On photographie un peu comme on vit — Élisabeth Euvrard
Élisabeth Euvrard photographie depuis ses dix-huit ans, depuis ce premier voyage au Portugal où lui est venue l’envie de photographier des inconnus. Autodidacte, sensibilisée au cadrage par son père et initiée au laboratoire noir et blanc par son grand frère, elle a rejoint en 2023 le Photoclub Paris Val-de-Bièvre. Elle travaille au Sony Alpha 7 avec un 24-105, sans sac de photographe : tout tient dans la poche rembourrée de son sac à dos. Ses cadrages serrés s’attachent aux pieds, aux mains, aux chiens en laisse et aux scènes de café où les gens se côtoient tout en s’ignorant — une photographie qu’elle veut poétique et vivante, traversée d’humour et d’ironie bienveillantes, et qu’elle construit en suivant des fils conducteurs thématiques. Son premier livre doit paraître fin 2027, et deux expositions sont prévues à Paris.
On pose les questions à Élisabeth…
Élisabeth Euvrard a eu pour la première fois envie de photographier des inconnus à dix-huit ans, lors de vacances au Portugal. Elle a compris ensuite que cet intérêt pour l’autre n’avait besoin ni de lointain ni d’exotisme : le proche et le lointain sont partout, et c’est au photographe de décider de sa distance au sujet.
Elle n’a jamais étudié la photographie, mais trois personnes ont marqué son parcours : son père, qui l’a sensibilisée à l’art du cadrage ; son grand frère, qui l’a initiée au développement noir et blanc dans le débarras de l’appartement familial ; et une amie passée par l’école d’Arles, qui l’emmenait voir des expositions. En 2023, elle s’est inscrite au Photoclub Paris Val-de-Bièvre.
Son matériel tient dans la poche rembourrée d’un sac à dos : un Sony Alpha 7 et un 24-105. Ce qui l’intéresse n’est pas la technique mais la juste distance — celle qui laisse aux personnes photographiées leur dignité, et à l’image sa part de poésie.
SPF : Comment avez-vous découvert la photographie de rue ?
Élisabeth Euvrard : J’ai découvert l’envie de photographier quelqu’un que je ne connaissais pas à l’étranger, lors de vacances au Portugal : j’avais dix-huit ans. J’ai ensuite compris que cet intérêt que je nourrissais pour l’autre n’avait besoin ni de forme lointaine ni d’exotisme — ou plutôt que le proche et le lointain étaient partout, et qu’il n’en tenait qu’à moi de décider de la distance au sujet.
SPF : Depuis combien de temps pratiquez-vous la photographie de rue ?
Élisabeth Euvrard : Depuis l’âge de dix-huit ans environ, avec mes premiers voyages autonomes à l’étranger, qui me mettaient dans un état d’esprit d’une grande curiosité.
SPF : Avez-vous suivi une formation en photographie, ou êtes-vous autodidacte ?
Élisabeth Euvrard : Je n’ai jamais étudié la photographie à proprement parler, mais des personnes ont marqué mon parcours. Mon père prenait beaucoup de photos et m’a toujours sensibilisée à l’art du cadrage. Mon grand frère m’a initiée au développement noir et blanc dans le débarras de notre appartement parisien, lorsque j’avais dix-sept ans. Une de mes meilleures amies a fait l’école d’Arles et m’entraînait voir des expositions. Beaucoup plus tard, en 2023, je me suis inscrite au Photoclub Paris Val-de-Bièvre et je me suis perfectionnée.
SPF : Quel matériel utilisez-vous pour la photographie de rue (appareil photo, objectifs, accessoires, etc.) ?
Élisabeth Euvrard : Je ne suis pas très intéressée par la technique et je suis habituée à sortir juste avec mon Sony Alpha 7, une batterie de rechange et un petit kit de nettoyage. Je viens toutefois d’acheter un pied pour essayer les poses longues, et un éclairage LED pour les portraits.
SPF : Avez-vous un équipement préféré pour la photographie de rue, et pourquoi ?
Élisabeth Euvrard : J’aime beaucoup mon Sony Alpha 7 avec mon objectif 24-105, car il est très polyvalent. Je ne suis pas très intéressée par la technique et je refuse de sortir avec un sac de photographe ad hoc : tout doit tenir dans la poche rembourrée de mon sac à dos !
SPF : Comment définiriez-vous votre style en photographie de rue ?
Élisabeth Euvrard : J’aime que mes photos soient poétiques et vivantes, et j’imagine que l’on photographie un peu comme on vit : parfois dans la joie et la sociabilité, parfois dans une grande solitude, toujours avec conscience de son humanité et des instants magiques. Peut-être est-ce pour cela que mes cadrages sont très rapprochés et révèlent les ambivalences, comme sur les pieds et les mains. J’affectionne aussi les scènes de café ou de transport en commun, où les gens se côtoient tout en s’ignorant, chacun à sa place. J’essaye de cultiver un peu d’humour et d’ironie bienveillantes, comme pour les chiens en laisse qui reflètent souvent leur maître, ou pour des traits de société particuliers à notre époque.
SPF : Y a-t-il des photographes de rue qui vous inspirent ?
Élisabeth Euvrard : Vivian Maier, Elliott Erwitt, Garry Winogrand, Letizia Battaglia, Raymond Depardon, Jean-Christophe Béchet, et tant d’autres.
SPF : Pouvez-vous partager une de vos photos de rue préférées et raconter son histoire ?
Élisabeth Euvrard : Cette photo exprime pour moi l’élégante solitude d’un idéal fragile en recherche d’équilibre. C’est en outre la première photographie que j’ai vendue.
SPF : Quels sont les défis auxquels vous êtes confronté en pratiquant la photographie de rue ?
Élisabeth Euvrard : Bonne distance au sujet ; respect des personnes photographiées.
SPF : Pouvez-vous partager une expérience mémorable que vous avez vécue tout en faisant de la photographie de rue ?
Élisabeth Euvrard : J’ai rencontré beaucoup de gens sympathiques, mais un homme en particulier m’a marquée : c’était à Bruxelles. On l’appelait Le Chat, parce qu’il dormait sur les toits.
SPF : Comment gérez-vous les questions d’éthique liées à la photographie de rue, en particulier en ce qui concerne la vie privée des sujets ?
Élisabeth Euvrard : Mes photos ne sont jamais dégradantes, et je suis prête à les retirer des réseaux à la moindre demande.
SPF : Avez-vous déjà eu des situations délicates en photographie de rue et comment les avez-vous gérées ?
Élisabeth Euvrard : Parfois un refus, que je respecte, mais aucune mésaventure à ce jour.
SPF : Quels conseils donneriez-vous aux débutants qui souhaitent se lancer dans la photographie de rue ?
Élisabeth Euvrard : Se mettre à la place de l’autre pour trouver la limite du respect. Sinon, déambuler au gré des rues et suivre son intuition.
SPF : Avez-vous des recommandations pour développer sa créativité en photographie de rue ?
Élisabeth Euvrard : Jouer avec des contraintes : ça stimule, surtout en groupe.
SPF : Avez-vous des projets ou des objectifs futurs en photographie de rue que vous aimeriez partager ?
Élisabeth Euvrard : J’aime trouver et suivre des fils conducteurs thématiques qui vont encadrer ma pratique photographique. D’abord parce que c’est plus intéressant et que cela peut déboucher sur des expositions ou des publications ; ensuite parce que cela limite la prise de vue compulsive, laquelle produit des milliers de photos qu’on n’a même pas le temps de traiter. C’est aussi pour cela que j’aime les concours : ils donnent un cadre et sont ludiques.
SPF : Prévoyez-vous de participer à des expositions ou des publications prochainement ?
Élisabeth Euvrard : Je devrais publier mon premier livre fin 2027 : un petit éditeur m’a contactée et proposé un contrat, je croise les doigts ! Toujours pour 2027, j’ai aussi deux expositions prévues à Paris.


