Rencontre avec Nathalie Lamothe : L’Art Émotionnel de la Street Photography
Découvrez l’univers captivant de Nathalie Lamothe, une photographe de rue passionnée et membre de Street Photography France. Dans cette interview exclusive pour StreetPhotographyFrance.com, Nathalie partage ses expériences, ses inspirations et ses conseils précieux pour ceux qui aspirent à maîtriser l’art de la photographie de rue. Plongez dans son parcours unique, depuis ses débuts spontanés jusqu’à ses projets ambitieux, et laissez-vous inspirer par sa vision artistique et son approche émotionnelle de la photographie.
On pose les questions à Nathalie…
Dans cette interview, Nathalie Lamothe partage avec nous son parcours photographique.
SPF : Comment avez-vous découvert la photographie de rue ?
Nathalie Lamothe : Sur les réseaux sociaux.
SPF : Depuis combien de temps pratiquez-vous la photographie de rue ?
Nathalie Lamothe : J’ai réellement débuté la photo de rue en me formant cette année même si la photographie a toujours fait partie de ma vie dans une pratique plus spontanée avec un compact Sony DSC HX 60.
SPF : Avez-vous suivi une formation en photographie, ou êtes-vous autodidacte ?
Nathalie Lamothe : J’ai débuté de façon autodidacte. Mais en 2023, je me suis inscrite à la formation de photographie de JC Pieri par le CPF. C’est une formation technique et assez complète pour apprendre la photo dans différents domaines photographiques mais pas en photo de rue. Je l’ai rapidement complété en intégrant une formation de photo de rue avec Génaro Bardy. Je suis sensible à la philosophie photographique et à l’approche émotionnelle de l’image développée par Génaro. J’ai aussi eu l’opportunité de bénéficier d’une formation par Giuseppe Pitino, photographe auteur rencontré lors du festival de street photography à San Rémo en juin 2023. Giuseppe a été un déclencheur important dans ma pratique. Il m’a permis de libérer « l’audace de la rue ». J’ai poursuivi par un stage aux rencontres photographiques d’Arles avec Denis Dailleux intitulé « saisir l’humain par le portrait », j’ai obtenu le 1er prix lors de l’expo alors que j’avais un boitier entre les mains depuis seulement deux mois. Cela m’a donné confiance et m’a confirmé que j’étais au bon endroit dans cette discipline. Je suis également membre du club photo de Nice Objectif Images qui permet des rencontres entre photographes et propose un panel de formations. J’écoute également des podcasts comme Faut pas pousser les ISO.
SPF : Quel matériel utilisez-vous pour la photographie de rue (appareil photo, objectifs, accessoires, etc.) ?
Nathalie Lamothe : Un Canon EOS R7 avec objectif Canon RF 28 mm F2.8 la plupart du temps, parfois mon smartphone quand je n’ai rien d’autre à disposition ou par discrétion, rarement ma Gopro.
SPF : Avez-vous un équipement préféré pour la photographie de rue, et pourquoi ?
Nathalie Lamothe : Mon boitier Canon R7 et le 28 mm. L’objectif pancake est court, léger, discret.
SPF : Comment définiriez-vous votre style en photographie de rue ?
Nathalie Lamothe : Totalement émotionnel et spontané. Pour le moment, je fonctionne surtout à l’intuition. Mes débuts dans la street sont récents. Je ne cherche pas des images qui séduiront un public. Je cherche surtout à capter des moments inattendus, des situations qui me touchent. Les gens ne se rendent pas compte de tout ce qu’ils font très naturellement. Ils me fascinent. Je me sens privilégiée d’être le témoin invisible de leur vie, de fixer sur image un moment auquel il ne prête pas attention alors que le temps a tellement d’importance puisqu’il ne s’arrête jamais. Les photos sont pour moi des souvenirs d’ordre affectif, des rappels sur ce que la vie nous offre de précieux dans son quotidien. Je veux montrer un monde qui va bien et qui est beau. Parfois, on pourrait l’oublier.
SPF : Y a-t-il des photographes de rue qui vous inspirent ?
Nathalie Lamothe : Je n’ai pas de « maitre » particulier. Je suis différents comptes de street sur insta, notamment Oliviu Selaru et You tube est ma mine d’or éducative. J’ai cette tendance à me sentir influencée et à douter si je regarde trop ce que font les autres. Donc je dose mon inspiration. Je sélectionne les expos. C’est une balance à trouver entre se nourrir des autres et définir son identité photographique personnelle.
SPF : Pouvez-vous partager une de vos photos de rue préférées et raconter son histoire ?
Nathalie Lamothe : Une photo floue prise sur la plage à Nice, des goélands en plein vol, un jour de pluie. Ce jour là, je testais la bague de mise au point d’un nouvel objectif, j’étais assez déçue de mes photos. Une photo qui ressemble à une peinture. Une photo apaisante de la plage quasi déserte ce qui est inhabituel à Nice.
SPF : Quels sont les défis auxquels vous êtes confronté en pratiquant la photographie de rue ?
Nathalie Lamothe : faire confiance à mon ressenti face à une scène, ne pas me laisser déborder par la jubilation intense de la « chasse » à l’image, être réactive au bon moment, accepter la frustration des images non abouties.
SPF : Pouvez-vous partager une expérience mémorable que vous avez vécue tout en faisant de la photographie de rue ?
Nathalie Lamothe : Je suis tombée par hasard sur un street artiste qui bombait une sculpture en forme de lettre N devant une surface commerciale. J’ai commencé à le photographier car il se reflétait dans les vitrines. J’ai fini par me rapprocher pour faire des portraits. J’ai alors proposé au peintre de lui transmettre les images. J’ai demandé ses coordonnées. Il s’agissait d’un street artiste connu dans le Sud de la France, niçois aussi, César Malfi. J’ai été un peu impressionnée mais la rencontre a été sympathique. La surface commerciale organisait une expo de ses œuvres. Elle a utilisé une de mes photos dans ses communications.
SPF : Comment gérez-vous les questions d’éthique liées à la photographie de rue, en particulier en ce qui concerne la vie privée des sujets ?
Nathalie Lamothe : J’envisage la personne comme un élément d’une scène. C’est un choix de situation plus que de personne. Si la personne photographiée me repère, je m’adresse toujours à elle avec bienveillance en souriant, je montre les photos sur le boitier et je propose de les offrir, ça se passe toujours bien. Je suis régulièrement surprise du bon accueil des sujets photographiés. Je crois que si on réagit à une situation avec une bonne psychologie, les personnes sont réceptives à l’énergie que l’on dégage. Les gens ne veulent pas être objétisés, cela est compréhensible. Les personnes veulent surtout savoir quelle est l’intention du streetphotophographe. Je les vois souvent positivement surpris devant les images. Cela ouvre des discussions et des rencontres et j’aime ce lien que génère si facilement la photographie. On rencontre des personnes que l’on n’aurait jamais abordées sans ce support. La photo devient le vecteur d’une rencontre. L’artistique est au service de l’humain. Pour faire de la photo, il faut sincèrement aimer les gens.
SPF : Avez-vous déjà eu des situations délicates en photographie de rue et comment les avez-vous gérées ?
Nathalie Lamothe : Oui, j’ai été interpellée sans ménagement par un homme assez vindicatif alors que je réglais les paramètres du boitier. La personne pensait que je l’avais photographié, ce n’était pas le cas. Je ne me suis pas laissé impressionner. J’ai montré les dernières photos du boitier pour attester de ma bonne foi sur un ton, je l’avoue, qui fut ferme et direct et j’ai passé mon chemin sans lui laisser le temps de réagir davantage. L’interlocuteur faisait 2 fois mon gabarit… En fait, pour faire de la rue, il faut être à l’aise avec l’idée du refus. Certaines personnes peuvent ne pas comprendre notre démarche photographique. Cela nécessite d’avoir fait un travail sur soi concernant la confiance en soi et la gestion des émotions.
SPF : Quels conseils donneriez-vous aux débutants qui souhaitent se lancer dans la photographie de rue ?
Nathalie Lamothe : Le 1er : OBSERVER puis OSER et recommencer ! Accepter d’apprendre. Comprendre que la rue est un style photographique à part entière.
SPF : Avez-vous des recommandations pour développer sa créativité en photographie de rue ?
Nathalie Lamothe : Sortir encore et encore, à des heures différentes, repasser dans les mêmes lieux en se demandant ce que l’on n’a pas vu la dernière fois, ce qui pourrait être regardé autrement, tester de nouvelles choses, de nouvelles perspectives, être patient, persévérant… obstiné…, acheter des livres d’auteurs, lire des magazines. Tout est image. C’est une question de sensibilité. Personnellement, je me décrirai comme passionnelle. Quand je pars en sortie shooting, je m’isole dans « mon monde ». Je vis la photo de façon très solitaire. Je ne sors pas avec un autre photographe. Ça bloque ma créativité car cela m’empêche de me connecter à l’environnement et de fixer ma pleine attention sur ce qui m’entoure. J’ai besoin de me sentir totalement concentrée, dédiée à ce moment et à cette activité. C’est un état d’attention assez méditatif, sans distraction mentale. En tout cas, c’est comme cela que je le vis.
SPF : Avez-vous des projets ou des objectifs futurs en photographie de rue que vous aimeriez partager ?
Nathalie Lamothe : Être publiée dans la revue Streetphography France… lol… Éditer un zine… Exposer serait une évidente reconnaissance.
SPF : Comment avez-vous rejoint Street Photography France ?
Nathalie Lamothe : sur instagram.
SPF : Quels avantages trouvez-vous dans l’appartenance à cette communauté ?
Nathalie Lamothe : m’appuyer sur la force d’un collectif, trouver de l’inspiration, connecter avec d’autres streetphotographes, apprendre, partager ma vision.
SPF : Avez-vous des projets ou des idées pour renforcer la communauté de Street Photography France ?
Nathalie Lamothe : Des rencontres régionales pour créer du réseau. Une journée nationale sur la photo de rue. Des workshops.

