Patrick Rossi : La photo en héritage

Dans l’univers foisonnant de la photographie de rue, chaque photographe possède une histoire unique, une démarche singulière et une sensibilité qui transparaît dans ses images. Patrick Rossi, membre engagé de Street Photography France, nous ouvre les portes de son univers photographique, mêlant admiration pour les maîtres classiques et quête personnelle d’expression artistique. Dans cette interview, il partage avec nous ses débuts influencés par Robert Doisneau, son amour pour le noir et blanc, ses défis, ses inspirations et sa vision de la photographie comme une aventure sans fin. Rencontre avec un passionné pour qui chaque cliché est une exploration de l’âme urbaine.

On pose les questions à Patrick…

Dans cette interview, Patrcik Rossi  partage avec nous son parcours photographique.

SPF : Comment avez-vous découvert la photographie de rue ?
Patrick Rossi : Comme bon nombre d’entre nous, j’ai commencé par aimer les photos de Robert Doisneau. Dans les années 1990 / 2000, j’ai eu la chance de travailler pour un grand éditeur d’art français dont une partie du catalogue était consacrée à la photographie avec des clichés des grands maîtres classiques dont Doisneau, mais aussi Willy Ronis, Henri Cartier-Bresson, Brassaï et autres Elliot Erwitt.

​​SPF : Depuis combien de temps pratiquez-vous la photographie de rue ?
Patrick ROSSI : Il me semble que je faisais de la photo de rue avant d’avoir conscience qu’il s’agissait de photo de rue. Je n’avais pas “catégorisé” les photos que j’aimais prendre dans la rue. Simplement, esthétiquement, je trouvais du plaisir à les faire. Mais s’il fallait donner une date, je dirais depuis 2015. Mon activité s’est intensifiée depuis le confinement, où j’ai redécouvert le plaisir de photographier avec un nouvel appareil que j’avais dû acheter pour un besoin professionnel.

SPF : Avez-vous suivi une formation en photographie, ou êtes-vous autodidacte ?
Patrick ROSSI : La seule formation que j’ai suivie est une formation à la photographie immobilière. Mais je prends des photos depuis les années 80, d’abord avec le Minolta SRT101 que mon père me prêtait (et dont j’ai hérité aujourd’hui) puis avec une Canon EOS5. Mais à l’occasion, je m’offrirai une formation de 2 ou 3 jours.

SPF : Quel équipement utilisez-vous pour la photographie de rue (appareil photo, objectifs, accessoires, etc.) ?
Patrick ROSSI : Je peux vous parler de matos, parce que, comme beaucoup de photographes, j’entretiens un lien particulier avec mon appareil, mais je pense que la photographie est avant tout une question “d’oeil”, de regard. D’ailleurs, lorsque l’on est piqué, on prend des photos sans appareil, des photos “mentales”, que l’on stocke quelque part au fond de son cerveau, en espérant un jour pouvoir les réaliser réellement.
J’ai longtemps utilisé un Fujifilm X100V. J’ai changé pour un Leica Q le jour où, à chaque fois que je voyais des photos en noir et blanc prises avec cette marque d’appareils, je reconnaissais la “patte” Leica.

SPF : Avez-vous un équipement préféré pour la photographie de rue, et pourquoi ?
Patrick ROSSI : Je fais 95% de mes images avec le Leica Q. C’est un appareil discret, silencieux, fiable et facile à utiliser. Le 28 mm me correspond bien. Il oblige à être proche du sujet.

SPF : Comment définiriez-vous votre style en photographie de rue ?
Patrick ROSSI : Je ne le définis pas ! Je me considère comme un photographe en devenir. Je suis perpétuellement dans le doute, à la recherche de la photo parfaite, celle qui génère une émotion toujours renouvelée, que l’on peut afficher sur un mur et regarder quotidiennement sans se lasser. Je n’ai pas encore trouvé mon style. Je suis en quête, ce qui peut par moment me démoraliser. Mais finalement c’est le chemin qui est important non ? Et les territoires à explorer sont si vastes : vitesse lente / flou, la couleur, les reflets, le polaroid, les focales longues, le minimalisme,…
SPF : Y a-t-il des photographes de rue qui vous inspirent ?
Patrick ROSSI : Ils sont nombreux. J’ai récemment découvert Sebastiao Salgado. Bien sûr, ce n’est pas un photographe de rue, mais c’est le rendu de son noir et blanc qui me fascine. Dans les classiques, j’aime beaucoup le travail de Vivian Maier, Elliot Erwitt pour sa vision décalée, humoristique et ses clichés des chiens et de leurs humains !
Dans les photographes actuels, j’apprécie le regard de l’anglais Brian Lloyd Duckett et du hambourgeois Siegfried Hansen. Tout en restant dans la ville, ces photographes ne sont pas focalisés que sur l’humain mais aussi sur les lignes, sur les animaux dans la ville et sur les petites “incongruités” qui peuvent nous prêter à sourire.

SPF : Pouvez-vous partager une de vos photos de rue préférées et raconter son histoire ?
Patrick Rossi : En février 2022, une amie parisienne nous rend visite. Le dimanche après-midi, tous trois, avec mon épouse, nous décidons de nous balader au centre-ville de Strasbourg. Après avoir hésité, je décide tout de même de prendre mon appareil. Puis au croisement de la rue des hallebardes et de la rue des orfèvres, apparaît celui que l’on appelle le “cavalier de Strasbourg”. Un homme d’une cinquantaine d’années avec de magnifiques cheveux longs gris et un charisme incroyable. Il chevauche un splendide cheval. La scène est furtive. Au moment de son passage apparaît une dame âgée qui se retrouve nez à nez avec le cavalier. Je déclenche. J’arrive à isoler les 2 personnages dans une image assez graphique. Je l’adore ! Un homme à cheval au cœur de la ville, ce n’est pas courant.
J’espère d’ailleurs un jour faire un reportage sur ce mystérieux cavalier.

 

SPF : Quels sont les défis auxquels vous êtes confronté en pratiquant la photographie de rue ?
Patrick Rossi : J’essaye de me fixer des objectifs afin de progresser dans ma pratique. Actuellement, afin de sortir de ma zone de confort, je me force à demander à certains passants, qui m’intéressent et que je n’ai pas réussi à prendre en photo de manière satisfaisante, de savoir s’ils acceptent un cliché “posé”.
La composition est aussi un sujet qui me préoccupe. En photo de rue, il faut être particulièrement rapide car bon nombre de scènes intéressantes sont furtives. Créer une composition digne de ce nom en un quart de seconde relève du défi !

SPF : Comment gérez-vous les questions d’éthique liées à la photographie de rue, en particulier en ce qui concerne la vie privée des sujets ?
Patrick Rossi : Je n’aime pas trop l’idée de l’auto-censure, mais je m’interdis les images montrant les personnes en situation difficile, notamment celles des SDF.

 SPF : Avez-vous déjà eu des situations délicates en photographie de rue et comment les avez-vous gérées ?
Patrick Rossi : Je me souviens d’une photo prise dans une rue de Hambourg, d’une famille déménageant. Le père et la fille portaient un grand matelas. Lorsque je déclenche, le père me voit et me demande instantanément, sur un ton plutôt péremptoire, de détruire. Je me suis exécuté. Même si j’étais dans mon droit, le but n’est pas d’en venir aux mains !

SPF : Quels conseils donneriez-vous aux débutants qui souhaitent se lancer dans la photographie de rue ?
Patrick Rossi : Oh là là ! Qui suis-je pour donner des conseils ? Mais tout de même, je peux dire que c’est en forgeant que l’on devient forgeron ! Donc, shootez, shootez, shootez, le plus possible ! Ayez toujours votre appareil avec vous car toutes les occasions sont bonnes.

SPF : Avez-vous des recommandations pour développer sa créativité en photographie de rue ?
Patrick Rossi : J’aurais envie de répondre de la même manière qu’à la réponse précédente. Sinon, se fixer une contrainte (une focale particulière par exemple) peut générer de la créativité.

SPF : Avez-vous des projets ou des objectifs futurs en photographie de rue que vous aimeriez partager ?
Patrick Rossi : J’aimerais plus travailler par thèmes plutôt que de shooter “dans tous les sens”. J’ai des séries en cours depuis plusieurs années, dont les chiens et leur maîtres, mais rien d’abouti pour le moment.

SPF : Prévoyez-vous de participer à des expositions ou des publications prochainement ?
Patrick Rossi : L’exposition n’est pas encore à l’ordre du jour mais j’ai dans l’idée d’éditer un zine ayant pour thème Strasbourg. Mais il est encore à l’état de projet.

SPF : Comment avez-vous rejoint Street Photography France ?
Patrick Rossi : J’ai connu le groupe grâce à ses vidéos Youtube. L’idée est originale et l’opportunité de partager avec d’autres photographes m’a décidé à passer le cap.

SPF : Quels avantages trouvez-vous dans l’appartenance à cette communauté ?
Patrick Rossi : Justement le partage d’expérience, le fait de pouvoir échanger avec des personnes qui pratiquent la même activité. Et aussi avoir l’avis de professionnels sur mon travail afin de progresser.
Mais au départ, ce qui m’a beaucoup impressionné c’est la manière dont les membres sont mis en avant. Le travail de chacun est vraiment mis en valeur. Et cette interview permet de mieux comprendre la démarche de chaque artiste.

SPF : Avez-vous des projets ou des idées pour renforcer la communauté de Street Photography France ?
Patrick Rossi : J’aimerais bien que l’on organise des shooting en commun avec des mini-défis et terminer sur un débriefing. Et j’aimerais bien aussi assister à des masterclass.

 

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