Saisir l’instant juste — Noël Lauffenburger
Noël Lauffenburger photographie depuis une trentaine d’années. Il a commencé comme photographe de presse à la pige pour trois quotidiens du sud de la France, auprès d’un photographe qui l’a pris sous son aile pendant cinq ans : c’est là qu’il a tout appris, sans aucune formation, et c’est de ces années de reportage qu’est née sa photographie de rue, commencée à Carcassonne. Il travaille au Nikon Z8 et au Nikon D850, avec une préférence pour le Z 35 mm f/1,4, qui permet de photographier large comme de très près. Il aime autant la spontanéité des images prises à la volée que la photographie de patience, celle du chasseur d’images qui observe, anticipe et attend. Il photographie aujourd’hui entre Narbonne et Perpignan, où l’on est loin de l’anonymat des grandes métropoles, et il veille à ne jamais photographier au détriment de la dignité des personnes.
On pose les questions à Noël…
Noël Lauffenburger est photographe depuis une trentaine d’années. Il a débuté comme photographe de presse à la pige pour trois quotidiens du sud de la France, formé sur le tas par un photographe qui l’a pris sous son aile pendant cinq ans. Il se dit entièrement autodidacte, et c’est de ces années de reportage qu’est venue la photographie de rue, commencée à Carcassonne.
Il a commencé en argentique chez Canon avant de passer au numérique chez Nikon, qu’il n’a jamais quitté : il travaille aujourd’hui avec cinq boîtiers, dont le Nikon Z8, le D850 et le D7000, et surtout avec le Z 35 mm f/1,4, qu’il préfère parce qu’il permet de photographier large comme de très près.
Il revendique deux approches : la spontanéité des photographies prises à la volée, ces instants fugaces que l’on ne peut pas reproduire, et la photographie de patience, celle du chasseur d’images qui observe, anticipe et attend que la scène imaginée se dessine enfin. Deux manières de faire, une même ambition : saisir l’instant juste.
SPF : Comment avez-vous découvert la photographie de rue ?
Noël Lauffenburger : J’ai découvert SPF sur les réseaux et sur YouTube en regardant des vidéos de David Ken.
SPF : Depuis combien de temps pratiquez-vous la photographie de rue ?
Noël Lauffenburger : Cela fait une trentaine d’années que je suis photographe, en ayant commencé par photographe de presse à la pige pour 3 quotidiens du sud de la France, et cela m’a permis de commencer la photo de rue. J’ai commencé à Carcassonne. J’ai eu mes périodes de ce style, et là, je reviens à la photo de rue.
SPF : Avez-vous suivi une formation en photographie, ou êtes-vous autodidacte ?
Noël Lauffenburger : Et non. Lorsque j’avais fait mon stage photo chez un photographe, je n’avais jamais eu d’appareil photo en main. Le photographe m’a pris sous son aile pendant 5 ans à la pige. Je le remplaçais pour faire les reportages, et j’ai donc appris sur le tas. Je n’ai jamais eu aucune formation dans ce domaine. Je suis donc 100 % autodidacte.
SPF : Quel matériel utilisez-vous pour la photographie de rue (appareil photo, objectifs, accessoires, etc.) ?
Noël Lauffenburger : J’ai commencé avec Canon argentique, mais depuis le numérique je suis passé sur Nikon et je ne l’ai jamais quitté. Aujourd’hui, je travaille avec 5 boîtiers dont le Nikon Z8, le Nikon D850 et le Nikon D7000. Pour les objectifs, j’utilise surtout le Nikon Z 35 mm 1.4, le Nikon Z 105 macro 2.8 et le Nikon F 27/70 mm 2.8.
SPF : Avez-vous un équipement préféré pour la photographie de rue, et pourquoi ?
Noël Lauffenburger : Avec le Nikon Z8 pour la qualité, et le Nikon Z 35 mm en 1.4. Il permet de prendre large ou très près avec une excellente qualité.
SPF : Comment définiriez-vous votre style en photographie de rue ?
Noël Lauffenburger : J’aime autant la spontanéité des photos prises à la volée, ces instants fugaces que l’on ne peut pas reproduire, que la photographie de patience, celle du chasseur d’images qui observe, anticipe et attend parfois longuement que la scène qu’il a imaginée se dessine enfin devant son objectif. Deux approches différentes, mais une même passion : saisir l’instant juste.
SPF : Y a-t-il des photographes de rue qui vous inspirent ?
Noël Lauffenburger : Oui et non ! J’aime regarder les photos des autres, mais je n’ai pas vraiment de photographe préféré !
SPF : Pouvez-vous partager une de vos photos de rue préférées et raconter son histoire ?
Noël Lauffenburger : Cette photographie a été prise à Montréal, dans un instant de vie totalement spontané. Deux femmes accompagnent des enfants lors d’une promenade dans la rue. Quelques secondes auparavant, l’une d’elles venait d’être interpellée par un cycliste qui lui avait sifflé sa beauté. Une attention qu’elle n’a visiblement pas appréciée, notamment en raison de la présence des enfants et du contexte dans lequel cela s’est produit. C’est précisément à cet instant, dans cette expression et cette atmosphère particulière, que j’ai déclenché. C’est aussi cela que j’aime dans la photographie de rue : saisir des moments authentiques, sans les provoquer, et raconter une petite histoire à travers une simple image.
SPF : Quels sont les défis auxquels vous êtes confronté en pratiquant la photographie de rue ?
Noël Lauffenburger : Je travaille principalement entre Narbonne et Perpignan, dans un secteur où l’on est loin de l’anonymat des grandes métropoles. Ici, les gens sont souvent plus méfiants lorsqu’ils aperçoivent un appareil photo. Ce n’est pas comme à Toulouse ou à Paris, où la foule et l’anonymat rendent les prises de vue à la volée beaucoup plus naturelles et discrètes. Il faut donc savoir s’adapter, observer, anticiper et parfois attendre le bon moment pour saisir l’image que l’on a en tête.
SPF : Pouvez-vous partager une expérience mémorable que vous avez vécue tout en faisant de la photographie de rue ?
Noël Lauffenburger : Lorsque je vivais à Bruxelles, la photographie de rue m’a parfois réservé de très belles surprises. Un jour, j’ai photographié à la volée une femme sans savoir qu’elle était choriste de Michel Sardou. Nous avons ensuite discuté et, de fil en aiguille, elle m’a invité le soir même à venir en backstage pour assister à leur univers musical. J’ai ainsi eu la chance de rencontrer Michel Sardou. Après le spectacle, nous avons même partagé un repas tous ensemble dans un restaurant de la petite rue des Bouchers, en plein cœur de Bruxelles. Comme quoi, une simple photo prise au hasard d’une rue peut parfois donner naissance à des rencontres et à des souvenirs absolument inattendus !
SPF : Comment gérez-vous les questions d’éthique liées à la photographie de rue, en particulier en ce qui concerne la vie privée des sujets ?
Noël Lauffenburger : Je fais particulièrement attention aux sujets que je choisis de photographier. J’évite autant que possible les jeunes couples, les adolescents et les enfants, par souci de respect et de discrétion. Je fais également le choix de ne pas photographier les personnes vivant dans la rue ou en situation de grande précarité. Pour moi, la photographie de rue ne doit jamais se faire au détriment de la dignité des personnes. C’est d’ailleurs un aspect sur lequel je souhaite être particulièrement attentif. J’ai notamment acheté le livre « La photographie de rue, parcours juridique », de Joëlle Verbrugge, afin de mieux connaître le cadre légal, les droits de chacun et les limites à respecter dans cette pratique photographique.
SPF : Avez-vous déjà eu des situations délicates en photographie de rue et comment les avez-vous gérées ?
Noël Lauffenburger : J’aborde toujours la photographie de rue avec le sourire et, lorsque l’occasion se présente, avec un peu de discussion. Je pense que le contact humain reste essentiel, même dans une pratique aussi spontanée que la street photography. Il m’est d’ailleurs arrivé, à plusieurs reprises, de montrer mes photos aux personnes concernées et, lorsque je sentais une gêne ou un désaccord, de supprimer tout simplement le cliché. Pour moi, une photographie ne vaut jamais la peine de mettre quelqu’un mal à l’aise. Le respect et l’échange font aussi partie de ma façon de photographier.
SPF : Quels conseils donneriez-vous aux débutants qui souhaitent se lancer dans la photographie de rue ?
Noël Lauffenburger : Je leur conseillerais de commencer lors de manifestations pacifistes, qui sont de très bons terrains d’apprentissage pour la photographie de rue. On peut d’abord s’exercer sur des portraits et des gros plans, puis élargir progressivement son regard en photographiant des groupes, des détails, des interactions et enfin des scènes plus intimistes. C’est une excellente manière de prendre confiance, d’apprendre à observer, d’anticiper les situations et surtout de développer son propre regard photographique. Il faut commencer simplement, prendre le temps et laisser venir les images.
SPF : Avez-vous des recommandations pour développer sa créativité en photographie de rue ?
Noël Lauffenburger : Pareil que la question précédente !
SPF : Avez-vous des projets ou des objectifs futurs en photographie de rue que vous aimeriez partager ?
Noël Lauffenburger : Oui, j’ai un projet, mais je vais attendre avant d’en parler publiquement.
SPF : Prévoyez-vous de participer à des expositions ou des publications prochainement ?
Noël Lauffenburger : Pourquoi pas ! C’est une idée qui me plaît, mais je préfère prendre le temps de gagner en liberté dans ma pratique et surtout de trouver les photographies qui méritent réellement d’être exposées. Je ne souhaite pas faire une exposition simplement pour exposer des images. J’aimerais qu’il y ait une véritable démarche derrière, du contenu, un fil conducteur et surtout une histoire à raconter. Pour moi, une belle exposition ne doit pas seulement montrer de jolies photographies, elle doit transmettre quelque chose, susciter une émotion et inviter le visiteur à porter un autre regard sur ce qu’il découvre.


