Tout est question d’opportunité. Olivier Fardel
Une enfance dunkerquoise, puis tout un parcours professionnel bercé par la chose maritime : Olivier Fardel est allé naturellement vers les littoraux et leur activité humaine, avant de photographier la rue, depuis 2012 environ. Autodidacte, il s’est aussi formé en ligne auprès de Laurent Breillat, Philippe Blayo et Jean-Christophe Béchet, et aux masterclasses de Meyerowitz et McCurry, avec Harry Gruyaert pour grande inspiration. Après le Lumix GX8 et le Canon 6D, il sort aujourd’hui avec un vieux Ricoh GR ou un Canon R5 : il lui faut un boîtier agile, léger et précis, « tout est question de compromis ». Il alterne entre chasseur et pêcheur suivant l’environnement et la lumière, opte d’abord pour la couleur quand la scène lui offre de beaux contrastes, sinon pour le noir et blanc, et accompagne nombre de ses clichés d’une poésie — notamment dans sa série au long cours « Le Monde de Sofia ». Tout est, dit-il, question d’opportunité.
On pose les questions à Olivier…
SPF : Comment avez-vous découvert la photographie de rue ?
Olivier Fardel : Marqué par mon enfance dunkerquoise puis bercé par la chose maritime tout au long de mon parcours professionnel, ma prédilection de photographe autodidacte se portait alors naturellement vers les littoraux et son activité humaine.
Photographier est très vite devenu une indispensable passion dont l’avantage est de pouvoir être assouvie à tout instant, d’être partagée rapidement. Il me faut donc appuyer sur le déclencheur chaque jour pour voir le monde tel que je le ressens, avec ses incongruités et son banal du quotidien.
SPF : Depuis combien de temps pratiquez-vous la photographie de rue ?
Olivier Fardel : 2012 environ.
SPF : Avez-vous suivi une formation en photographie, ou êtes-vous autodidacte ?
Olivier Fardel : JE suis autodidacte mais j’ai aussi suivi nombre de formations en ligne de Laurent Breillat, Philippe Blayo, Jean-Christophe Béchet et les masterclass Meyerowitz et McCurry. Harry Gruyaert est ma grande inspiration aussi.
SPF : Quel matériel utilisez-vous pour la photographie de rue (appareil photo, objectifs, accessoires, etc.) ?
Olivier Fardel : Je fus longtemps Lumix GX8 et Canon 6D, le premier était très pratique et léger, le 2nd plus lourd mais intéressant dans certaines situations. J’ai revendu le Lumix pour passer au Fujifilm x100v est ce fut une grande déception après coup. Je ne m’y suis jamais fait, trop compliqué et pas assez de liberté à mon gout. Maintenant j’utilise soit le vieux Ricoh GR soit un Canon R5 extraordinairement léger mais avec les objectifs que j’ai conservé du 6D. J’ai vraiment besoin de ne pas m’encombrer en poids et options inutiles pour m’épanouir. Je m’impose déjà suffisamment de contraintes pour ne pas avoir à gérer celle de l’appareil également.
SPF : Avez-vous un équipement préféré pour la photographie de rue, et pourquoi ?
Olivier Fardel : Il me faut un boitier agile, léger et précis. Tout est question de compromis entre poids/encombrement/perfo.
SPF : Comment définiriez-vous votre style en photographie de rue ?
Olivier Fardel : J’alterne entre chasseur et pêcheur suivant l’environnement et la lumière. Tout est question d’opportunité. C’est comme le choix entre couleur et N&B, je vais d’abord opter pour la couleur si la scène me permet d’avoir de belles couleurs et des contrastes entre elles. Si je ne suis pas séduit par les couleurs, je me rabats sur le NB en privilégiant la mise en valeur du sujet lui-même. J’accompagne aussi nombre de mes clichés d’une poésie, le tout diffusé sur mon site ou dans ma série au long cours et quotidienne du « Monde de Sofia ». Une folle contrainte dont l’objectif est simplement de retranscrire l’histoire que la scène me raconte, le sentiment qu’elle provoque en moi.
SPF : Y a-t-il des photographes de rue qui vous inspirent ?
Olivier Fardel : Harry Gruyaert en premier lieu. C’est un enchantement à regarder. Ensuite Parr, Meyerowitz, Erwitt, Depardon. Mais aussi Jean-Christophe Béchet, Philipppe Blayo, Cédric Roux ou encore Matt Stuart.
SPF : Pouvez-vous partager une de vos photos de rue préférées et raconter son histoire ?
Olivier Fardel : Cette photo a été prise à Madrid en vacances. J’avais peu de temps à consacrer mais je repère les deux hommes en pantalon blanc et chaussures en cuir. Je les suis jusqu’au passage piéton où j’ajoute l’homme aux chaussettes blanches et je profite de la lumière de fin d’après-midi pour prendre la photo trop rapidement car le feu passe au vert. Puis j’oublie cette photo jusqu’à mon retour de vacances. Je les trie et en la regardant je m’aperçois de quelque chose que je n’avais pas remarqué sur le coup : le bonhomme sur l’autocollant posé sur le poteau en haut à gauche porte les mêmes couleurs que l’homme de droite et il est sur fond blanc pour rappeler pantalon, chaussette et passage piéton ! Génial !
SPF : Quels sont les défis auxquels vous êtes confronté en pratiquant la photographie de rue ?
Olivier Fardel : Mon défi actuel est de manquer de temps pour la pratiquer. J’en ai que trop peu actuellement pour diverses raisons. Alors je saisis toute occasion quotidienne.
SPF : Pouvez-vous partager une expérience mémorable que vous avez vécue tout en faisant de la photographie de rue ?
Olivier Fardel : Ce n’est pas une expérience en soi mais les premières fois où je suis parti avec mon appareil pour passer plusieurs heures sur le terrain dans un même quartier que je connaissais, j’ai découvert nombre de trésors.
SPF : Comment gérez-vous les questions d’éthique liées à la photographie de rue, en particulier en ce qui concerne la vie privée des sujets ?
Olivier Fardel : Je n’ai pas de difficultés sur ce sujet. Est-ce que ma photo saisie des personnes dans des situations dégradantes ou qui leur portent préjudice ? Non, en tout cas je m’en assure sur le moment en observant.
SPF : Avez-vous déjà eu des situations délicates en photographie de rue et comment les avez-vous gérées ?
Olivier Fardel : Honnêtement jamais. Mais le cas échéant, avec sourire et politesse et en montrant la photo, je pense que cela permet d’avancer. Et puis si cela tourne mal, je supprimerai la photo, elle ne vaut pas le coup de froisser quelqu’un.
SPF : Quels conseils donneriez-vous aux débutants qui souhaitent se lancer dans la photographie de rue ?
Olivier Fardel : Me considérant toujours comme débutant, c’est un peu compliqué. Je dirai simplement de s’immerger et de prendre plaisir sans s’imposer de réussir absolument des photos qui vous raconte une histoire. Bref, profiter du moment simplement.
SPF : Avez-vous des recommandations pour développer sa créativité en photographie de rue ?
Olivier Fardel : Je m’impose toujours des contraintes. Soit de distance au sujet, soit de format, soit de couleur, soit de recherche d’une idée bien précise. Cela aide à se concentrer, du moins au début d’une séance.
SPF : Avez-vous des projets ou des objectifs futurs en photographie de rue que vous aimeriez partager ?
Olivier Fardel : En 2024, le livre « D’elles à papillon » voit le jour aux éditions Corridor Éléphant et présente des extraits de trois séries totalement différentes dans leurs formes pour témoigner de la solitude du vivant, animal ou humain. Parmi elles, des extraits de « En passant ici ou ailleurs ».
SPF : Prévoyez-vous de participer à des expositions ou des publications prochainement ?
Olivier Fardel : J’ai une idée mais chut….J’y travaille.

