cet entretien mené par Street Photography France, Serge Noël Brulé évoque son parcours, ses influences et la force du collectif. Derrière l’appareil, c’est un regard à la fois intime et universel qui se dessine : celui d’un photographe qui a appris à transformer sa timidité en langage visuel, et pour qui la rue reste un théâtre d’histoires à partager.
On pose les questions à Serge …
Dans cette interview, Serge Noël Brulé partage avec nous son parcours photographique.
SPF : Comment avez-vous découvert la photographie de rue ?
Serge Noël Brulé : Au cours d’un stage avec David Ken, organisé dans le cadre d’une Leica Akademie consacrée à la street photography, j’ai pu confirmer mon attrait pour cet univers. David Ken, membre d’honneur du SPF, m’a profondément inspiré.
SPF : Depuis combien de temps pratiquez-vous la photographie de rue ?
Serge Noël Brulé : J’ai toujours aimé la photographie de rue, savoir saisir les instants, les histoires et les émotions. Pour cela, je me suis inspiré de Sabine Weiss, Robert Doisneau, Alfred Eisenstaedt, Raymond Depardon et David Ken.
SPF : Avez-vous suivi une formation en photographie, ou êtes-vous autodidacte ?
Serge Noël Brulé : Je suis autodidacte. Mon grand-père maternel était accessoiriste et également cameraman d’Abel Gance dans son Napoléon, tandis que mon père était un passionné de photographie. Plus tard, un ami proche m’a remis le pied à l’étrier, car je n’étais pas satisfait des tirages argentiques, liés au fait que l’étalonnage des blancs des appareils japonais n’était pas le même que celui des Leica. Lorsque les appareils numériques sont apparus, j’ai naturellement repris la photographie.
SPF : Quel matériel utilisez-vous pour la photographie de rue (appareil photo, objectifs, accessoires, etc.) ?
Serge Noël Brulé : Exclusivement équipé en matériel Leica, j’ai commencé en 1983 avec un Leica R4, puis plus tard, avec l’apparition des APN, un D-Lux 4 et un D-Lux 5. J’ai ensuite poursuivi avec une M-P Type 240, pour finalement adopter le SL2.
SPF : Avez-vous un équipement préféré pour la photographie de rue, et pourquoi ?
Serge Noël Brulé : J’affectionne particulièrement l’usage du Leica Summaron 28 mm, que j’utilise souvent en hyperfocale, l’ensemble est discret à la photographie de rue.
SPF : Comment définiriez-vous votre style en photographie de rue ?
Serge Noël Brulé : J’aime travailler les émotions en noir et blanc, comme à l’époque du cinéma muet, mais aussi capturer des instants percutants en couleur, dès lors qu’une histoire me saute aux yeux.
SPF : Y a-t-il des photographes de rue qui vous inspirent ?
Serge Noël Brulé : Je les ai déjà cités plus haut, mais je croise régulièrement, au travers des réseaux sociaux, tant de jeunes talents.
SPF : Pouvez-vous partager une de vos photos de rue préférées et raconter son histoire ?
Serge Noël Brulé : Cette image compte parmi mes préférées parce qu’elle raconte, en un seul regard, l’histoire de ma vie de photographe. On y voit un groupe de passionnés, chacun avec son appareil, chacun avec son style. Ils se tiennent côte à côte, mais chacun observe le monde à sa manière : certains cherchent la lumière, d’autres les visages, d’autres encore l’instant décisif. Ce contraste entre les regards et les approches me fascine, car il illustre parfaitement la diversité et la richesse de la photographie.
Et puis, il y a ce jeune garçon, presque dissimulé, qui n’ose pas encore prendre sa place. Il observe en retrait, comme s’il craignait de déranger, ou peut-être comme s’il se demandait s’il avait le droit de faire partie de ce cercle. Je me reconnais profondément en lui. Longtemps, j’ai moi-même été cet enfant caché, hésitant, observant les autres avant d’oser m’affirmer.
Cette photo symbolise ce parcours : passer de l’ombre à la lumière, trouver sa voix au milieu des autres, affirmer peu à peu son regard. Elle raconte la force du collectif, mais aussi le chemin intime de chacun pour devenir photographe. C’est pourquoi elle m’émeut, parce qu’au-delà de la scène capturée, elle est un miroir de mon propre chemin.
SPF : Quels sont les défis auxquels vous êtes confronté en pratiquant la photographie de rue ?
Serge Noël Brulé : … ceux de vaincre ma fameuse timidité en la dominant.
SPF : Pouvez-vous partager une expérience mémorable que vous avez vécue tout en faisant de la photographie de rue ?
Serge Noël Brulé : J’ai vécu une histoire singulière avec des touristes américains. C’était la première fois que j’abordais des personnes pour leur demander de les photographier. Ils ont été très ouverts et coopératifs. Mais comment les remercier autrement qu’en leur envoyant mes clichés ? Cela a été fait, et plus tard, ils m’ont retrouvé sur Facebook. Nous sommes alors devenus amis. Depuis, je me dis toujours qu’il faut oser, toujours oser.
SPF : Comment gérez-vous les questions d’éthique liées à la photographie de rue, en particulier en ce qui concerne la vie privée des sujets ?
Serge Noël Brulé : Je respecte toujours l’intimité des personnes ainsi que leur volonté si elles ne souhaitent pas être photographiées. De plus, je ne m’autorise jamais à montrer des personnes dans des situations dégradantes ou humiliantes. En somme, ne jamais faire aux autres ce que l’on ne voudrait pas que l’on nous fasse.
SPF : Avez-vous déjà eu des situations délicates en photographie de rue et comment les avez-vous gérées ?
Serge Noël Brulé : À ce jour, je n’en ai pas encore eu.
SPF : Quels conseils donneriez-vous aux débutants qui souhaitent se lancer dans la photographie de rue ?
Serge Noël Brulé : Étant moi-même débutant dans ce genre de photo, je manque encore d’un peu de recul.
SPF : Avez-vous des recommandations pour développer sa créativité en photographie de rue ?
Serge Noël Brulé : Oui, bien sûr. Faire travailler son imagination afin d’écrire une histoire et faire confiance à son instinct sur ce qui mérite d’être vu avant de déclencher l’appareil photo.
SPF : Avez-vous des projets ou des objectifs futurs en photographie de rue que vous aimeriez partager ?
Serge Noël Brulé : Celui de partager ces instants avec vous, photographes et amoureux de la photographie.
SPF : Prévoyez-vous de participer à des expositions ou des publications prochainement ?
Serge Noël Brulé : Non, pas à court terme.
SPF : Comment avez-vous rejoint Street Photography France ?
Serge Noël Brulé : Grâce à David Ken et un concours que vous avez organisé.
SPF : Quels avantages trouvez-vous dans l’appartenance à cette communauté ?
Serge Noël Brulé : Le partage, évidemment. En entrant dans une belle famille de passionnés comme moi, j’espère y trouver de nouvelles rencontres enrichissantes, être bousculé dans mes certitudes. La vie, n’est-elle pas mouvement ?
SPF : Avez-vous des projets ou des idées pour renforcer la communauté de Street Photography France ?
Serge Noël Brulé : Faire des rencontres physiques au sein de lieux célèbres.

