Un personnage central, avant l’architecture ou le paysage urbain. Philippe Massé
En voulant se cultiver sur la photo en général, Philippe Massé a découvert la photographie de rue dans les livres de Cartier-Bresson ou de Meyerowitz ; il s’y est essayé et y a tout de suite trouvé une source d’inspiration — scènes de vie sur les marchés, lumière naturelle jouant des contrastes et des ombres, portraits aux émotions puissantes. Il photographie depuis ses dix-huit ans, mais la rue depuis environ deux ans, de façon quasi journalière. Autodidacte, il est passé du reflex à l’hybride puis au Leica Q3 et son 28 mm, pour rester le plus léger possible. Sur ses images, un personnage central est bien souvent présent, et passe avant l’architecture ou le paysage urbain.
On pose les questions à Philippe…
SPF : Comment avez-vous découvert la photographie de rue ?
Philippe Massé : En voulant me cultiver sur la photo en général, la photographie de rue m’est apparue en regardant des livres de photographes comme Cartier-Bresson ou Meyerowitz. Je me suis essayé à la pratique et, tout de suite, j’y ai trouvé une source d’inspiration, avec des scènes de vie sur les marchés, des scènes de rues jouant avec la lumière naturelle provoquant contrastes et ombres, et bien sûr, les portraits avec leurs attitudes et leurs émotions puissantes !
SPF : Depuis combien de temps pratiquez-vous la photographie de rue ?
Philippe Massé : Je pratique la photo depuis mes 18 ans sans grande constance, mais pour la photo de rue, depuis environ deux ans et de façon quasi journalière.
SPF : Avez-vous suivi une formation en photographie, ou êtes-vous autodidacte ?
Philippe Massé : Je suis un autodidacte, mais il m’est arrivé de prendre des cours via YouTube sous forme de Masterclasse.
SPF : Quel matériel utilisez-vous pour la photographie de rue (appareil photo, objectifs, accessoires, etc.) ?
Philippe Massé : Leica Q3 avec le 28 mm f/1.7. Aucun accessoire hormis le set de nettoyage de l’objectif. Je veux rester le plus léger possible !
SPF : Avez-vous un équipement préféré pour la photographie de rue, et pourquoi ?
Philippe Massé : Après avoir essayé la photo de rue avec un reflex (Nikon D750) et différents objectifs, je me suis vite rendu compte que ce matériel était beaucoup trop lourd pour cette pratique. Je me suis alors dirigé vers un hybride, le Fuji XT3 avec un objectif unique, le XF 27 mm F2.8 R WR. L’objectif à focale fixe m’oblige à me déplacer et à trouver le bon angle, la bonne lumière. Avec un zoom, on est plutôt tenté de rester plus statique. Autre avantage d’avoir un objectif unique, il y a moins de risque d’avoir des poussières lors de changements répétitifs. Dernièrement, je suis passé au Leica Q3 avec le 28 mm, ce qui répond parfaitement à mes attentes pour cette pratique photographique.
SPF : Comment définiriez-vous votre style en photographie de rue ?
Philippe Massé : Ce n’est pas évident de trouver son style photographique, mais par rapport à ce que je photographie, quelques pistes m’amènent à des déductions : un personnage central est bien souvent présent sur mes images, ce qui le fait passer avant l’architecture ou le paysage urbain. Mes photos sont plutôt spontanées, et j’aime les expressions que l’on peut lire sur les visages. Quant à l’esthétique visuelle, parfois je choisis la couleur, et d’autres fois, le noir et blanc. Je ne reste pas figé dans un choix unique ; tout dépend si la couleur apporte un plus à l’image finale. J’apprécie les forts contrastes avec des couleurs vibrantes, opposées ou saturées. Malgré tout, je ne veux pas rester cantonné dans une zone de confort, et je m’autorise à essayer d’autres façons de photographier.
SPF : Y a-t-il des photographes de rue qui vous inspirent ?
Philippe Massé : C’est en regardant le travail de photographes comme Harry Gruyaert, Martin Parr, Joel Meyerowitz, Sabine Weiss, Alan Schaller, Alex Webb, Henri Cartier-Bresson, etc., que j’ai eu envie de faire de la photo de rue. Et je continue à en découvrir !
SPF : Pouvez-vous partager une de vos photos de rue préférées et raconter son histoire ?
Philippe Massé : Oui, c’est la photo du vapoteur. Un matin où il y avait un fort contraste, je me suis retrouvé face à une fumée impressionnante provenant d’un vapoteur. De sa bouche sortait continuellement la vapeur de son appareil, pendant plusieurs secondes ! Avec la lumière naturelle en toile de fond, cela rendait l’atmosphère presque magique, irréelle. J’ai attendu sa prochaine inhalation, en mettant mon appareil en mode rafale pour capturer l’effet de halo renforcé par la lumière du matin et du contre-jour.
SPF : Quels sont les défis auxquels vous êtes confronté en pratiquant la photographie de rue ?
Philippe Massé : La composition d’une photo est difficile dans une scène de rue. Créer une image équilibrée et harmonieuse n’est pas chose facile. Il faut être rapide pour déclencher au bon moment, en respectant quelques règles comme les contrastes, les lignes directrices ou les ombres.
SPF : Pouvez-vous partager une expérience mémorable que vous avez vécue tout en faisant de la photographie de rue ?
Philippe Massé : Je n’ai malheureusement pas pour l’instant d’expérience mémorable, mais plutôt de courts échanges avec des personnes qui s’excusent de passer devant l’objectif ou même d’être sur la photo et de « gâcher » l’image. Je leur explique que, bien au contraire, c’est mieux ainsi, et cela mène souvent à une discussion sympathique où j’explique ma démarche.
SPF : Comment gérez-vous les questions d’éthique liées à la photographie de rue, en particulier en ce qui concerne la vie privée des sujets ?
Philippe Massé : Il faut trouver un équilibre entre capturer une situation intéressante et la limite à ne pas franchir pour respecter la dignité de la personne. Un exemple frappant est celui des sans-abri. Comme l’a dit Joel Meyerowitz : « Si vous ne voulez pas être photographié, n’allez pas dans la rue. »
SPF : Avez-vous déjà eu des situations délicates en photographie de rue et comment les avez-vous gérées ?
Philippe Massé : J’étais en train de photographier une façade de café avec des reflets intéressants, quand un serveur est venu me dire avec agressivité que je n’avais pas le droit de prendre des photos. J’ai tenté de lui expliquer ma démarche et lui rappeler que j’avais tout à fait le droit de photographier, mais devant une personne refusant la discussion et tenant des propos virulents, j’ai maintenu ma position. Il a fini par partir. C’était une situation inconfortable, certes, mais je ne pouvais pas rester sans réagir.
SPF : Quels conseils donneriez-vous aux débutants qui souhaitent se lancer dans la photographie de rue ?
Philippe Massé : Pour commencer, il ne faut pas hésiter à consulter des chaînes YouTube comme « Apprendre.Photo » dans la série « Incroyables photographes », qui retrace le parcours de grands photographes. Avoir une culture photographique est aussi important que la pratique. Découvrir des livres sur les grands photographes de rue et sortir tous les jours pour faire des photos, c’est à mon avis la meilleure recette pour progresser.
SPF : Avez-vous des recommandations pour développer sa créativité en photographie de rue ?
Philippe Massé : Il ne faut pas hésiter à regarder le travail d’autres photographes que vous admirez, s’en inspirer et sortir de sa zone de confort. Avec de la persévérance, la créativité finit toujours par arriver.
SPF : Avez-vous des projets ou des objectifs futurs en photographie de rue que vous aimeriez partager ?
Philippe Massé : Mon objectif principal est de trouver mon style personnel et de le développer. Trouver une signature visuelle reconnaissable n’est pas chose facile.
SPF : Prévoyez-vous de participer à des expositions ou des publications prochainement ?
Philippe Massé : Non, pas pour l’instant, mais participer à une exposition serait l’aboutissement d’un parcours photographique, avec des photos méritant d’être exposées. Mais pour cela, je dois continuer à progresser !
SPF : Comment avez-vous rejoint Street Photography France ?
Philippe Massé : En parcourant le site, j’ai découvert une communauté sérieuse et impliquée. J’ai eu envie d’en faire partie et suis devenu membre pour y participer également.
SPF : Quels avantages trouvez-vous dans l’appartenance à cette communauté ?
Philippe Massé : Regarder le travail des autres membres me motive à aller plus loin dans ma créativité. Nijat Kazimov et ses collaborateurs recherchent sans cesse des idées pour nous donner l’opportunité de mettre en avant notre travail. C’est gratifiant, sans oublier l’aspect humaniste de la communauté.
SPF : Avez-vous des projets ou des idées pour renforcer la communauté de Street Photography France ?
Philippe Massé : Tellement de projets fleurissent sur Street Photography France ! Je répondrai toujours présent pour aider lors d’un événement local. Peut-être qu’un jour, Street Photography France organisera un grand rassemblement annuel autour d’ateliers, d’interviews, de débats, de concours photo, accompagné d’un photographe de renom !

