Ni retouche, ni recadrage. Solenn Thominet

Solenn Thominet a toujours été entourée de photos : sa mère faisait beaucoup d’albums souvenirs, et dès qu’elle a été en âge de le faire, elle a commencé à photographier avec des appareils jetables. Autodidacte, elle ne décide pas à l’avance ce qu’elle va prendre en photo : la photographie de rue a toujours été présente dans son travail et y prend une place de plus en plus importante.

On pose les questions à Solenn…

Portrait de Solenn Thominet

Elle photographie en noir et blanc, pour le contraste, et ne retouche ni ne recadre jamais ses images.

SPF : Comment avez-vous découvert la photographie de rue ?

Solenn Thominet : J’ai toujours été entourée de photos très jeune. Ma mère faisait beaucoup d’albums de photos souvenirs et dès que j’ai été en âge de le faire j’ai commencé à prendre des photos avec des appareils jetables, l’appareil de mon père… Quelqu’un m’a offert un livre de photojournalisme alors que j’étais encore adolescente et ça a été un peu le coup de foudre pour le noir et blanc. On m’a aussi offert un livre de Doisneau, nouvelle « révélation ». Ces deux livres ont eu un grand effet sur moi. Par ailleurs, on regardait beaucoup de films américains des années 70-80 avec mes parents et je pense que la photographie de films comme Bullitt, les Inspecteurs Harry, Il était une fois en Amérique par exemple, fait partie de mon éveil à la photographie en général et à la photographie de rue en particulier. J’ai par la suite toujours été très attirée par la photo de rue ou le photojournalisme et mes recherches personnelles et mon métier (enseignante) m’ont fait découvrir des photographes comme Robert Capa, Don Mc Cullin, Vivian Maier, que j’admire beaucoup.

SPF : Depuis combien de temps pratiquez-vous la photographie de rue ?

Solenn Thominet : Je ne sais pas si on peut dire que je « pratique » la photographie de rue mais je pense qu’elle a toujours été présente dans mes photos. Par contre, elle prend une place de plus en plus importante mais je ne décide pas à l’avance ce que je vais prendre en photo, ce sont les lieux où je me trouve et mon environnement qui le décident. Je passe par exemple beaucoup de temps à me promener en forêt et je fais donc beaucoup de photographie de nature également.

SPF : Avez-vous suivi une formation en photographie, ou êtes-vous autodidacte ?

Solenn Thominet : Je suis autodidacte. J’ai commencé avec des appareils jetables pendant mes colonies de vacances quand j’étais très jeune. J’ai ensuite pris beaucoup de plaisir à faire des photos souvenirs. Je n’ai pas du tout l’esprit scientifique et le vocabulaire technique de la photo me met très vite en difficulté. Je n’ai pas non plus envie de trop réfléchir aux réglages, j’aime prendre des photos rapidement et très spontanément. Je ne retouche ni ne recadre mes photos. Je n’ai donc jamais vraiment cherché à suivre une formation ou à prendre des cours. Pour moi, la photo a aussi quelque chose de magique et de mystérieux, c’est garder un instant, en garder le souvenir. Faire des calculs savants avant de prendre une photo, c’est un peu gâcher la magie du moment, pour moi en tout cas, c’est un ressenti totalement personnel.

SPF : Quel matériel utilisez-vous pour la photographie de rue (appareil photo, objectifs, accessoires, etc.) ?

Solenn Thominet : J’utilise un Sony A6400 avec objectifs SELP1650+SEL55210. C’est là que je dois me former par contre, parce que je n’y connais pas grand-chose ! Mais de toute façon, étant enseignante, je n’ai pas du tout les moyens de m’offrir d’autres objectifs et j’avoue que ce petit appareil hybride me convient plutôt bien car il a quand même pas mal de fonctionnalités, il est petit et léger et ça c’est très important pour moi. J’ai essayé deux types de trépieds, mais ce n’est pas pour moi : trop encombrants, pas discrets du tout, et trop de temps pour la mise en place !

SPF : Avez-vous un équipement préféré pour la photographie de rue, et pourquoi ?

Solenn Thominet : Il me faut absolument un appareil léger, discret, petit, rapide, robuste qu’on peut fourrer dans un sac à main si besoin ou dans un petit sac à dos.

SPF : Comment définiriez-vous votre style en photographie de rue ?

Solenn Thominet : Je ne sais pas si j’ai un style ! Quand je fais de la photographie de rue, c’est en noir et blanc, car le noir et blanc me permet d’avoir beaucoup de contraste, ce que j’aime énormément. Comme je ne retouche ni ne recadre jamais mes photos, la photo couleur pour la photo de rue ne me permet pas autant de contraste ou alors il faut vraiment un temps très ensoleillé. Le noir et blanc donne un résultat qui me plaît quelle que soit la météo. J’aime beaucoup chercher les ombres et le temps idéal pour moi est un temps ensoleillé mais avec quelques nuages. Tout est possible à ce moment là. Je crois aussi avoir une préférence pour les lieux un peu déserts ou en tout cas peu fréquentés. J’adore par ailleurs la photo de rugby, qui fait aussi partie de la photographie de rue je crois. Le noir et blanc et le zoom me permettent d’attraper les corps et les expressions de la façon que j’aime, tout en permettant d’effacer le côté criard du sponsoring et des publicités affichées sur les terrains.

SPF : Y a-t-il des photographes de rue qui vous inspirent ?

Solenn Thominet : Oui Vivian Maier, Henri Cartier Bresson en premier lieu mais en fait je crois que chaque nouveau photographe que je découvre m’inspire beaucoup. J’ai découvert récemment Pablo Piovano qui est incroyable.

SPF : Pouvez-vous partager une de vos photos de rue préférées et raconter son histoire ?

Solenn Thominet : C’était lors de l’une des manifestations contre la réforme des retraites à Clermont-Ferrand en 2023.

Je faisais partie du cortège. Nous longions le cimetière de la ville et mon regard s’est porté sur le mur. J’ai bien sûr sorti mon appareil, j’ai adoré les formes variées et mouvantes que nous projetions tous sur le mur et la vision des croix. Ce n’est que bien après, une fois chez moi, que j’ai vu que la photo ne pouvait pas mieux correspondre au sujet de la manifestation : comme des fantômes, nous longeons le mur du cimetière vers lequel nous nous dirigeons tous et de plus en plus vite avec cette réforme.

SPF : Quels sont les défis auxquels vous êtes confronté en pratiquant la photographie de rue ?

Solenn Thominet : Je suis quelqu’un d’assez discret, je n’aime pas particulièrement attirer l’attention et je n’ose pas encore assez photographier les gens de près.

SPF : Pouvez-vous partager une expérience mémorable que vous avez vécue tout en faisant de la photographie de rue ?

Solenn Thominet : Non

Ombres portées sur un mur en bord de mer, photographie de Solenn Thominet.

SPF : Comment gérez-vous les questions d’éthique liées à la photographie de rue, en particulier en ce qui concerne la vie privée des sujets ?

Solenn Thominet : Pour l’instant je ne les gère pas puisque les seules personnes qu’on reconnaît sur mes photos de rue sont des proches ou des personnes de ma famille auxquelles j’ai demandé leur accord. Quant aux photos de rugby, je ne publie jamais de photos qui peuvent être défavorables aux joueurs. Si ce sont des portraits, je les publie uniquement sur les sites des clubs concernés. Il m’est déjà aussi arrivé de contacter un joueur pour savoir si j’avais son accord pour publier sa photo sur mon compte instagram.

SPF : Avez-vous déjà eu des situations délicates en photographie de rue et comment les avez-vous gérées ?

Solenn Thominet : Non pas pour l’instant

SPF : Quels conseils donneriez-vous aux débutants qui souhaitent se lancer dans la photographie de rue ?

Solenn Thominet : Observer, suivre son feeling, se faire plaisir et ne pas s’obliger à dépenser des mille et des cents dans le matériel.

SPF : Avez-vous des recommandations pour développer sa créativité en photographie de rue ?

Solenn Thominet : Se laisser inspirer par tout ce qui est possible ! (lieux, personnes, musiques, tous les arts en général)

SPF : Avez-vous des projets ou des objectifs futurs en photographie de rue que vous aimeriez partager ?

Solenn Thominet : Je ne prévois rien à l’avance en ce qui concerne la photo donc non ! Mes prochaines photos seront en lien direct avec mes prochains loisirs et activités. Une balade photo de rue à Clermont-Ferrand peut-être.

SPF : Prévoyez-vous de participer à des expositions ou des publications prochainement ?

Solenn Thominet : Non.

SPF : Comment avez-vous rejoint Street Photography France ?

Solenn Thominet : J’ai envoyé une photo pour le concours « expressions et émotions » sur le site Instagram de Street Photography France et on m’a proposé d’adhérer.

SPF : Quels avantages trouvez-vous dans l’appartenance à cette communauté ?

Solenn Thominet : J’y vois l’avantage de me faire connaître un peu (parce qu’avec mes 89 actuels followers sur Instagram, on est loin de la renommée mondiale :)), d’être un peu plus dans l’actualité photo et peut-être de pouvoir échanger avec des personnes ayant la même passion que moi.

SPF : Avez-vous des projets ou des idées pour renforcer la communauté de Street Photography France ?

Solenn Thominet : Peut-être prendre contact avec le Festival Photo de La Gacilly en Bretagne ? C’est un magnifique festival qui expose en plein air chaque année de nombreux photographes sur différents thèmes.

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