Pia Parolin : Capturer l’instant
On pose les questions à Pia …
Dans cette interview, Pia Parolin partage avec nous son parcours photographique.
SPF : Comment avez-vous découvert la photographie de rue ?
Pia Parolin : J’ai toujours aimé photographier, mais je m’ennuyais souvent à attendre que les gens sortent de mon cadre. Un jour, j’ai compris que l’élément le plus intéressant, c’était justement l’humain. Depuis, je suis tombée amoureuse de la street photography. Je suis d’origine italienne et allemande, mais depuis 20 ans j’habite les Alpes-Maritimes et la lumière d’ici est juste incroyable.
SPF : Depuis combien de temps pratiquez-vous la photographie de rue ?
Pia Parolin : Depuis 2016, de manière plus ciblée et régulière.
SPF : Avez-vous suivi une formation en photographie, ou êtes-vous autodidacte ?
Pia Parolin : Je suis autodidacte, mais j’ai énormément appris lors de workshops et de formations avec d’autres photographes passionnés.
SPF : Quel matériel utilisez-vous pour la photographie de rue (appareil photo, objectifs, accessoires, etc.) ?
Pia Parolin : Des appareils compacts avec un grand angle : Leica Q3, Ricoh GR iii, et souvent, tout simplement, mon iPhone 16 Pro.
SPF : Avez-vous un équipement préféré pour la photographie de rue, et pourquoi ?
Pia Parolin : J’aime être proche des sujets, bouger facilement, sans être encombrée. Donc je choisis toujours un matériel léger et discret.
SPF : Comment définiriez-vous votre style en photographie de rue ?
Pia Parolin : J’ai deux approches principales. D’un côté, un regard documentaire, proche de la photographie humaniste : je cherche à montrer le monde tel que je le vois. De l’autre, je m’amuse avec la lumière, les couleurs, les reflets… pour créer des images plus créatives, parfois presque abstraites.
SPF : Y a-t-il des photographes de rue qui vous inspirent ?
Pia Parolin : J’adore les couleurs et l’absurdité de Martin Parr, l’humanité dans les photos de Jean-Christophe Béchet, l’observation de Joel Meyerowitz, la démarche conceptuelle d’Alec Soth, les compositions d’Alex Webb… et tant d’autres.
SPF : Pouvez-vous partager une de vos photos de rue préférées et raconter son histoire ?
Pia Parolin : Je pense à la photo emblématique de Diane Arbus, The boy with the toy grenade. Ce n’est pas une image “parfaite” techniquement, un autre enfant lui pousse presque de la tête… Mais elle a capté un moment unique. Tout est dans l’expression, l’intensité du regard. Cette émotion brute prend le dessus sur tout le reste. C’est ça, pour moi, la force de la photographie de rue : capter l’instant juste, même s’il n’est pas “parfait”.
SPF : Quels sont les défis auxquels vous êtes confronté en pratiquant la photographie de rue ?
Pia Parolin : Parfois, je me répète, je tourne en rond. Mais j’ai découvert que créer des séries m’aide beaucoup. Une série donne une direction, aiguise le regard et permet d’aller plus en profondeur.
SPF : Pouvez-vous partager une expérience mémorable que vous avez vécue tout en faisant de la photographie de rue ?
Pia Parolin : Un jour, j’ai photographié une jeune femme en train de faire du longboard sur la Promenade des Anglais, à Nice. Je ne lui avais pas demandé la permission. Une heure plus tard, elle m’écrivait via les réseaux ! J’étais stressée, mais elle a très bien réagi. J’ai ensuite imprimé sa photo et lui ai offert un tirage. On est devenues amies. Aujourd’hui, elle est championne du monde de longboard dancing… et j’ai, sans le savoir, documenté ses débuts.
SPF : Comment gérez-vous les questions d’éthique liées à la photographie de rue, en particulier en ce qui concerne la vie privée des sujets ?
Pia Parolin : Je fais toujours preuve de respect. Je ne veux jamais ridiculiser ou blesser quelqu’un. La street photography a une vraie valeur documentaire : elle montre le réel – les vêtements, les attitudes, les accessoires… Pas ceux des magazines, mais ceux de la vraie vie.
SPF : Avez-vous déjà eu des situations délicates en photographie de rue et comment les avez-vous gérées ?
Pia Parolin : Une seule fois, quelqu’un m’a demandé d’effacer une photo. C’était au début, et j’ai eu peur. Depuis, j’ai appris à être plus discrète, à mieux choisir mes sujets, à devenir invisible. Je parle parfois avec les gens, mais j’utilise souvent la photo prise avant d’entrer en contact – celle où le moment est le plus pur.
SPF : Quels conseils donneriez-vous aux débutants qui souhaitent se lancer dans la photographie de rue ?
Pia Parolin : Observez. Prenez votre temps. Regardez vraiment. Et amusez-vous à construire une image intéressante à partir de ce que vous voyez.
SPF : Avez-vous des recommandations pour développer sa créativité en photographie de rue ?
Pia Parolin : Oui : silence et concentration. Déconnectez-vous, entrez dans une bulle, concentrez-vous sur un thème. C’est ainsi qu’on entre dans un “flow” créatif et que la profondeur s’invite dans les images. J’ai écrit un livre entier à ce sujet, que je suis en train de traduire.
SPF : Avez-vous des projets ou des objectifs futurs en photographie de rue que vous aimeriez partager ?
Pia Parolin : J’ai déjà publié cinq livres en allemand sur la street photography. Je suis en train de les traduire. J’y parle autant de techniques que de philosophie.
Et puis j’ai trouvé mon sujet de prédilection : l’eau. Je photographie les gens au bord de la mer, près des fontaines ou des rivières. J’aime suivre un fil conducteur précis.
SPF : Prévoyez-vous de participer à des expositions ou des publications prochainement ?
Pia Parolin : J’expose en permanence. Je fais partie de plusieurs collectifs, Collectif Photon, Progressive Street, et Street Déclic, et on organise régulièrement des expos. En ce moment, une exposition solo est visible à Fribourg-en-Brisgau, en Allemagne, avec mes images prises à Nice.
SPF : Comment avez-vous rejoint Street Photography France ?
Pia Parolin : Je vois passer SPF souvent sur les réseaux, et on en parle dans mes collectifs. C’est une belle présence.
SPF : Quels avantages trouvez-vous dans l’appartenance à cette communauté ?
Pia Parolin : Pour moi, le partage est aussi important que la photo. J’aime transmettre, apprendre, m’inspirer et créer ensemble. Les projets collectifs sont plus riches, et tellement plus amusants !
SPF : Avez-vous des projets ou des idées pour renforcer la communauté de Street Photography France ?
Pia Parolin : Oui ! Je peux aider SPF à gagner en visibilité grâce à mon réseau assez large.
J’aimerais aussi connecter mes futurs livres en français avec la communauté.
Et pourquoi pas organiser des sorties photo dans les Alpes-Maritimes ? Ce serait génial de se retrouver, de créer ensemble, de se faire connaître… et de faire plein de belles images !

