Rencontre avec Nicolas Drapier : Un Voyage dans l’Art de la Street Photography
On pose les questions à NICOLAS…
Dans cette interview, Nicolas Drapier partage avec nous son parcours photographique.
SPF : Comment avez-vous découvert la photographie de rue ?
Nicolas Drapier : Jeune, je piquais le Canon de mes parents pour shooter des portraits de famille et je regardais mon père faire ses développements noir et blanc le soir dans la cuisine. Je suis très hétéroclite, j’ai fait depuis une vingtaine d’années tout type de photo : paysage, ville, concert, danse, etc… Pour la photo de rue, le déclic s’est fait en 2023 après un atelier photo d’un weekend avec un professionnel, ça m’a ouvert les yeux sur ce que j’aimais déjà inconsciemment faire.
SPF : Depuis combien de temps pratiquez-vous la photographie de rue ?
Nicolas Drapier : Inconsciemment, et avec de mauvais résultats, depuis longtemps, mais réellement depuis début 2023.
SPF : Avez-vous suivi une formation en photographie, ou êtes-vous autodidacte ?
Nicolas Drapier : Je suis autodidacte mais je participe régulièrement à des workshops ou des masterclass pour renforcer mes bases et m’ouvrir des perspectives.
SPF : Quel matériel utilisez-vous pour la photographie de rue (appareil photo, objectifs, accessoires, etc.) ?
Nicolas Drapier : J’ai commencé en tâtonnant en faisant quelques sorties avec un 24-70 sur le Sony, puis je me suis passé sur un 35mm. J’ai fait aussi quelques fois des shoots au 100-400 mais cela s’apparente presque plus à de la photo animalière ! Aujourd’hui, je suis le plus souvent avec mon Leica Q3 et son légendaire 28mm. J’ai aussi souvent en réserve dans le sac un Sony A7rV avec un 100mm. J’ai parfois avec moi le trépied Ulanzi Zero (en carbone, ultra léger et compact) si je veux faire quelques pauses longues. Dans ce cas, je complète souvent en journée le Q3 par un filtre ND (un 8-128). Et quoi qu’il arrive, toujours mon iPhone 15 Pro Max dans la poche pour parer à tout imprévu – et on a parfois de belles surprises !
SPF : Avez-vous un équipement préféré pour la photographie de rue, et pourquoi ?
Nicolas Drapier : Le Q3 est devenu mon boîtier de prédilection. Sa compacité est indispensable pour la photo de rue sans faire aucun compromis sur la qualité (60MPx). J’apprécie la très grande rapidité de l’auto focus, indispensable pour saisir l’instant en gardant une ouverture assez grande qui permette d’avoir un peu de flou d’arrière plan et éviter que tout soit plat et net partout. Cela permet également de ne pas trop monter dans les ISO et réduire ainsi le bruit, même si la réduction de bruit par IA dans Lightroom fait maintenant des miracles. J’aime également sa simplicité de réglage, perturbante d’ailleurs quand on vient comme moi de 20 ans de Sony. Le Leica Q3 m’accompagne maintenant partout.
SPF : Comment définiriez-vous votre style en photographie de rue ?
Nicolas Drapier : J’aime les choses qui sont assez graphiques ou les photographies qui vont raconter une histoire. Cela vient sans doute de ma passion pour le cinéma et des cinéastes qui ont travaillé énormément sur le cadre et la photo de leurs films. Sans les citer tous, je vais mentionner Clint Eastwood avec sa maîtrise des ombres ou encore Orson Welles et son exceptionnel travail sur la profondeur de champ. Spielberg a quant à lui un talent pour faire entrer dans le cadre ses héros et personnages principaux (dinosaures compris), Truffaut pour la modernité de son noir et blanc. Kubrick et Scorsese sont également deux cinéastes de génie dans le rendu visuel de leurs œuvres. D’ailleurs la plupart d’entre eux ont toujours travaillé avec des directeurs de la photographie exceptionnels (Kubrick endossait souvent cette casquette lui-même et il était d’ailleurs un formidable photographe). Du coup, je dirais que mon style est avant tout cinématographique. Ce que d’ailleurs j’essaie d’illustrer sur mon Instagram en rattachant à chacune de mes photos une musique de film (une autre de mes passions) afin de renforcer l’ambiance de la photo.
SPF : Y a-t-il des photographes de rue qui vous inspirent ?
Nicolas Drapier : Je suis d’abord, vous l’aurez compris très influencé par le cinéma et les artistes mentionnés précédemment. Côté photographe, le travail de Saul Leiter est exceptionnel. J’ai aussi beaucoup d’intérêt pour le travail de Phil Penman que j’ai eu la chance de rencontrer récemment.
SPF : Pouvez-vous partager une de vos photos de rue préférées et raconter son histoire ?
Nicolas Drapier : Je vais parler de la photo « The Tataouine Kid » (dans la sélection). J’étais en vacances en famille en Tunisie l’été dernier et on part en excursion en groupe vers Tataouine. Dans la matinée, pause au centre de Tataouine et là, je vois le marché local. Je m’éclipse le temps de la visite et me dit « allez, mode street photo! ». Je parcours les allées et j’aperçois à une dizaine de mètre ce jeune garçon assis sur sa marche. Il a l’air pensif et je sens la bonne photo. Je passe devant lui et shoote avec mon A7RV et son 35mm (je n’avais pas le Q3 encore) sur le côté. Résultat, cette photo candide et ce gamin qui, par chance ultime, regarde l’objectif sans poser. La photo n’est, je trouve, pas sans rappeler une photo très connue de « The Kid » de Chaplin, le titre de ma photo est une forme d’hommage !
SPF : Quels sont les défis auxquels vous êtes confronté en pratiquant la photographie de rue ?
Nicolas Drapier : Garder le moral après une journée où aucune photo ne présente d’intérêt !
SPF : Pouvez-vous partager une expérience mémorable que vous avez vécue tout en faisant de la photographie de rue ?
Nicolas Drapier : Il y a une quinzaine d’années, j’arpentais les rues de Shanghai dans un quartier populaire en faisant des photos. Un chinois m’a interpellé avec un mauvais anglais pour me demander d’où je venais. Nous avons ensuite parlé pendant 45 minutes dans un français impeccable ! Si je le croisais aujourd’hui, je shooterais son portrait. À l’époque je n’ai pas osé, erreur de jeunesse.
SPF : Comment gérez-vous les questions d’éthique liées à la photographie de rue, en particulier en ce qui concerne la vie privée des sujets ?
Nicolas Drapier : Je m’efforce à ne pas prendre de photos qui peuvent porter atteinte à la dignité des personnes. Je ne prends pas en photo les sans-abris par exemple ou les personnes en situation difficile.
SPF : Avez-vous déjà eu des situations délicates en photographie de rue et comment les avez-vous gérées ?
Nicolas Drapier : Un jour, il y avait des pompiers en intervention sur un incendie, et j’ai commencé à shooter. Je suis tombé sur un policier peut-être un peu zélé qui a commencé à m’interpeller pour m’interdire de photographier, il a commencé à vouloir attraper mon appareil et m’agripper le bras. J’ai, je crois, haussé un peu le ton (je devais aussi faire 2 têtes de plus que lui) en lui demandant de me lâcher et lui disant qu’il n’avait pas le droit de m’interdire de prendre des photos. Il était assez nerveux, j’ai préféré prendre des photos d’un autre spot où ses collègues étaient d’ailleurs beaucoup plus courtois, certains « prenant la pose » avec plaisir. Je crois que cet événement m’a conforté dans mon choix de porter une GoPro durant la plupart de mes sessions, car finalement, on ne sait jamais ce qu’il peut se passer !
SPF : Quels conseils donneriez-vous aux débutants qui souhaitent se lancer dans la photographie de rue ?
Nicolas Drapier : Il faut persévérer, les premières photos seront ratées et celles que vous trouvez bonnes… eh bien après quelques mois de pratique rejoindront la première catégorie ! Il faut surtout avoir l’œil, anticiper ce qui fera un bon cliché quelques secondes plus tard, être à l’écoute de la ville, de la météo, repérer le soleil et bien sûr être aux bonnes heures au bon endroit, il n’y a rien de pire que d’être entouré de gens qui errent sans but.
SPF : Avez-vous des recommandations pour développer sa créativité en photographie de rue ?
Nicolas Drapier : Regarder sans cesse le travail d’autres photographes, essayer, tenter, se contorsionner pour trouver des angles de vue originaux et surtout sauter sur les occasions. Par exemple: il neige à 23h un lundi soir: ne procrastinez pas ! Un bonnet et dehors ! Par ailleurs, tout le monde parle de Paris, Londres ou New York pour la street photo, mais finalement, on peut en faire absolument partout dans le monde, donc voyagez, loin et même tout près.
SPF : Avez-vous des projets ou des objectifs futurs en photographie de rue que vous aimeriez partager ?
Nicolas Drapier : J’aimerais commencer à travailler sur des séries ou structurer mon travail dans ce sens.
SPF : Prévoyez-vous de participer à des expositions ou des publications prochainement ?
Nicolas Drapier : Je participe régulièrement à des concours photos en ligne et j’ai récemment eu des sélections pour des expos aux US et en Angleterre. Je pense que lorsque j’aurai travaillé le projet mentionné précédemment, ce point sera aussi plus structuré.
SPF : Comment avez-vous rejoint Street Photography France ?
Nicolas Drapier : Je suivais le groupe sur Instagram, et j’ai simplement franchi le pas. C’était assez facile en fait !
SPF : Quels avantages trouvez-vous dans l’appartenance à cette communauté ?
Nicolas Drapier : Les échanges sur la technique, les points de vue divers (et parfois divergents) permettent de renforcer ses compétences, aiguiser son œil, affiner son approche…
SPF : Avez-vous des projets ou des idées pour renforcer la communauté de Street Photography France ?
Nicolas Drapier : Je trouve que les rencontres sont intéressantes, mais peut-être pouvons-nous également thématiser ces meetups. Par exemple, nous pourrions prévoir une sortie « ombres » un jour de soleil, un thème « reflets » quand il pleut, etc… et terminer la sortie par un debrief croisé des photos du jour. Finalement un complément aux challenges thématiques du discord.

