Observer depuis les coulisses, photographier dans la rue. Pauline Mazin
Elle a découvert la photographie de rue dans les livres de son père, collectionneur d’appareils, et par le poster du « Baiser de l’Hôtel de Ville » qu’on lui avait offert. Elle photographie depuis ses dix-sept ans, en autodidacte, aujourd’hui au Fuji X-T30. Communicante politique de métier — elle se range parmi « les hommes de l’ombre » —, Pauline Mazin a appris à observer depuis les coulisses du pouvoir : un regard qu’elle promène désormais dans les rues de Paris, à l’affût de la scène qu’elle a déjà en tête.
On pose les questions à Pauline…
SPF : Comment avez-vous découvert la photographie de rue ?
Pauline Mazin : J’ai découvert la photographie de rue, d’abord par des livres sur le Street Art. Je viens d’une ville de Province dans laquelle il n’y avait pas de Street Art. Et puis mon père m’a transmis sa passion pour la photographie car il collectionnait les appareils photos, et avait de nombreux livres sur la photographie. Mais celle qui m’intéressait le plus, c’était la photographie de rue. D’abord, je l’ai connue à travers l’objectif de Robert Doisneau et sa célèbre photo dont on m’avait offert le poster « Le Baiser de l’Hôtel de Ville ». Je me souviens que je me demandais si cette photo avait été prise spontanément, ou si elle était mise en scène. Puis vint le temps de découvrir Henri Cartier-Besson, Walter Evans, William Klein, Saul Leiter et Vivian Maier…
SPF : Depuis combien de temps pratiquez-vous la photographie de rue ?
Pauline Mazin : Depuis que j’ai 17 ans. Mon premier Amour partageait ma passion pour la photographie. Il développait ses photos lui-même, dans une chambre noire, sa mère tenant une boutique dans laquelle on apportait ses pellicules photos pour les faire développer.
SPF : Avez-vous suivi une formation en photographie, ou êtes-vous autodidacte ?
Pauline Mazin : Non, je n’ai pas reçu de formation pour faire de la photographie. J’ai appris comme ça, en faisant des essais. On oublie souvent que c’était presque un luxe, de faire de la photographie. Parce que à l’époque, les pellicules, les tirages photo… ça coûtait cher.
SPF : Quel matériel utilisez-vous pour la photographie de rue (appareil photo, objectifs, accessoires, etc.) ?
Pauline Mazin : En tout premier lieu, j’ai commencé avec des jetables KODAK. Puis eu on m’a offert un boîtier Canon Reflex EOS 500D – Zoom Lens EF-S 18-55mm. Et enfin, j’ai eu un appareil photo professionnel Fuji Hybride X-T30 Zoom Digital Camera XF 18-55mm.
SPF : Avez-vous un équipement préféré pour la photographie de rue, et pourquoi ?
Pauline Mazin : Oui. Je préfère mon appareil photo professionnel Fuji Hybride X-T30 Zoom Digital Camera XF 18-55mm. Je trouve qu’il est plus pratique, plus léger, et donc plus adapté pour faire de la photographie de rue et pour davantage de qualité.
SPF : Comment définiriez-vous votre style en photographie de rue ?
Pauline Mazin : Photographier, pour moi, c’est surtout apprendre à regarder autrement au fil de mes promenades : une émotion sur un visage, un instant / une scène de rue que l’on peut immortaliser à tout jamais, un détail que l’on aurait peut-être laissé passer…
Amatrice passionnée, je continue simplement à chercher, à expérimenter et à partager ce que mon regard rencontre.
SPF : Pouvez-vous partager une de vos photos de rue préférées et raconter son histoire ?
Pauline Mazin : Je me souviens avoir pris cette photo dans le Marais, à Paris. Mon regard avait été attiré par cette publicité en Noir et Blanc pour une grande marque de vêtements de Luxe. Je me disais que ça pourrait faire une photo intéressante. Mon style de photo de rue c’est, comme je vous l’indiquais dans la question précédente, de prendre des scènes / instantanés de vie, qui par essence, ne peuvent pas se reproduire. Et j’attends toujours LA bonne photo pour moi. J’ai toujours eu une idée bien précise de ce que je voulais faire comme scène, de ce que j’ai envie d’avoir. Sauf la scène se présente spontanément à moi. Je pense que ça vient de mon expérience professionnelle. Je suis Communicante Politique de crise. Je fais partie de ce que l’on appelle « les hommes de l’ombre ». Mon métier consiste beaucoup à observer puis analyser les comportements des femmes et hommes politiques, depuis les coulisses du Pouvoir. Ça m’a permis d’avoir le regard partout, d’observer le moindre détail, ce qui représente un atout considérable pour faire de la photographie de rue.
revenons à cette publicité… Elle représentait un modèle qui semblait regarder les gens de haut. C’était une pépite pour moi ! J’attendais que les bonnes personnes, passent au bon moment, devant moi, de manière à ce que le regard du modèle qui était sur la publicité semble regarder de haut, avec un regard dédaigneux, les personnes réelles qui passaient devant moi. Je me souviens avoir pris une centaine de photos, et que j’étais accoudée sur un scooter garé à côté de moi, lorsque LA scène que j’avais imaginée dans ma tête ne se produise en vrai. Et là, j’ai shooté très vite, et c’était dans la boîte !
SPF : Quels sont les défis auxquels vous êtes confronté en pratiquant la photographie de rue ?
Pauline Mazin : Il faut un sens de l’observation très avisé quand le style de photographie de rue que j’ai choisi de faire. Il faut anticiper, et surtout shooter très vite, sinon on regrette cet instant de vie qui ne représentera plus jamais !
SPF : Pouvez-vous partager une expérience mémorable que vous avez vécue tout en faisant de la photographie de rue ?
Pauline Mazin : Je me rappelle que j’étais tellement concentrée sur la scène que je voulais absolument avoir, dans le Jardin du Palais Royal, où je me promenais à l’affût des belles scènes que je pourrais immortaliser… J’ai vu une femme qui portait un manteau violet avec une toque en fourrure assortie. Et j’étais tellement focalisée sur son manteau violet qui allait si bien avec les chaises vertes… que j’ai pris des photos de cette femme. Et ce n’est qu’une fois arrivée chez moi, en regardant les photos que j’avais prises, que je me suis aperçue qu’il s’agissait de l’actrice française Sabine Azéma !
SPF : Comment gérez-vous les questions d’éthique liées à la photographie de rue, en particulier en ce qui concerne la vie privée des sujets ?
Pauline Mazin : Je leur montre si ils me demandent, mais la plupart des gens ne remarquent même pas que je les ai pris en photo. J’ai de la chance, car je n’ai jamais rencontré de difficultés avec les gens. Je suis toujours tombée sur des gens qui me souriaient quand ils se rendaient compte que je l’ai prenais en photo. Il y a quelques personnes qui m’ont demandé de leur envoyer les photos et auxquels j’ai demandé si ils voulaient que je les mentionne ou que je les crédite, mais la réponse a toujours été « non ». Il faut croire que j’ai eu affaire à des personnes bienveillantes.
SPF : Avez-vous déjà eu des situations délicates en photographie de rue et comment les avez-vous gérées ?
Pauline Mazin : Non, comme je l’ai dis précédemment, je n’ai jamais été dans une situation embarrassante.
SPF : Quels conseils donneriez-vous aux débutants qui souhaitent se lancer dans la photographie de rue ?
Pauline Mazin : De suivre leur instinct, de se faire confiance… et de surtout se faire plaisir en faisant de la photographie de rue. Il ne faut jamais se sentir obligé de faire de la photographie de rue ! Parce que sinon, on ne sera pas concentré et ça engendrera de la frustration.
SPF : Avez-vous des recommandations pour développer sa créativité en photographie de rue ?
Pauline Mazin : Se faire plaisir avant toute chose !
SPF : Avez-vous des projets ou des objectifs futurs en photographie de rue que vous aimeriez partager ?
Pauline Mazin : Non, pas pour l’instant. Peut-être, quand le moment sera venu, faire une compilation de mes photos… J’ai eu récemment envie de le faire quand mon travail de photographe de rue amateur a été mis à l’honneur sur Instagram par un collectif de photographes de rue en Inde. J’ai trouvé que leur maquette était très professionnelle, et je mentirais si je ne vous disais pas que de voir mon nom avec 10 de mes photos, ne m’avait pas émue… On m’a souvent dit que je devrais faire des expositions. Mais pour le moment, ce n’est pas dans mes projets immédiats.
SPF : Prévoyez-vous de participer à des expositions ou des publications prochainement ?
Pauline Mazin : Si l’occasion m’est donnée, pourquoi pas ?


