Roland Bauduin : La lumière patiente des rues de Tripoli

Il photographie comme on écoute le monde respirer. Membre de SPF, Roland Bauduin arpente les rues avec une attention calme, presque méditative, cherchant moins l’événement que la justesse d’un alignement fragile entre la lumière, les corps et le décor. Dans les marchés, sur les trottoirs ou au détour d’un regard, ses images racontent une humanité ordinaire soudain révélée, transfigurée par un rai de clarté ou un silence inattendu.

Installé au Liban, Roland Bauduin a choisi Tripoli comme terrain de jeu photographique. Là-bas, il observe sans brusquer, déclenche sans voler, convaincu que la rue offre déjà tout à qui sait attendre. Sa démarche, profondément humaniste, s’inscrit dans une filiation assumée mais jamais mimétique : montrer le monde tel qu’il est, sans l’idéaliser ni le travestir. Un travail de patience et de respect, où chaque image devient une trace, une mémoire offerte à ceux qu’il a croisés.

On pose les questions à Roland …

Dans cette interview, Roland Bauduin partage avec nous son parcours photographique.

SPF : Comment avez-vous découvert la photographie de rue ?
Roland BAUDUIN : J’avais acheté un reflex il y a plusieurs années sans savoir comment exploiter toutes ses possibilités. Lorsque j’ai commencé à apprendre à utiliser mon appareil photo, j’ai découvert les différents domaines mais j’ai vite compris que c’était la photo de rue qui m’attirait. Je voulais voir l’humain et ses interactions avec le monde qui l’entoure. En captant des moments de rue à l’improviste, j’invente une vie aux passants.

SPF : Depuis combien de temps pratiquez-vous la photographie de rue ?
Roland BAUDUIN : Seulement depuis 2 ans, dès que j’ai vraiment appris à utiliser les capacités de mon boitier et à comprendre comment composer et retraiter une photo.

SPF : Avez-vous suivi une formation en photographie, ou êtes-vous autodidacte ?
Roland BAUDUIN : Oui, j’ai suivi une formation en ligne pour apprendre à maitriser mon boitier et les bases de la photographie. Puis j’ai regardé des tutoriels ou lu des articles sur Internet, notamment pour apprendre à retoucher mes photos en post-traitement. Enfin, j’enrichis ma culture photographique en lisant les œuvres d’artistes ou des magazines.

SPF : Quel matériel utilisez-vous pour la photographie de rue (appareil photo, objectifs, accessoires, etc.) ?
Roland BAUDUIN : J’utilise mon réflex CANON EOS 80D, surtout avec l’objectif du kit EF-S 18-55mm. Mais j’utilise aussi un 50mm à focale fixe 1.8.

SPF : Avez-vous un équipement préféré pour la photographie de rue, et pourquoi ?
Roland BAUDUIN : Etant débutant, je n’ai que ce matériel et même s’il est un peu encombrant, il me correspond bien. Peut-être que j’évoluerai plus tard vers un appareil plus compact, plus discret. J’aime penser que ce n’est pas le matériel qui fait le photographe. La plupart des grands photographes ont réalisé des clichés merveilleux, sans avoir l’appareil parfait.

SPF : Comment définiriez-vous votre style en photographie de rue ?
Roland BAUDUIN : J’aime la photo humaniste et montrer le monde tel qu’il est, souvent beau même dans sa laideur. Je guette l’opportunité qui permettra d’aligner les éléments intéressants et je ne supporte pas les photos posées, truquées, sans vie, voire sans défaut. Entre humour, instants inattendus volés ou beautés spontanées, mon style varie au gré des aléas de la vie des rues.

SPF : Y a-t-il des photographes de rue qui vous inspirent ?
Roland BAUDUIN : Comme je le disais avant, j’aime les photographes humanistes, comme Henri Cartier-Bresson, Brassaï ou Willy Ronis. Mais j’admire aussi des photographes plus contemporains comme Saul Leiter, Martin Parr ou Sebastiao Salgado. Ce sont des styles assez différents mais chacun m’inspire à sa façon.

SPF : Pouvez-vous partager une de vos photos de rue préférées et raconter son histoire ?
Roland BAUDUIN : Cette photo a été prise lors d’un marché des créateurs. J’avais apporté mon appareil photo mais je ne trouvais pas l’inspiration : rien ne me convenait. Alors que je pensais ne rien prendre ce jour-là, je suis repassé devant cet homme plongé dans son livre, loin du tumulte des vendeurs et des passants. A mes premiers passages, il était un homme quelconque à côté de son étal, un lecteur ordinaire. Cette fois-ci, il était un messager baigné de lumière, rappelant métaphoriquement que les livres et la connaissance éclairent le monde.
Depuis, chaque fois que je revois cette image, je rappelle l’essence du mot « photographie ».
Oui, c’est grâce à la lumière que nous captons ces moments de vie.
Oui, il faut être attentif et patient car la lumière évolue et permet de mettre en relief certains éléments à un moment précis qu’il faut savoir saisir.

SPF : Quels sont les défis auxquels vous êtes confronté en pratiquant la photographie de rue ?
Roland BAUDUIN : Je recherche la spontanéité et, comme évoqué avant, il est important de pouvoir prendre la scène qui me plait au moment précis. Les préréglages sont donc importants afin de pouvoir obtenir une photo exploitable, qui pourra donner le rendu escompté lors de la prise de vue. Autre difficulté, comme j’essaie de prendre mes photos en « cachette », cela m’oblige parfois à être parfois loin du sujet.

SPF : Pouvez-vous partager une expérience mémorable que vous avez vécue tout en faisant de la photographie de rue ?
Roland BAUDUIN : Une des premières fois où je suis allé prendre des photos de rue, j’avais un peu peur de la réaction des gens. J’ai donc parcouru les trottoirs avec mon appareil un peu caché, osant à peine prendre des photos. Et puis je me suis lancé et très vite j’ai été repéré. Et là, malgré mes craintes, soit les personnes m’ont ignoré, soit au contraire, elles m’ont salué et ont parfois voulu voir la photo. Cette journée m’a vraiment permis de me sentir à l’aise pour prendre des photos et même si parfois certains sont réticents, cela ne dégénère jamais.

SPF : Comment gérez-vous les questions d’éthique liées à la photographie de rue, en particulier en ce qui concerne la vie privée des sujets ?
Roland BAUDUIN : Mon terrain de jeu étant essentiellement le Liban, pays où je travaille actuellement, photographier des femmes ou des enfants est parfois sensible pour certaines communautés religieuses. J’évite donc de le faire. De même, je ne souhaite pas prendre des personnes en souffrance. Même s’il est important de montrer parfois les choses pour que tout le monde puisse en prendre conscience, j’estime que ce n’est pas mon travail et que ces personnes ne souhaiteraient peut-être pas être photographiées dans ces moments de précarité.

SPF : Avez-vous déjà eu des situations délicates en photographie de rue et comment les avez-vous gérées ?
Roland BAUDUIN : Non, les gens sont très souriants pour la plupart. Même, souvent, lorsqu’ils aperçoivent mon appareil, ils me demandent de les photographier, juste comme ça, sans raison, et ils continuent leur chemin.

SPF : Quels conseils donneriez-vous aux débutants qui souhaitent se lancer dans la photographie de rue ?
Roland BAUDUIN : Osez-vous lancer ! Et vous verrez que vos premières photos seront très gratifiantes !

SPF : Avez-vous des recommandations pour développer sa créativité en photographie de rue ?
Roland BAUDUIN : Rien d’original et je reprendrai ce que tout le monde conseille de manière avisé : il faut sortir régulièrement, prendre beaucoup de photos pour entrainer son œil et sa technique, observer le travail des autres et notamment celui des grands photographes en lisant leurs livres ou en visitant des expositions.

SPF : Avez-vous des projets ou des objectifs futurs en photographie de rue que vous aimeriez partager ?
Roland BAUDUIN : J’envisage de publier un livre prochainement avec les photos prises dans les rues de Tripoli. Plus qu’un souvenir, je souhaite garder une vraie trace de mon passage dans cette ville et en laisser une, en toute modestie, auprès de ceux que j’aurai croisés, en leur offrant un exemplaire.

SPF : Prévoyez-vous de participer à des expositions ou des publications prochainement ?
Roland BAUDUIN : Oui, c’est la suite logique du livre que je veux réaliser. Je souhaite exposer les photos dans une salle à Tripoli. Ce serait l’accomplissement de mon « travail de photographe » dans cette ville.

SPF : Comment avez-vous rejoint Street Photography France ?
Roland BAUDUIN : J’ai découvert Street Photography France sur Instagram. J’ai suivi les posts des membres, j’ai aimé les biographies publiées, j’ai exploré le site et j’ai découvert qu’on pouvait adhérer afin d’aider au financement du collectif et de faire découvrir le travail de chacun. Je n’ai pas hésité alors à vous rejoindre.

SPF : Quels avantages trouvez-vous dans l’appartenance à cette communauté ?
Roland BAUDUIN : J’ai besoin d’être seul pour photographier. A chaque fois que je prends mon appareil et que je suis accompagné, je me sens bloqué car je sais que je ne serai pas à 100%, ni dans ce moment convivial, ni dans ma quête de photographe. Mais une fois les photos prises, c’est difficile de rester isolé, surtout pour pouvoir évoluer. Nos publications touchent un public assez restreint, nos proches, qui apprécient presque toujours nos photos, donnant difficilement des critiques intéressantes, bonnes ou mauvaises. Appartenir à une communauté, c’est agrandir son auditoire, confronter son travail à celui des autres, et trouver le moyen de progresser grâce aux regards d’experts.

SPF : Avez-vous des projets ou des idées pour renforcer la communauté de Street Photography France ?
Roland BAUDUIN : Je suis déjà heureux de voir que mon travail ait été sélectionné et j’espère avoir cet honneur d’autres fois. Je n’hésiterai pas à faire connaitre la communauté à mes proches, notamment pour l’achat des revues régulières. Car consulter des photographies sur papier reste un plaisir et une nécessité pour conserver les lettres de noblesse de l’art photographique.

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