PIERREFREDD, l’œil libre de la rue

Dans le bruissement discret des trottoirs, entre ombres mouvantes et éclats de lumière, certains regards savent capter ce que d’autres effleurent à peine. PIERREFREDD fait partie de ces photographes qui arpentent la ville comme on explore une langue étrangère : avec curiosité, patience et une attention presque musicale aux rythmes du quotidien.
Membre du collectif Street Photography France, il inscrit son travail dans la lignée des grands humanistes, privilégiant l’instant décisif, la rencontre fugace et la poésie des gestes simples.
À travers son objectif, la rue devient scène, miroir et mémoire. Son approche, à la fois instinctive et profondément respectueuse, révèle une sensibilité rare aux visages, aux histoires et aux contrastes que recèle l’espace public.

Dans cette interview, il revient sur ses débuts, son regard sur la pratique, les défis éthiques de la photographie de rue et l’importance de la communauté. Une immersion dans l’univers d’un conteur visuel pour qui chaque image est une respiration.

On pose les questions à Pierrefredd …

Dans cette interviewPIERREFREDD partage avec nous son parcours photographique.

SPF : Comment avez-vous découvert la photographie de rue ?
PIERREFREDD : Adolescent, j’ai reçu pour Noël un livre intitulé « Est-ce ainsi que les hommes vivent… / Humanisme et Photographie », un recueil d’incroyables photographies en noir et blanc capturées dans diverses parties du globe. Un véritable choc esthétique !

SPF : Depuis combien de temps pratiquez-vous la photographie de rue ?
PIERREFREDD : Sans avoir de date précise, j’ai le sentiment d’avoir toujours voulu capturer l’instant en y apportant ma touche personnelle : un écho à ce que je ressentais lors de la prise de vue. Cette activité s’est réellement intensifiée au cours des 15 dernières années…

SPF : Avez-vous suivi une formation en photographie, ou êtes-vous autodidacte ?
PIERREFREDD : Je pratique la photographie en autodidacte. Le syndrôme de l’imposteur est très présent chez moi. Lorsqu’il se manifeste, je recentre mon attention sur le plaisir que j’éprouve à réaliser mes photographies et à les partager. Pour enfoncer le clou, je me remémore le fait que certaines personnes pour qui j’éprouve beaucoup de respect ont apprécié mon travail, se lèvent et se couchent entourés d’une de mes photographies. C’est un bon moteur. Je n’exclue pour autant pas l’idée de suivre une formation un jour mais je ne suis pas très discipliné…

SPF : Quel matériel utilisez-vous pour la photographie de rue (appareil photo, objectifs, accessoires, etc.) ?
PIERREFREDD : Un reflex Canon Mark IV 5D avec divers objectifs (f : 24/70 mm, 70/200 mm), un RICOH GR III.

SPF : Avez-vous un équipement préféré pour la photographie de rue, et pourquoi ?
PIERREFREDD : Un grand nombre de mes photographies ont été réalisées à partir d’un reflex que je délaisse de plus en plus fréquemment pour un compact (Ricoh GRIII) dont j’aime beaucoup le rendu. Plus facile à transporter, il me contraint pourtant à me familiariser avec une focale fixe : un exercice intéressant.

SPF : Comment définiriez-vous votre style en photographie de rue ?
PIERREFREDD : Les photographes humanistes sont ceux qui me touchent le plus alors j’imagine que c’est à eux que je préfèrerais être associé.

SPF : Y a-t-il des photographes de rue qui vous inspirent ?
PIERREFREDD : Jill Freedman, Weegee, Vivian Maier, Elliott Erwitt…

SPF : Pouvez-vous partager une de vos photos de rue préférées et raconter son histoire ?
PIERREFREDD : Cette photographie « LOL STREET » a été prise à Tokyo, presque par hasard. J’ai croisé ces deux femmes aux styles radicalement différents : l’une en imperméable et talons, l’autre en kimono traditionnel éclatant. Elles riaient aux éclats, comme deux amies qui se retrouvent après des années, oubliant le tumulte de la ville autour d’elles.
Lors de mon exposition, beaucoup pensaient qu’il s’agissait d’une photo posée, tant leurs attitudes et leurs tenues semblaient orchestrées. Mais tout est spontané. Ce contraste, dans ce décor urbain aux couleurs vives, raconte pour moi la rencontre entre tradition et modernité, entre deux vies que le hasard a réunies un instant. Et surtout, il reste le souvenir d’un moment simple, joyeux, que ma présence n’a en rien perturbé.

SPF : Quels sont les défis auxquels vous êtes confronté en pratiquant la photographie de rue ?
PIERREFREDD : Il y en a plusieurs. Le premier, c’est d’oser. Sortir l’appareil, viser quelqu’un, déclencher, sans se cacher — ce n’est jamais complètement anodin. Il y a toujours cette fine ligne entre curiosité et intrusion, que je m’efforce de ne pas franchir.
Ensuite, il y a l’imprévisibilité. Rien n’est mis en scène, tout peut arriver… ou rien du tout. Il faut accepter de marcher longtemps, parfois sans capter d’instant singulier — ou avec une seule image, mais qui en vaut dix.
Enfin, il y a le regard des autres. Celui des passants, parfois méfiants. Celui du photographe lui-même, qui doute. Et celui du spectateur, qui, avec un peu de chance, y verra plus qu’un simple instant volé.

SPF : Pouvez-vous partager une expérience mémorable que vous avez vécue tout en faisant de la photographie de rue ?
PIERREFREDD : Pour moi, ce sont surtout les rencontres qui marquent. Comme celle de Bolek, au charme magnétique, qui tenait un kiosque à livres près du laboratoire où je tire mes photos. Ou encore Joëlle, croisée sur une plage de Nice : une femme de 70 ans, topless, couverte de bijoux, impossible à ignorer. Tous deux sont devenus plus que des sujets — des amis, et même de véritables muses. La rue m’offre des images, mais surtout des visages qui restent.

SPF : Comment gérez-vous les questions d’éthique liées à la photographie de rue, en particulier en ce qui concerne la vie privée des sujets ?
PIERREFREDD : Je photographie dans l’espace public, mais avec respect. Si une image me semble gênante pour la personne, je ne la montre pas. L’intention compte beaucoup : je cherche à raconter, sublimer, pas à exposer ou ridiculiser. La dignité du sujet prime toujours.

SPF : Avez-vous déjà eu des situations délicates en photographie de rue et comment les avez-vous gérées ?
PIERREFREDD : Il m’est arrivé que certaines personnes photographiées exigent l’effacement de leur photographie. Dans ce type de situations j’essaie toujours de privilégier la communication en exprimant de façon sincère ma démarche, en montrant sur l’écran de contrôle le résultat et ce que j’y vois. Si cette démarche ne fonctionne pas et malgré le fort sentiment de frustration qui en découle, j’efface le cliché.

SPF : Quels conseils donneriez-vous aux débutants qui souhaitent se lancer dans la photographie de rue ?
PIERREFREDD : Commencez par marcher beaucoup, observer encore plus, et déclencher sans trop réfléchir. Soyez curieux, discrets, patients. N’attendez pas « la » photo parfaite — elle viendra au moment où vous ne vous y attendrez pas. Et surtout : amusez-vous, c’est un jeu sérieux.

SPF : Avez-vous des recommandations pour développer sa créativité en photographie de rue ?
PIERREFREDD : Sortez de vos habitudes. Photographiez quand vous n’en avez pas envie, ou à des heures inhabituelles. Acceptez le flou, l’imparfait, l’accident. Parfois, c’est dans ce que vous ne contrôlez pas que naît la vraie surprise. La créativité aime l’inconfort, un peu comme la rue.

SPF : Avez-vous des projets ou des objectifs futurs en photographie de rue que vous aimeriez partager ?
PIERREFREDD : Il y a deux ans déjà a eu lieu ma première exposition parisienne « PIERREFREDD : OUT ! ». Un de mes plus beaux souvenirs. J’aimerais beaucoup renouveler l’expérience en proposant une édition enrichie. De nombreuses photographies ont vu le jour depuis…

SPF : Prévoyez-vous de participer à des expositions ou des publications prochainement ?
PIERREFREDD : Aujourd’hui, l’une de mes photographies : « Heatwave » a été sélectionnée parmi les coups de cœur de l’équipe de Street Photography France et sera publiée au sein du livre « Summer in Streets » prochainement disponible.

SPF : Comment avez-vous rejoint Street Photography France ?
PIERREFREDD : Lors d’une exposition de l’un des membres du collectif à Paris, j’ai pu apprécier la dynamique de ce groupe réuni et animé par une même passion que je partage pour la photographie de rue.

SPF : Quels avantages trouvez-vous dans l’appartenance à cette communauté ?
PIERREFREDD : Avoir une passion et un langage commun avec d’autres passionnés, s’enrichir mutuellement de nos expériences, découvrir de nouveaux regards, …

SPF : Avez-vous des projets ou des idées pour renforcer la communauté de Street Photography France ?
PIERREFREDD : Échanger et découvrir de nouveaux artistes, communiquer sur l’existence du collectif et ses enjeux.

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