Réagir, plutôt que calculer

Nantes, un Pentax K-7 déniché d’occasion et des objectifs soviétiques des années cinquante. Erik Sokoloff photographie la rue très régulièrement depuis un an et demi, autodidacte initié par un autodidacte. Le jour où le patineur a surgi, il n’a pas eu le temps de calculer : il a réagi.

On pose les questions à Erik…

Erik Sokoloff est venu à la photographie de rue par la transmission : il a été formé par un photographe de rue, David Deloustal, et se décrit comme un autodidacte initié par un autodidacte. Il photographie très régulièrement depuis un an et demi. Le portrait et le reportage l’occupent de temps en temps, quand il a envie de mettre en valeur un lieu ou un évènement, mais la rue est ce qui le happe le plus.

Son matériel raconte la même patience : un Nikon D90 qu’on lui a prêté pour commencer, puis une tirelire cassée pour un Pentax K-7 trouvé sur un site de seconde main — robuste, pratique — et, petit à petit, quelques objectifs dénichés, dont de vieux soviétiques, un Mir-1 de 1958 et un Helios 44K de 1987. Il a un faible pour le Mir-1, son double diaphragme et son bokeh. Gustavo Minas pour la symphonie de couleurs, Daïdo Moriyama pour la liberté radicale, Saül Leiter pour cette aptitude instinctive à voir de la beauté dans l’ordinaire : ce sont ses repères.

Il refuse de définir son style — ce n’est pas à lui de le faire, dit-il — et pose à la place une règle simple : tant qu’il ressent du plaisir à photographier, il fait des choses qu’il peut partager ; dès que cela devient une contrainte, il fait du médiocre et perd son temps. En juin, il a accroché son exposition « Silhouettes » au café Chez les Filles, à Nantes, en pleine canicule. Il garde quelques thèmes en préparation, et préfère pour l’instant les laisser de côté.

SPF : Comment avez-vous découvert la photographie de rue ?

Erik Sokoloff : J’ai découvert la photo de rue naturellement car j’ai été formé par un photographe de rue – David Deloustal. Je fais du portrait de temps en temps et un peu de reportage quand j’ai envie de mettre quelque chose en valeur, un évènement ou un lieu, mais la rue est ce qui me happe le plus.

SPF : Depuis combien de temps pratiquez-vous la photographie de rue ?

Erik Sokoloff : Très régulièrement depuis 1 an et demi.

SPF : Avez-vous suivi une formation en photographie, ou êtes-vous autodidacte ?

Erik Sokoloff : Autodidacte initié par un autodidacte.

SPF : Quel matériel utilisez-vous pour la photographie de rue (appareil photo, objectifs, accessoires, etc.) ?

Erik Sokoloff : J’ai commencé avec un Nikon D90 que quelqu’un a eu la gentillesse de me prêter puis j’ai cassé ma tirelire pour un Pentax K-7 trouvé sur un site de seconde main. Un excellent appareil, très robuste et pratique. Puis petit à petit j’ai déniché quelques objectifs, dont des vieux soviétiques, un Mir-1 de 1958 et un Helios 44K manufacturé en 1987.

SPF : Avez-vous un équipement préféré pour la photographie de rue, et pourquoi ?

Erik Sokoloff : J’aime beaucoup le Mir-1, notamment à cause de son double diaphragme et de son bokeh.

SPF : Comment définiriez-vous votre style en photographie de rue ?

Erik Sokoloff : Je pense que c’est pas à moi de définir mon style. Aussi longtemps que je ressens du plaisir à photographier, je fais des trucs que je peux partager. Dès que ça devient une contrainte, je fais du médiocre et donc, je perds mon temps.

SPF : Y a-t-il des photographes de rue qui vous inspirent ?

Erik Sokoloff : Gustavo Minas, une symphonie de couleurs. Daïdo Moriyama, une liberté radicale. Saül Leiter, une aptitude instinctive à voir de la beauté dans l’ordinaire.

SPF : Pouvez-vous partager une de vos photos de rue préférées et raconter son histoire ?

Erik Sokoloff : Cette photographie fait partie d’une rafale de 6 clichés que j’ai eu la chance de prendre tout simplement parce que je m’étais positionné dans un endroit propice, face au mur gauche de la basilique Saint-Nicolas à Nantes. Le fond du mur allait constituer un fond parfait pour de la photo monochrome, pas trop envahissant, mais pas non plus trop vide, d’après ce que j’avais planifié plus ou moins. J’ai photographié quelques passants et j’allais changer d’endroit lorsque j’ai vu ce patineur arriver face à moi. peut-être à 50 mètres de distance. Il arrivait assez vite, je n’ai donc pas eu le temps de « calculer », j’ai réagi. J’ai braqué l’objectif dans sa direction, appuyé sur le déclencheur, et gardé l’index dessus. Et le patineur a joué le jeu, il m’a exécuté un magnifique freinage en demi-cercle, malheureusement hors cadre, mais il y a quand même 4 photos très exploitables qui ont constitué une mini-story Instagram. Celle-ci est la plus réussie du lot.

SPF : Quels sont les défis auxquels vous êtes confronté en pratiquant la photographie de rue ?

Erik Sokoloff : Une crispation quasi systématique autour du droit de l’image, typiquement français, paraît-il. Peut-être parce que le droit de l’image a un fondement de nature patrimoniale ? Les gens ont l’impression qu’on leur prend quelque chose quand ils se voient être photographiés. Pas toujours, mais très souvent.

SPF : Pouvez-vous partager une expérience mémorable que vous avez vécue tout en faisant de la photographie de rue ?

Erik Sokoloff : Les agressions sont un sujet très mémorable en général, mais a-t-on envie de les partager ?

SPF : Comment gérez-vous les questions d’éthique liées à la photographie de rue, en particulier en ce qui concerne la vie privée des sujets ?

Erik Sokoloff : Instinctivement : si l’on a le sentiment d’enter dans la vie privée de quelqu’un ou le sentiment de lui voler quelque chose, c’est qu’on a outrepassé l’éthique quelque part. Si on ne se sent pas légitime à photographier quelqu’un ou une scène de rue, c’est qu’il y a une question d’éthique à se poser.

SPF : Avez-vous déjà eu des situations délicates en photographie de rue et comment les avez-vous gérées ?

Erik Sokoloff : Souvent. La plupart du temps, effacer la photo suffit à désamorcer le conflit mais pas toujours. La seule façon de « gérer » efficace à 100% est d’éviter préventivement d’avoir quelque chose à gérer. Etre tout le temps mobile en est une autre.

SPF : Quels conseils donneriez-vous aux débutants qui souhaitent se lancer dans la photographie de rue ?

Erik Sokoloff : Tout le monde a été débutant un jour ; de savoir pourquoi ils veulent faire ça ; la seule façon d’apprendre réellement est la pratique ; et une règle universelle de Robert Capa – se rapprocher du sujet. Ces quatre conseils donnent une base assez solide pour s’élever plus haut.

SPF : Avez-vous des recommandations pour développer sa créativité en photographie de rue ?

Erik Sokoloff : Non, aucune recommandation pour la créativité, à part une évidence : essayer tout ce qui se présente à l’esprit.

SPF : Avez-vous des projets ou des objectifs futurs en photographie de rue que vous aimeriez partager ?

Erik Sokoloff : Avoir plus de temps et plus de ressources.

SPF : Prévoyez-vous de participer à des expositions ou des publications prochainement ?

Erik Sokoloff : Non, je n’ai pas encore assez de matériel (en termes de photographies) et de motivation. L’expo « Silhouettes » que j’ai organisée en juin au café Chez les Filles à Nantes a été très épuisante et de plus est tombée en plein dans la période caniculaire à plus de 40 degrés C certains jours. Quand les batteries seront rechargées, la motivation reviendra toute seule. J’ai bien quelques thèmes en préparation par contre, mais je préfère les garder pour l’instant de côté.

En savoir plus sur Street Photography France

Abonnez-vous pour poursuivre la lecture et avoir accès à l’ensemble des archives.

Poursuivre la lecture