Paris, la nuit et les ombres — Entretien avec Pierre-Henri GUERINEAU

Chez Pierre-Henri GUERINEAU, la photographie de rue semble liée à quelque chose de profondément personnel. Avant même de parler de technique ou de pratique, il y a d’abord une mémoire : celle de Paris, de Gentilly, des images de Robert Doisneau découvertes très jeune, et d’une fascination durable pour le noir et blanc.

Membre de Street Photography France, il photographie la rue comme on conserve une trace. Ses images ne cherchent pas seulement un sujet ou une scène forte ; elles tentent aussi de retenir une époque, une atmosphère, une présence fugace avant qu’elle ne disparaisse.

Dans son approche, il y a autant d’observation que de vécu. Paris revient souvent, surtout la nuit. Les quais, les passants anonymes, les silhouettes qui traversent la ville sans savoir qu’elles participent déjà à une mémoire collective. On sent chez lui une photographie instinctive, nourrie par les déambulations, les rencontres et une certaine affection pour les moments simples.

Son rapport à la rue reste direct, presque physique. Compact dans la poche, appareil prêt à déclencher, il avance discrètement, attentif à ce qui surgit quelques secondes avant de s’effacer. Et derrière cette pratique, demeure une idée très simple : photographier aujourd’hui pour laisser demain une trace sensible de notre quotidien.

On pose les questions à Pierre-Henri

Dans cette interview, Pierre-Henri partage avec nous son parcours photographique.

SPF : Comment avez-vous découvert la photographie de rue ?

Pierre-Henri GUERINEAU : La photographie de rue je l’ai découvert jeune à travers des photos de Robert Doisneau. Mes grands-parents et ma mère vivaient en proche banlieue parisienne, à Gentilly pour être précis, et celui-ci avait fait plusieurs photos de cette ville. Ces images sur son époque m’ont beaucoup marqué et je pense que mon affection pour le noir et blanc vient aussi de là.

SPF : Depuis combien de temps pratiquez-vous la photographie de rue ?

Pierre-Henri GUERINEAU : Je pratique la photographie de rue depuis environ une dizaine d’années. Mais je ne fais pas que de la photographie de rue, je suis comme on dit un touche-à-tout.
J’aime photographier aussi les paysages, des portraits et des artistes en concerts.

SPF : Avez-vous suivi une formation en photographie, ou êtes-vous autodidacte ?

Pierre-Henri GUERINEAU : Je suis un autodidacte né et dans l’âme. Ceci dit j’ai rencontré de nombreux photographes depuis des années et j’ai pu partager avec eux notre passion commune et échanger autour de la photo.

SPF : Quel matériel utilisez-vous pour la photographie de rue ?

Pierre-Henri GUERINEAU : Je possède deux appareils photos, le premier un Canon R6 avec deux focales fixes (un 50mm f1.8 et un 16mm 2.8) et j’ai fait l’acquisition il y a environ 18 mois d’un Ricoh GR III avec une focale de 28mm.

SPF : Avez-vous un équipement préféré pour la photographie de rue, et pourquoi ?

Pierre-Henri GUERINEAU : J’affectionne beaucoup mon Ricoh GR III pour la photographie de rue, de par sa compacité, son allumage rapide, sa discrétion et la qualité de son optique. C’est une arme redoutable pour la photographie de rue.

SPF : Comment définiriez-vous votre style en photographie de rue ?

Pierre-Henri GUERINEAU : Je suis un addict au noir et blanc. Je n’ai pas vraiment de style pratiquement parlant, mais j’aime photographier les scènes qui se déroulent sous mes yeux, avec ou sans passant. La photographie de rue pour moi ne doit pas forcément se résumer à isoler un sujet en particulier, mais plus à arrêter le temps, une époque. Laisser une vision de notre quotidien aux générations à venir.

SPF : Y a-t-il des photographes de rue qui vous inspirent ?

Pierre-Henri GUERINEAU : Comme cité dans ma première réponse, il y a Robert Doisneau, Henri Cartier-Bresson, Viviane Maier pour ne citer qu’eux.
Pour les photographes de nos jours, j’apprécie beaucoup le travail d’Allan Schaller, Laurent Licari, Valentin Gay que j’ai eu l’occasion de rencontrer lors du dernier Salon de la Photo à Paris.

SPF : Pouvez-vous partager une de vos photos de rue préférées et raconter son histoire ?

Pierre-Henri GUERINEAU : J’ai une histoire particulière avec Notre-Dame de Paris et Paris. Je suis né dans le 14e arrondissement. Mes grands-parents maternels avaient des voisins dont le fils était aumônier à Notre-Dame. Mes grands-parents et mes parents lui ont demandé si je pouvais être baptisé à Notre-Dame et ce fut le cas.

Le côté nocturne est là aussi une partie de ma jeunesse, ayant passé de nombreuses nuits à découvrir ma ville de naissance. J’y ai aussi passé du temps assis sur le quai comme les personnes sur la photo jointe.

SPF : Quels sont les défis auxquels vous êtes confronté en pratiquant la photographie de rue ?

Pierre-Henri GUERINEAU : Les défis restent souvent les mêmes : essayer de capter un instant, une scène, tout en restant discret et non intrusif. Il faut que la photo reste sur le vif, non posée, même si des passants peuvent ressentir l’appareil et le déclenchement arriver.

SPF : Pouvez-vous partager une expérience mémorable que vous avez vécue tout en faisant de la photographie de rue ?

Pierre-Henri GUERINEAU : Je pense à une photographie prise il y a des années. Un homme en djellaba était assis sur un banc en tenue religieuse de profil et dans l’arrière-plan il y avait une église. Le contraste des deux religions était juste magnifique.

SPF : Comment gérez-vous les questions d’éthique liées à la photographie de rue ?

Pierre-Henri GUERINEAU : J’essaie dans mes photos de prendre uniquement des passants de dos, de profil, ou bien de descendre la vitesse afin d’en faire limite un fantôme pour que les personnes ne soient pas reconnaissables. Je respecte la vie privée des sujets, comme j’aime que l’on respecte la mienne.

SPF : Avez-vous déjà eu des situations délicates en photographie de rue et comment les avez-vous gérées ?

Pierre-Henri GUERINEAU : Il m’est arrivé, comme à beaucoup de gens qui pratiquent la photo de rue, d’avoir eu une situation où la personne ne souhaite pas être sur la photographie que je venais de faire. Même si je connais le droit à l’image que nous avons à faire de la photo de rue, je n’ai pas cherché à débattre sur le sujet avec la personne. Donc j’ai tout simplement effacé celle-ci.

SPF : Quels conseils donneriez-vous aux débutants qui souhaitent se lancer dans la photographie de rue ?

Pierre-Henri GUERINEAU : Nourrir son œil via des ouvrages de photographes en la matière, aller à des expositions, rencontrer des photographes. Ressentir ce qui les touche dans la photographie de rue, l’histoire ou les images qu’ils veulent faire passer à travers leurs photos.

Mais si ce n’est pas l’appareil qui fait la photo, choisir son appareil est aussi important : se sentir bien avec, le connaître, savoir l’utiliser en fonction des scènes qui passent.

SPF : Avez-vous des recommandations pour développer sa créativité en photographie de rue ?

Pierre-Henri GUERINEAU : À chacun de découvrir ce qu’il affectionne le plus dans cette discipline : être pêcheur, chasseur ou bien encore observateur, ou déclencheur de situation. Nous avons tous notre sensibilité, ce qui nous touche, nous émeut. On s’inspire plus ou moins des uns et des autres, le principal est de trouver sa propre créativité sans vouloir faire un copier-coller.

SPF : Avez-vous des projets ou des objectifs futurs en photographie de rue que vous aimeriez partager ?

Pierre-Henri GUERINEAU : J’ai réalisé un premier livre, non de photographie de rue, mais de portraits en noir et blanc et pourtant ils ont quasiment tous été faits dans la rue.

Pour un nouveau projet, j’aimerais faire des photos de rue parisiennes, mais je le verrais plus au sens large en y incluant aussi son métro, ses monuments, son architecture, la ville entière en somme.

SPF : Prévoyez-vous de participer à des expositions ou des publications prochainement ?

Pierre-Henri GUERINEAU : J’aimerais aller à l’exposition de Lee Miller.

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