Patrick Duvivier : Un demi-siècle d’instants capturés
On pose les questions à Patrick…
Dans cette interview, Patrick Duvivier partage avec nous son parcours photographique.
SPF : Comment avez-vous découvert la photographie de rue ?
Patrick Duvivier : Par la pratique en 1962 à mes débuts de photographe en herbe ! Mais on n’en parlait pas encore trop, c’était surtout élitiste à l’époque.
SPF : Depuis combien de temps pratiquez-vous la photographie de rue ?
Patrick Duvivier : Il y a 63 ans j’ai commencé la photo en labo, ma maman m’a confié son appareil Kodak 6×9 et j’ai commencé par la rue, à cette époque on ne voyageait pas beaucoup. Je photographiais ce que je voyais autour de moi, il me reste une seule photo de cette époque, une petite fille qui pleurait, assise par terre ! Je vais l’envoyer pour illustrer.
SPF : Avez-vous suivi une formation en photographie, ou êtes-vous autodidacte ?
Patrick Duvivier : Autodidacte mais ayant fréquenté un club photo dès mes 13 ans…, Nommé photographe de bord dans la Marine Nationale, j’ai suivi un cours par correspondance surtout axé sur le labo et peu sur la prise de vue. Depuis une dizaine d’années, je me suis inscrit dans un club pour pouvoir partager mes connaissances, en acquérir de nouvelles et me motiver à faire mieux ! Je fais parfois des présentations sur certains aspects de la photo, dernièrement sur la macro. Je donne aussi des cours de développement Lightroom et Photoshop que je pratique depuis sa sortie en 1992, mais qui m’en apprend encore tous les jours.
SPF : Quel matériel utilisez-vous pour la photographie de rue (appareil photo, objectifs, accessoires, etc.) ?
Patrick Duvivier : J’ai « recommencé » la photo de rue car ma pratique depuis 20 ans était l’animalier, et les années passant, le matériel est lourd, même si j’ai investi dans un petit chariot à 3 roues, passe-partout ! J’ai recommencé avec mon Canon R7 et un 40mm pancake pour être discret ! J’ai aussi un petit LUMIX DMC TZ30 gagné dans un concours photo, mais il date, 7M de pixels seulement !
Et puis Leica a sorti le Q3-28mm… Ayant pu utiliser un Leica dès mes 18 ans comme photographe de la Marine Nationale, j’ai eu envie de revenir chez Leica pour repartir dans la photo de rue. Actuellement, j’alterne encore animalier et rue, l’un aux beaux jours, l’autre en hiver. Je n’utilise pas d’accessoires si ce n’est un filtre noir variable quand j’ai envie de faire des photos de bougé de caméra !
SPF : Avez-vous un équipement préféré pour la photographie de rue, et pourquoi ?
Patrick Duvivier : Comme je viens de le dire, le Leica Q3-28mm avec ses 60 millions de pixels, son objectif de légende me satisfait, il est relativement discret et j’ai masqué la pastille rouge Leica, pour ne pas attirer l’œil des connaisseurs. Sa focale de 28mm me convient, même si avant je préférais le 50mm ; mes cheveux blancs me permettent d’aller plus près sans problèmes ! (Un privilège dont je me passerais bien !)
SPF : Comment définiriez-vous votre style en photographie de rue ?
Patrick Duvivier : Je n’ai pas trouvé encore mon style de photo, mon tempérament me pousse toujours à rechercher, essayer, mais j’aime quand le regard se croise, anonymement, sans suite, c’est difficile, mais tellement vivant ! Je ne sais pas si j’aurai un style un jour, ça ne me ressemble pas, si je devais en avoir un, j’aimerais donner un look à la Hopper à mes photos ! Vaste chantier ! (Edward Hopper, peintre américain, 1882/1967) ses peintures de la vie quotidienne avec son style si pur, ses jeux de lumières, comme en photographie, me plaisent beaucoup.
J’aime bien cette définition de la photo de rue :
« La photographie de rue est l’art de capturer des moments spontanés et authentiques de la vie urbaine, mettant en lumière les interactions et les actions des individus au sein de l’environnement citadin. Elle témoigne des dynamiques humaines, des comportements sociaux et des micro-récits du quotidien, révélant ainsi la complexité et la diversité de la vie urbaine. »
Voilà ce qui me motive. Peut-être aussi l’envie de laisser un témoignage de ma passion pour la photo à mes petits-enfants et au monde, pourquoi pas ! Ah ah !
SPF : Y a-t-il des photographes de rue qui vous inspirent ?
Patrick Duvivier : Bon, oui, il y en a, je regarde ce qu’ils font, ou ce qu’ils ont fait… Mais chaque époque a sa thématique, et je fais attention à ne pas faire du Doisneau, du Saul Leiter, du Cartier-Bresson par exemple, mais je regarde beaucoup de photos ! Je fais partie d’un club très actif ; dernièrement, on a eu une présentation du travail de Doisneau, une autre fois de Cartier-Bresson. Martin Parr est surprenant ; le Japonais Moriyama, lui, ne respecte rien en photo, amusant !
SPF : Pouvez-vous partager une de vos photos de rue préférées et raconter son histoire ?
Patrick Duvivier : La photo emblématique pour moi est cette photo d’une petite fille assise contre un mur, près du labo photo où j’intervenais, prise avec un appareil des années 50, format 6×9. Elle me parle évidemment 65 ans après ! Son histoire est banale : j’arrivais au labo, j’avais mon appareil avec 7 photos, il manquait la 8e pour finir la pellicule et la développer. Je vois cette petite fille en pleurs… je me suis baissé, je crois, je fais 1m92 ! Et voilà, je pouvais développer ma pellicule ! Le gérant du labo a tout de suite remarqué ma photo…
SPF : Quels sont les défis auxquels vous êtes confronté en pratiquant la photographie de rue ?
Patrick Duvivier : Comme tous les photographes de rue, la discrétion. J’aime shooter à la hanche, l’écran mobile du Leica me plaît bien pour ça. Cela dit, un shoot direct dans le viseur alors que le sujet me regarde me plaît bien ; une fois déclenché, je regarde en haut ou derrière le sujet, qui ne sait plus si c’est lui ou autre chose le sujet ! Et puis parfois, il y a les rencontres sympathiques, et là, j’obtiens une photo posée. Ça me plaît moins, mais du coup je la partage avec la personne via mon site. Ça fait connaître mon site et mon travail !
SPF : Pouvez-vous partager une expérience mémorable que vous avez vécue tout en faisant de la photographie de rue ?
Patrick Duvivier : C’est un souvenir un peu spécial : une visite chez les pygmées en République Centrafricaine, je pense dans les années 80/82… Comme je l’ai dit, je mesure 1m92, et cette ethnie ne dépasse pas 1m50 en moyenne. C’était difficile de les cadrer sans se baisser franchement, ce qu’ils ne comprenaient pas et qui les faisait bien rire. Mais ce n’est pas vraiment de la photo de rue !
SPF : Comment gérez-vous les questions d’éthique liées à la photographie de rue, en particulier en ce qui concerne la vie privée des sujets ?
Patrick Duvivier : Je le fais à l’instinct. Je ne m’interdis rien mais pas de photos dégradantes, les sans-abris éventuellement, s’ils sont différents ou avec un animal. Sinon, je considère que la photo dans la rue est libre, à ce jour, mais je n’ai repris la photo de rue que depuis un peu plus d’un an, personne ne m’a interpellé ! J’aime ce qui me paraît le plus difficile : capter le regard, le regard des gens ! C’est un aspect fascinant de la photographie de rue. Les regards peuvent raconter tellement d’histoires et révéler une multitude d’émotions, d’expériences et de cultures. Ils capturent l’essence d’un moment, une vérité brute que les mots ne peuvent parfois pas exprimer.
SPF : Avez-vous déjà eu des situations délicates en photographie de rue et comment les avez-vous gérées ?
Patrick Duvivier : Non, je n’ai repris que depuis peu. Je me fie à mon ressenti. Je n’ai pas fait dernièrement une photo de rue qui aurait eu son heure de gloire !
J’étais en ville et sous un panneau « jeu, PMU, loto, » un curé en soutane, jeune, d’allure sympa d’ailleurs, consultait son téléphone, appuyé au mur. J’ai hésité et puis, bien que non pratiquant, par respect de la personne, je ne l’ai pas faite ! À la place, je suis allé le voir et je lui ai raconté à quoi il avait échappé ! Il a souri, m’a remercié et finalement, on a discuté photo pendant 10 minutes ! Et au final… j’ai regretté de ne pas l’avoir faite, juste pour moi !
SPF : Quels conseils donneriez-vous aux débutants qui souhaitent se lancer dans la photographie de rue ?
Patrick Duvivier : Pas de conseils ; ma pratique est encore récente dans ce monde de 2025, même si je suis un vieux photographe. Seulement de faire attention à la qualité photographique de ce qui sera présenté ! Cadrage, lumière, netteté… encore que cela dépend de la recherche picturale de chacun !
SPF : Avez-vous des recommandations pour développer sa créativité en photographie de rue ?
Patrick Duvivier : Alors là, je dirais : ne rien s’interdire ! Moi, j’expérimente le mouvement de caméra, et j’adore le rendu pictural proche des impressionnistes ! Faire comme Moriyama, en plus fou ou en couleur… enfin expérimenter, découvrir !
SPF : Avez-vous des projets ou des objectifs futurs en photographie de rue que vous aimeriez partager ?
Patrick Duvivier : Entraîner quelques photographes de mon club, dont je suis le doyen d’ailleurs, à me suivre dans cette voie.
SPF : Prévoyez-vous de participer à des expositions ou des publications prochainement ?
Patrick Duvivier : Bien sûr, quand j’aurai suffisamment de photos avec un lien commun, une histoire…
SPF : Comment avez-vous rejoint Street Photography France ?
Patrick Duvivier : Trouvé le site sur Facebook ! J’ai regardé les photos, j’ai soumis des photos, j’ai été accepté pour certaines, refusé pour d’autres. Ça m’a plu ; la démarche a l’air assez complète : site, page Facebook, Instagram, Discord…
SPF : Quels avantages trouvez-vous dans l’appartenance à cette communauté ?
Patrick Duvivier : J’ai rejoint ce groupe pour peaufiner mon œil dans la rue, obtenir des critiques, des points de vue, bref, vivre la photo de rue avec des passionnés.
SPF : Avez-vous des projets ou des idées pour renforcer la communauté de Street Photography France ?
Patrick Duvivier : Pas spécialement, je viens de la rejoindre, mais des sorties communes dans ma région me plairaient bien !

