Passion et Perspectives en Photographie de Rue : Entretien avec Louis Nicolas
Dans cette interview sincère et profonde avec Louis Nicolas, membre de Street Photography France, nous explorons son parcours unique en photographie de rue. Découvrez comment il a été influencé par des légendes comme Cartier Bresson et Vivian Maier, et comment il utilise son talent pour capturer l’essence de la vie urbaine à travers son objectif. Louis partage ses expériences, défis, et ses conseils précieux pour ceux qui aspirent à suivre ses pas dans l’art de la photographie de rue.
On pose les questions à NICOLAS…
Dans cette interview, Louis Nicolas partage avec nous son parcours photographique.
SPF : Comment avez-vous découvert la photographie de rue ?
Louis Nicolas : J’ai la chance d’avoir un père qui m’a fait découvrir la photographie en général et avec qui je partage aussi la passion de l’histoire. À travers les nombreux livres photo que nous avions, il y avait les photos de Cartier Bresson, Willy Ronnis, Robert Capa, Vivian Maier ou encore Elliott Erwitt qui nous a quitté d’ailleurs il y a peu. Ensuite avec des formes plus contemporaines avec le photojournalisme et les expositions notamment du festival de photo d’Arles.
SPF : Depuis combien de temps pratiquez-vous la photographie de rue ?
Louis Nicolas : Cela doit faire un peu plus de 10 ans, j’ai commencé par prendre des photos avec un petit réflex que l’on m’avait offert. À cette époque, j’aimais faire de la photo un peu abstraite dans la rue à travers des reflets, des formes, j’aimais bien et j’aime toujours d’ailleurs que l’on se pose des questions sur la photo, c’est quoi ? Quelle matière etc. Ensuite, j’ai découvert à travers mes voyages l’intérêt que la rue offre comme possibilité, notamment avec ceux qui la compose. Les visages, les professions, la foule bref, la vie des gens ordinaire. Maintenant, la photographie de rue c’est 95% de mes photos.
SPF : Avez-vous suivi une formation en photographie, ou êtes-vous autodidacte ?
Louis Nicolas : Je suis autodidacte.
SPF : Quel matériel utilisez-vous pour la photographie de rue (appareil photo, objectifs, accessoires, etc.) ?
Louis Nicolas : Depuis quelques années j’utilise tout simplement les smartphones que j’ai eu, aujourd’hui c’est le Google Pixel 6. Et grâce au don extraordinaire d’un membre de ma famille (Hello Karli ) j’ai la chance aujourd’hui d’avoir :
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- Canon 1DX
- Objectifs :
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- Canon Lens EF 50mm 1:1,4
- Canon Zoom Lens EF 24-70mm 1:2,8 L USM II
- Canon Zoom Lens EF 70-200mm 1:2,8 L IS USM II
- Canon Macro Lens EF 100mm 1:2,8 L IS USM Avec de nombreux filtres, batteries, flash etc.
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SPF : Avez-vous un équipement préféré pour la photographie de rue, et pourquoi ?
Louis Nicolas : Le Smartphone en voyage est intéressant, c’est léger, connecté à internet et discret. Avant j’avais un peu « honte » de dire que mes photos étaient prises avec un vulgaire téléphone mais aujourd’hui cela permet aussi une certaine forme de démocratisation de la photo. Et des expositions sont consacrées à la photo de smartphones. Ensuite, j’aime bien avec le réflex, le 70-200, mais surtout le 50mm full frame, j’ai découvert ce matériel alors je m’entraine encore mais ça offre une qualité de lumière, de profondeur qui je trouve est intéressant dans la photo de rue.
SPF : Comment définiriez-vous votre style en photographie de rue ?
Louis Nicolas : 2 styles me viennent à l’esprit :
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- Social : j’ai toujours aimé les gens, alors les visages les expressions, les métiers bref, cela me procure une émotion qui est difficile à exprimer.
- Abstrait : j’aime les reflets à travers une vitre, cela ressemble parfois à un tableau, je m’amuse à produire des formes un peu insolites.
SPF : Y a-t-il des photographes de rue qui vous inspirent ?
Louis Nicolas : Les photographes que je considère un peu comme historique, Cartier Bresson, Willy Ronnis, Robert Capa, Vivian Maier ou encore Elliott Erwitt qui nous a quitté il y a peu. Je considère également que le photojournalisme est une profession qui combine à la fois la technique, la beauté mais aussi parfois le danger, alors je pense à Patrick Chauvel, Christine Spengler, Carolyne Cole et plus récemment j’ai eu la chance de rencontrer William Keo de l’agence Magnum et qui fait un travail formidable, non seulement sur des terrains de guerres comme en Ukraine ou au Moyen Orient mais aussi en faisant des reportages sur son 93 natal.
SPF : Pouvez-vous partager une de vos photos de rue préférées et raconter son histoire ?
Louis Nicolas : Il s’agit de la photo d’un couple que j’ai photographié sur le vieux port à Marseille. Un homme et une femme qui s’enlacent, ils ont chacun une expression grave et un visage avec des traits forts. Ils ressemblent à des adolescents à la sortie du lycée qui se réconcilient. Aujourd’hui encore cette photo me questionne. Est-ce que ce sont un frère et une sœur en deuil, un couple qui se réconcilie, des amants bref, c’est ça que j’aime dans la photographie de rue, c’est un peu comme un Haïku, un poème japonais qui laisse une libre interprétation et qui n’est jamais figé.
SPF : Quels sont les défis auxquels vous êtes confronté en pratiquant la photographie de rue ?
Louis Nicolas : Il faut être vif ! en ½ seconde une situation peut devenir une photographie magnifique et l’instant d’après une photo banale. J’ai un œil sur tout et il faut avouer qu’il faut parfois passer outre la frustration de ne pas avoir pris la bonne photo.
SPF : Pouvez-vous partager une expérience mémorable que vous avez vécue tout en faisant de la photographie de rue ?
Louis Nicolas : Une expérience mémorable en particulier non, mais plein de petits moments sympas avec des gens, le sourire d’un enfant, des ados qui font se balancer de 15m de haut de la corniche de Marseille comme si c’était un rite d’initiation, des discussions impossibles à cause de la barrière de la langue en Pologne avec une sœur religieuse qui m’a offert des prunes dans un train et avec son regard on se comprenait… Bref, c’est beau la photo pour ça.
SPF : Comment gérez-vous les questions d’éthique liées à la photographie de rue, en particulier en ce qui concerne la vie privée des sujets ?
Louis Nicolas : C’est une question difficile, jusqu’à il y a quelques mois je ne me la posais pas, naturellement la limite que je n’ai jamais franchi et que je ne franchirai jamais c’est de prendre des photos de personnes humiliées, en train de se battre, nues… j’essaie toujours de poser un œil bienveillant sur mes photos.
SPF : Avez-vous déjà eu des situations délicates en photographie de rue et comment les avez-vous gérées ?
Louis Nicolas : Non je n’ai jamais eu de situations délicates. Si cela arrive il faut pouvoir en discuter, et renoncer aux photos si un désaccord apparaît.
SPF : Quels conseils donneriez-vous aux débutants qui souhaitent se lancer dans la photographie de rue ?
Louis Nicolas : Si je peux donner un conseil c’est de prendre en photo ce que l’on aime simplement, l’avantage de la photo de rue c’est que les sujets sont illimités. C’est le meilleur moyen pour faire passer un message à travers une photo. Peut-être également ne pas tomber dans une certaine « hype » sur les réseaux à faire certains styles de photos juste parce que c’est dans l’air du temps.
SPF : Avez-vous des recommandations pour développer sa créativité en photographie de rue ?
Louis Nicolas : S’inspirer de techniques sans tomber dans le formalisme que l’on rencontre parfois sur les réseaux. Rencontrer des professionnels ou simplement s’adresser à des personnes qui n’y connaissent rien en photo, ça permet d’avoir un œil neuf.
SPF : Avez-vous des projets ou des objectifs futurs en photographie de rue que vous aimeriez partager ? Prévoyez-vous de participer à des expositions ou des publications prochainement ?
Louis Nicolas : Il y a peu de choses que je sais réellement faire, je ne suis pas doué de mes mains, je ne sais pas dessiner, je ne suis pas bricoleur, bref. Mais mon défi aujourd’hui c’est de montrer mon travail, de passer outre ma timidité à exprimer ce que je ressens sur une de mes photos. J’aimerais imprimer des petits livres, j’ai commencé à écrire, maintenant il faut que je prenne le temps de construire tout ça.
SPF : Comment avez-vous rejoint Street Photography France ?
Louis Nicolas : À travers Instagram.
SPF : Quels avantages trouvez-vous dans l’appartenance à cette communauté ?
Louis Nicolas : Créer du lien, j’avoue que tous les membres ont un talent formidable et c’est toujours sympa de découvrir le travail des autres.
SPF : Avez-vous des projets ou des idées pour renforcer la communauté de Street Photography France ?
Louis Nicolas : Organiser des événements réguliers : Des sorties photo, des ateliers, des expositions ou des conférences peuvent rassembler la communauté, stimuler la créativité et favoriser les échanges entre les photographes.
Lancer des concours photo : Organisez des concours sur des thèmes spécifiques de la photographie de rue pour encourager la participation et mettre en valeur le talent des membres de la communauté.
Programmes éducatifs : Proposez des ateliers, des webinaires ou des tutoriels pour aider les membres à développer leurs compétences techniques et artistiques en photographie de rue mais aussi pourquoi pas s’approcher de structures socio-éducatives.
Mise en avant des talents locaux : Créez une section sur votre plateforme en ligne ou lors d’événements pour mettre en avant le travail exceptionnel des photographes de rue locaux, ce qui peut contribuer à accroître la visibilité de la communauté.

