Regarder les autres pour mieux se rapprocher d’eux. Jérémie CULTIEN

Jeremie Cultien n’a pas commencé la photographie de rue par hasard. Pendant longtemps, il l’a regardée à distance, à travers les livres et les expositions, marqué par l’univers de Doisneau et cette atmosphère en noir et blanc qui laisse une trace. Aujourd’hui, il est passé de l’autre côté, appareil en main, avec l’envie de comprendre ce qui se joue vraiment dans la rue.

Son parcours est encore récent, mais déjà très clair dans ses intentions. Ce qui l’attire, ce sont les regards, les visages, ces moments où quelqu’un se dévoile sans vraiment le vouloir. On sent aussi une évolution dans sa manière de travailler : moins de distance, plus d’engagement, avec cette volonté d’aller au contact malgré l’appréhension.

Chez lui, la photographie n’est pas une performance, c’est une recherche. Une façon de se confronter aux autres, mais aussi de créer quelque chose qui dépasse l’image. Une photo peut marquer, toucher, parfois même réparer un peu. Et c’est sans doute là que son travail prend tout son sens.

On pose les questions à Jérémie

Dans cette interview, Jérémie  partage avec nous son parcours photographique.

SPF : Comment avez-vous découvert la photographie de rue ?
Jeremie Cultien : J’ai toujours aimé la photo de rue, au travers de grands photographes. Petit je parcourais régulièrement un ouvrage de Doisneau, j’aime la nostalgie qui se dégage de la photo en noir et blanc. J’ai donc découvert la photo de rue exclusivement au travers d’ouvrages et d’expositions.

SPF : Depuis combien de temps pratiquez-vous la photographie de rue ?
Jeremie Cultien : Je pratique la photo de rue depuis pas très longtemps. Septembre 2023 pour être précis.

SPF : Avez-vous suivi une formation en photographie, ou êtes-vous autodidacte ?
Jeremie Cultien : Je suis autodidacte, je n’ai pas suivi de formation. J’ai simplement visionné des vidéos sur You Tube et lu quelques ouvrages techniques.

SPF : Quel matériel utilisez-vous pour la photographie de rue (appareil photo, objectifs, accessoires, etc.) ?
Jeremie Cultien : Jusqu’à présent j’avais un canon EOS200D et un zoom 70-300. Pratique pour commencer sans avoir être trop proche du sujet. Depuis très peu. Mars 2026 je m’exerce avec un Fudjifilm X100VI pour essayer de travailler différemment et progressivement avoir moins peur d’être au plus près de la scène. Je revais d’un LEICA Q3 43 mais la raison l’a emportée et je pense que le Fudji est un bon compromis pour travailler avec un focal fixe et s’entrainer à un travail différent de mes débuts.

SPF : Avez-vous un équipement préféré pour la photographie de rue, et pourquoi ?
Jeremie Cultien : Mon nouvel équipement est entre mes mains depuis trop peu de temps, mais les débuts me plaisent beaucoup. Il est pratique, bien pensé, léger, discret et avec un look très sympathique.

SPF : Comment définiriez-vous votre style en photographie de rue ?
Jeremie Cultien : J’aime les regards, j’aime les gens, je suis photographe amateur de rue, passionné par la magie des instants volés. À travers mon objectif, je cherche à capter ces regards authentiques, ces visages qui se dévoilent un bref moment avant de se fondre à nouveau dans la foule. Chaque image se veut une poésie visuelle : une pause sur l’ordinaire, révélant les émotions cachées dans le quotidien urbain. J’aime partager ces fragments de vie et inviter à se plonger dans l’atmosphère unique de la rue, là où l’éphémère devient éternité. J’aime la force du noir et blanc. Les flous en arrière plan. Le sentiment de nostalgie. Laisser libre cours à l’imaginaire du spectateur.

SPF : Y a-t-il des photographes de rue qui vous inspirent ?
Jeremie Cultien : Doisneau bien sûr, Cartier-Bresson, Suzanne Meyer, Genaro Bardy, Bruce Gilden, Vivian Maier …

SPF : Pouvez-vous partager une de vos photos de rue préférées et raconter son histoire ?
Jeremie Cultien : J’aime beaucoup cette photo, malgré toute la tristesse qui se dégage des visages, ce couple est beau. Cette photographie traduit ce que j’aime dans la photo de rue. Un cliché qui laisse place à l’imaginaire. Qui laisse place au sentiment, qui rapproche le spectateur du sujet, qui questionne. J’aime les photographique qui donne également l’impression que le temps est en pause. C’est le cas ici.

SPF : Quels sont les défis auxquels vous êtes confronté en pratiquant la photographie de rue ?
Jeremie Cultien : Le défi numéro un est celui de ne pas avoir peur d’être proche du sujet. Je cherche également à maitriser mon boitier pour permettre à l’impression d’avoir une photo nette et de qualité.

SPF : Pouvez-vous partager une expérience mémorable que vous avez vécue tout en faisant de la photographie de rue ?
Jeremie Cultien : Un jour, à Clermont-Ferrand, je prenais en photo un sans domicile fixe. Ce dernier, me voyant le photographier m’interpelle et me demande de lui montrer la photo. Il m’a dit : « Mon Dieu que je suis beau. Cela fait vingt ans que je ne parle plus à mon fils. Peux tu envoyer cette photo à mon fils pour qu’il voit que son père est encore beau, même dans la rue ». Cela m’a énormément touché de voir qu’une photo, par son impact peut rapprocher les gens. Je ne sais si elle aura permis de rapprocher le père et le fils mais j’aime croire qu’elle aura peut être briser 20 années de silence.

SPF : Comment gérez-vous les questions d’éthique liées à la photographie de rue, en particulier en ce qui concerne la vie privée des sujets ?
Jeremie Cultien : C’est un des points avec lequel je suis le moins à l’aise. Je me questionne toujours. Avons nous le droit de photographier ? Avons nous le droit de publier les photos sans autorisations ? C’est une des raisons de mon adhésion à SPF. Je me fixe une règle. Ne jamais prendre une photo qui ai un effet dégradant sur la personne photographiée. Mon souhait et de mettre en valeur le sujet. Même dans les moments difficiles. Je ne fais pas non plus de commerce de mes photos. Ce point est en tout cas une réelle préoccupation pour moi et je suis preneur d’informations pour faire les choses correctement.

SPF : Avez-vous déjà eu des situations délicates en photographie de rue et comment les avez-vous gérées ?
Jeremie Cultien : Non jamais

SPF : Quels conseils donneriez-vous aux débutants qui souhaitent se lancer dans la photographie de rue ?
Jeremie Cultien : Faire comme moi, marcher, marcher, marcher et observer. C’est la meilleur activité pour se reconnecter au présent, se reconnecter à la vie qui nous entoure et avoir un moment pour soi. A travers mon objectif, j’aime profondément les gens. Luttez contre la peur d’être vu, confrontez vous à la foule. Respectez les gens et vous allez vite voir la vie différemment.

SPF : Avez-vous des recommandations pour développer sa créativité en photographie de rue ?
Jeremie Cultien : La marche, et l’observation. Il faut également être réactif, attentif et privilégier un réglage passe partout pour ne pas perdre un moment précieux à cause d’un réglage à faire.

SPF : Avez-vous des projets ou des objectifs futurs en photographie de rue que vous aimeriez partager ?
Jeremie Cultien : Apprivoiser mon nouveau boitier et la focal fixe. Partager cette passion avec d’autres photographes. Pourquoi pas exposer si cela est autorisé alors que je n’ai pas le consentement des sujets, faire de beaux tirages.

SPF : Prévoyez-vous de participer à des expositions ou des publications prochainement ?
Jeremie Cultien : J’y pense mais je suis encore timide et j’ai besoin d’avoir l’avis d’autres photographes sur mon travail. La communauté SPF sera je l’espère l’élément déclencheur.

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