Saisir un moment qui ne se reproduira jamais — Michel Huart
Michel Huart est venu à la photographie de rue par deux workshops, à Venise puis à Tokyo, après avoir rencontré, dans le cadre de son activité professionnelle, un photographe membre d’un jury de concours qui le mettait régulièrement au défi. Deux voyages ont suffi : « le virus était installé ». Autodidacte, passionné d’images depuis toujours, il photographie en noir et blanc, le plus souvent au Ricoh GR IIIx, avec une légère sous-exposition qui creuse les contrastes et installe une atmosphère. Son travail explore les rapports entre les corps et l’architecture, les silhouettes et leur environnement, les reflets, les transparences et les ombres. Il parcourt les rues tôt le matin ou tard le soir, prend le temps d’observer, de repérer les lieux et de chercher la lumière — parce qu’en photographie de rue tout peut se jouer en une fraction de seconde. Cette année l’a conduit en exposition à Paris et à Arles, en collectif comme en solo ; une série consacrée à Hokkaïdo a été sélectionnée pour un festival en 2027.
On pose les questions à Michel…
Michel Huart travaille principalement au Ricoh GR IIIx, qu’il garde toujours à portée de main pour sa compacité et sa discrétion ; il utilise aussi un iPhone Pro Max équipé de Leica LUX, et conserve plusieurs boîtiers argentiques et numériques, dont un Nikon FM2n et un Leica Q3 28 mm. Entièrement autodidacte, il dit devoir son regard à l’univers dans lequel il a évolué, à ses expériences et à ses rencontres. Il cite Jean-Christophe Béchet parmi les photographes qui le nourrissent. Respectueux des personnes qu’il place au centre de ses cadrages, il cherche leur assentiment d’un signe ou d’un regard, et privilégie sinon des cadrages qui ne permettent pas de les reconnaître. Il prépare de nouvelles prises de vue à Venise et à Hokkaïdo, en hiver.
SPF : Comment avez-vous découvert la photographie de rue ?
Michel Huart : Il y a plusieurs années, dans le cadre de mon activité professionnelle, nous organisions des concours photographiques. C’est à cette occasion que j’ai rencontré un photographe, membre du jury, qui me lançait régulièrement des défis en m’invitant à participer à ses workshops autour de la photographie de rue.
J’ai commencé la première expérience à Venise, suivie d’une seconde à Tokyo. Deux expériences qui ont été décisives : le virus était installé !
SPF : Depuis combien de temps pratiquez-vous la photographie de rue ?
Michel Huart : Depuis tout jeune, j’ai été passionné par la photographie. Je n’ai vraiment jamais cherché de mettre un mot sur cette passion ni sur mes expériences de prise de vue. Avec le recul, je réalise que je l’ai pratiquée naturellement, presque inconsciemment tout au long de ma vie.
SPF : Avez-vous suivi une formation en photographie, ou êtes-vous autodidacte ?
Michel Huart : Je suis entièrement autodidacte. L’univers dans lequel j’ai évolué, mes expériences et les rencontres ont largement contribué à développer et à affiner mon regard photographique.
SPF : Quel matériel utilisez-vous pour la photographie de rue (appareil photo, objectifs, accessoires, etc.) ?
Michel Huart : Pour conserver un maximum de liberté et de spontanéité, j’utilise principalement un Ricoh GR IIIx, qui me permet de travailler facilement en noir et blanc, en fonction de l’ambiance et de mon intention photographique.
En complément, j’utilise également un iPhone Pro Max équipé de l’application Leica LUX. Je possède par ailleurs plusieurs appareils, argentiques et numériques, notamment un Nikon FM2n et un Leica Q3 28 mm, qui me permettent d’explorer d’autres approches photographiques.
SPF : Avez-vous un équipement préféré pour la photographie de rue, et pourquoi ?
Michel Huart : Sans hésitation, le Ricoh GR IIIx. Sa compacité et sa discrétion en font un compagnon particulièrement adapté à la photographie de rue. Il se glisse facilement dans une poche et reste ainsi toujours à portée de main.
J’apprécie surtout sa discrétion, qui me permet de photographier naturellement, sans attirer l’attention ni perturber les scènes. Il devient presque un prolongement de mon regard, toujours prêt à saisir un instant inattendu.
SPF : Comment définiriez-vous votre style en photographie de rue ?
Michel Huart : Mon approche se construit autour d’une exploration des rapports entre les corps et l’architecture, les silhouettes et leur environnement. Je suis particulièrement sensible aux jeux de reflets, aux transparences et aux ombres, qui permettent de créer des compositions parfois inattendues.
Je travaille principalement en noir et blanc, avec une légère sous-exposition que j’utilise volontairement pour renforcer les contrastes, donner de la profondeur aux images et installer une atmosphère particulière.
SPF : Y a-t-il des photographes de rue qui vous inspirent ?
Michel Huart : Ils sont nombreux et chacun, à sa manière, contribue à nourrir mon regard. Mais s’il ne fallait en citer qu’un, je choisirais Jean-Christophe Béchet. Son travail, sa manière d’appréhender la rue et son regard photographique m’inspirent particulièrement. Je pense que son approche a également influencé, d’une certaine façon, ma propre pratique.
SPF : Pouvez-vous partager une de vos photos de rue préférées et raconter son histoire ?
Michel Huart : Il y en a plusieurs, mais j’en ai une qui me vient immédiatement à l’esprit. Elle a été prise à Rio, sur une corniche, alors que je découvrais une vue magnifique sur la plage. La scène était particulièrement vivante : des plongeurs, des pêcheurs, des promeneurs et, un peu plus loin, un groupe de jeunes qui jouaient. En me voyant photographier cette ambiance, ils m’ont interpellé. Heureux, débordants de vie, ils ont spontanément souhaité poser pour moi. Je n’ai pas résisté ! Une seule photo, mais elle raconte tout. Elle restitue parfaitement l’ambiance, l’énergie et la spontanéité de l’instant.
SPF : Quels sont les défis auxquels vous êtes confronté en pratiquant la photographie de rue ?
Michel Huart : Cette possibilité de capturer une situation, une expression ou un regard à l’instant précis où il apparaît, se découvre et se dévoile.
Saisir un moment qui ne se reproduira jamais, c’est ce qui me passionne.
SPF : Pouvez-vous partager une expérience mémorable que vous avez vécue tout en faisant de la photographie de rue ?
Michel Huart : Mon parcours est jalonné d’expériences mémorables, toutes différentes les unes des autres. Certaines restent très présentes, d’autres ressurgissent au fil du temps, simplement en parcourant mes albums.
Finalement, chaque expérience laisse une trace et contribue à enrichir mon regard.
SPF : Comment gérez-vous les questions d’éthique liées à la photographie de rue, en particulier en ce qui concerne la vie privée des sujets ?
Michel Huart : Je suis particulièrement respectueux des personnes qui occupent une place centrale dans mon cadrage. Lorsque la situation le permet, je cherche à obtenir leur assentiment par un simple signe ou un regard. Dans d’autres circonstances, je privilégie des cadrages qui ne permettent pas de les reconnaître, par respect pour leur vie privée.
SPF : Avez-vous déjà eu des situations délicates en photographie de rue et comment les avez-vous gérées ?
Michel Huart : Oui, lors d’un stage, avec un ami photographe. Nous étions en train de photographier une ambiance de foule, de très près. Quelques touristes n’ont visiblement pas apprécié notre démarche et nous l’ont fait savoir !
Nous avons alors pris le temps de leur montrer les photos réalisées. Finalement, ils ont été ravis du résultat. Comme quoi, un échange peut parfois transformer une situation délicate en un très bon souvenir !
SPF : Quels conseils donneriez-vous à quelqu’un qui débute en photographie de rue ?
Michel Huart : J’aime parcourir les rues, tôt le matin ou tard le soir, en fonction de l’ambiance que je recherche.
Je prends le temps de regarder, d’observer, de repérer les lieux et de chercher la lumière. Il faut être attentif à son environnement et toujours prêt à saisir l’instant. En photographie de rue, tout peut se jouer en une fraction de seconde.
SPF : Avez-vous des recommandations pour développer sa créativité en photographie de rue ?
Michel Huart : Les expositions, les festivals et les livres de photographie sont pour moi de véritables sources d’inspiration, mais aussi d’interrogation.
Ils permettent de découvrir d’autres regards, d’autres approches, de nourrir sa réflexion et, parfois, de remettre en question sa propre pratique.
SPF : Avez-vous des projets ou des objectifs futurs en photographie de rue que vous aimeriez partager ?
Michel Huart : J’ai quelques projets en tête, notamment de nouvelles prises de vue à Venise et à Hokkaïdo, en hiver.
Ce sont deux destinations très différentes, avec des atmosphères et des lumières qui m’attirent particulièrement. Les idées ne manquent pas, il ne reste plus qu’à leur donner vie !
SPF : Prévoyez-vous de participer à des expositions ou des publications prochainement ?
Michel Huart : Cette année a été particulièrement riche, avec plusieurs participations à des expositions, aussi bien collectives qu’en solo, à Paris et à Arles.
J’ai également eu le plaisir d’être sélectionné pour un festival photographique en 2027, avec une série consacrée à Hokkaïdo.
Une belle reconnaissance et surtout une belle perspective pour la suite de mon parcours photographique.


