Prendre tout ce qui attire mon œil. Nicolas Simon
Nicolas Simon photographie depuis plus de vingt ans, avec un appareil qui lui vient de son père — celui qui développait ses tirages dans la salle de bains transformée en chambre noire. Autodidacte, il dit se considérer toujours comme en apprentissage. Dans la rue, tout peut l’intéresser : une lumière dans la nuit, des travailleurs prenant une pause, un caillou sur la plage avec une ombre intéressante, des vitrines. Il aime autant le noir et blanc que la couleur, suivant son inspiration du moment.
On pose les questions à Nicolas…
SPF : Comment avez-vous découvert la photographie de rue ?
Nicolas Simon : La photographie est une passion qui me vient de mon père. Je me souviens, enfant, de lui qui développait ses photos dans la salle de bain transformée en chambre noir. Par la suite, à force d’emprunter son appareil photo il a fini par m’en offrir un pour mon anniversaire et j’ai commencé à photographier, notamment lors de nos vacances. D’un naturel curieux à la base, je me suis rendu compte que ça a changé complètement mon rapport à la rue, j’avais la volonté de prendre tout ce qui attirait mon œil. J’ai commencé à faire plus attention aux lumières, aux scènes insolites ou du quotidien, à regarder partout. Mais c’est par la suite, quand j’ai commencé à découvrir des photographes (ma première expo photo était Gary Winogrand) que j’ai compris ce qu’était vraiment la photographie de rue, et que j’ai commencé à plus cadrer ma démarche.
SPF : Depuis combien de temps pratiquez-vous la photographie de rue ?
Nicolas Simon : Difficile à dire, je me considère toujours comme en apprentissage ! Mais je pratique la photo depuis plus de 20 ans.
SPF : Avez-vous suivi une formation en photographie, ou êtes-vous autodidacte ?
Nicolas Simon : Je suis autodidacte. J’ai été formé à la base par mon père, puis j’ai évolué avec la pratique et la découverte des photographes de rue, notamment via des expositions.
SPF : Quel matériel utilisez-vous pour la photographie de rue (appareil photo, objectifs, accessoires, etc.) ?
Nicolas Simon : Aujourd’hui j’utilise un Nikon D850 avec un objectif zoom Tamron 24-70 complété parfois par un Tamron 70-200.
SPF : Avez-vous un équipement préféré pour la photographie de rue, et pourquoi ?
Nicolas Simon : J’ai commencé sur des objectifs fixes (35mm ou 50mm) mais aujourd’hui j’utilise principalement le Tamron 24-70 qui s’adapte bien à mon tempérament. Je suis d’une nature plutôt anxieuse et le côté polyvalent du zoom me convient bien !
SPF : Comment définiriez-vous votre style en photographie de rue ?
Nicolas Simon : Je ne saurais pas vraiment dire. Mon style a beaucoup évolué avec le temps, mais tout peut m’intéresser quand je suis dans la rue : une lumière dans la nuit, des travailleurs prenant une pause, un caillou sur la plage avec une ombre intéressante, des vitrines… C’est d’ailleurs très compliqué de trier les photos après une session, il y a beaucoup de choses différentes. Même dans le traitement final, j’aime autant le Noir et Blanc que la couleur, suivant mon inspiration du moment !
SPF : Y a-t-il des photographes de rue qui vous inspirent ?
Nicolas Simon : Il y en a beaucoup ! De Gary Winogrand à Martin Parr en passant par Vivian Maier, Sabine Weiss ou Steve McCurry. Je voudrais également citer Joaquin Sorolla qui est peintre mais qui a été formé dans un atelier de photographie et qui avait une approche très photographique de la peinture. Il essayait de saisir des scènes sur le vif et sa gestion de la lumière est incroyable. On pourrait le qualifier de peintre de rue !
SPF : Pouvez-vous partager une de vos photos de rue préférées et raconter son histoire ?
Nicolas Simon : Il y a une photo que j’avais prise à Saint-Pétersbourg en février 2018, quand j’ai visité le Palais Catherine. Le lieu est exceptionnel et les jardins magnifiques. Il neigeait beaucoup et il faisait très froid (on était en février en Russie !). J’avais beaucoup marché et pris beaucoup de photos mais je n’étais pas vraiment satisfait de ce côté là… J’allais me décider à rentrer quand je croise ce couple, plutôt âgé, vêtu de gros manteaux et de chapkas. Je me suis dit tout de suite qu’il y avait matière à raconter une belle histoire, je les ai suivi aux travers des chemins enneigés du jardin, quand enfin on arrive sur une grande allée donnant sur un pavillon lointain, je les ai vu se donner la main et avancer et j’ai pu capturer ce moment. C’est d’ailleurs la première photo que j’ai soumis à un concours SPF (Timeless de novembre 2025) et qui a été sélectionnée ! (merci 🙂 )
SPF : Quels sont les défis auxquels vous êtes confronté en pratiquant la photographie de rue ?
Nicolas Simon : Je suis de nature anxieuse et timide, donc j’ai beaucoup de mal à aborder les gens ou simplement montrer mon appareil avant de prendre une photo, je vais plutôt prendre de loin ou en étant caché. Je suis passé à côté de pleins de photos parce que je n’ai tout simplement pas osé demander… Je manque également de patience et j’ai tendance à rester constamment en mouvement. Mais je travaille sur ces deux points !
SPF : Pouvez-vous partager une expérience mémorable que vous avez vécue tout en faisant de la photographie de rue ?
Nicolas Simon : Je me souviens d’une fois, à New York, je parcourais la ville à pieds pour prendre des photos et je m’étais posé dans un jardin pour me reposer et fumer une cigarette. Je vois cette dame, plutôt âgée, tenant plein de feuilles dans la main, habillée de manière modeste et un peu édentée qui se dirige vers moi pour me demander une cigarette. Je lui offre et on discute un peu. Au moment de partir je lui demande si je peux la prendre en photo et je vois qu’elle hésite, elle me dit qu’elle ne se trouve pas bien en photo. Je lui propose de la prendre et de lui montrer et si ça ne lui plait pas je la supprime directement. Elle accepte et je prend la photo. Je vois qu’elle prend la pose et elle se transforme presque, elle se redresse, et me regarde d’un regard plein et digne. Je déclenche et je lui montre la photo et je la vois s’éclairer et elle me dit que je peux garder la photo ! J’étais très fier, et je me souviendrai toujours de la transformation de cette personne au moment de prendre la pose.
SPF : Comment gérez-vous les questions d’éthique liées à la photographie de rue, en particulier en ce qui concerne la vie privée des sujets ?
Nicolas Simon : Comme mentionné plus haut, j’ai du mal à demander avant de prendre des photos et même si on voit des personnes je n’ose pas partager les photos où l’on voit des personnes directement (sauf dans le cas d’événement, ou si j’ai eu une interaction avec), du coup je ne partage sur les réseaux pratiquement que des photos de paysages ou sur lesquelles on ne voit pas directement les visages. J’avoue ne pas très bien connaître les règles sur le sujet.
SPF : Avez-vous déjà eu des situations délicates en photographie de rue et comment les avez-vous gérées ?
Nicolas Simon : Une fois au jardin du Luxembourg une personne s’est jeté sur moi car il pensait que j’avais pris sa fille en photo. Il se trouve que ce n’était absolument pas le cas et je lui ai montré les photos prises. Il s’est calmé et est parti mais je me souviens avoir eu un peu peur.
SPF : Quels conseils donneriez-vous aux débutants qui souhaitent se lancer dans la photographie de rue ?
Nicolas Simon : La technique vient dans un deuxième temps, quand on commence à développer son œil, affiner ce qu’on veut montrer. La technique vient alors en support de la création. Le matériel aussi ne compte pas vraiment pour débuter. Ce qu’il faut s’est prendre du plaisir et montrer ce qu’on veut montrer (et non pas ce qu’on pense que les gens veulent voir).
SPF : Avez-vous des recommandations pour développer sa créativité en photographie de rue ?
Nicolas Simon : Aller voir des expositions, découvrir et échanger avec d’autres photographes et pratiquer.
SPF : Avez-vous des projets ou des objectifs futurs en photographie de rue que vous aimeriez partager ?
Nicolas Simon : Continuer à progresser !
J’aimerai également développer un podcast d’échanges avec des photographes de terrain qui s’engage pour le milieu associatif (je ne sais pas si c’est à proprement parler de la photo de rue, mais affaire à suivre).
SPF : Prévoyez-vous de participer à des expositions ou des publications prochainement ?
Nicolas Simon : Je ne sais pas


