Nos prisons joyeuses, ou l’art de s’échapper dans la ville

Les villes imposent leurs rythmes, leurs trajectoires et leurs contraintes. Pourtant, leurs habitants trouvent sans cesse des manières de s’en échapper : une fête, un geste, un costume ou quelques secondes de liberté au milieu du quotidien. C’est dans cette contradiction que Quentin Migozzi inscrit son projet « Nos prisons joyeuses ».

Membre de Street Photography France, il développe une photographie documentaire attentive aux relations entre l’humain et son environnement urbain. À travers des récits construits sur le temps long, il photographie ces instants où la ville cesse momentanément d’être une prison pour devenir un espace de réinvention.

On pose les questions à Quentin…

Dans cette interview, Quentin partage avec nous son parcours photographique.

SPF : Comment avez-vous découvert la photographie de rue ?

Quentin Migozzi : J’ai découvert streetphotographyfrance via des échanges lors de lecture de portfolio, au quai de la photo notement, à Paris.

SPF : Depuis combien de temps pratiquez-vous la photographie de rue ?

Quentin Migozzi : Je pratique la photo de rue depuis presque 3 ans maintenant.

SPF : Avez-vous suivi une formation en photographie, ou êtes-vous autodidacte ?

Quentin Migozzi : Je suis autodidacte sur la partie technique de la photo, mais j’ai fait une formation en mentorat pour m’aider à construire une série et développer mon travail d’auteur. J’ai fait cette formation avec Genaro BARDY fin 2025.

SPF : Quel matériel utilisez-vous pour la photographie de rue ?

Quentin Migozzi : J’ai un Sony A7III, que j’utilise avec plusieurs objectifs. J’ai un 35 mm f/2 de chez Sigma, un 65 mm f/2 de chez Sigma, un zoom 24-70 mm f/2.8 de chez Sigma également et un 17-28 mm f/2.8 de chez Tamron, mais que j’utilise beaucoup moins.

Je vais sûrement acquérir un 24 mm f/2.8 de chez Samyang prochainement et un petit flash Godox.

SPF : Avez-vous un équipement préféré pour la photographie de rue, et pourquoi ?

Quentin Migozzi : Je suis assez fan de mon objectif 35 mm f/2 de chez Sigma. Il m’apporte beaucoup de mobilité et son ouverture me permet de shooter dans des endroits assez faibles en luminosité. J’aime aussi beaucoup le rendu des clichés que j’obtiens avec.

SPF : Comment définiriez-vous votre style en photographie de rue ?

Quentin Migozzi : Je développe une photographie de rue documentaire, centrée sur les relations entre l’humain et son environnement urbain. Je m’intéresse aux tensions entre les contraintes du quotidien et les moments où les individus réinventent la ville pour retrouver un espace de liberté. J’accorde une grande importance à la narration et à la construction de projets au long cours.

SPF : Y a-t-il des photographes de rue qui vous inspirent ?

Quentin Migozzi :

Josef Koudelka : pour la profondeur du regard.

Alex Webb : pour la narration dans une seule image et la richesse des scènes.

Saul Leiter : pour la poésie du quotidien et la subtilité.

Gueorgui Pinkhassov : pour sa liberté visuelle et sa manière de fragmenter la réalité.

Sebastião Salgado : pour l’émotion, la puissance humaine.

SPF : Pouvez-vous partager une de vos photos de rue préférées et raconter son histoire ?

Quentin Migozzi : Parmi mes images, « Cendrillon » est certainement celle qui me représente le mieux. Je l’ai photographiée à Tokyo, au lendemain d’Halloween. Ce qui m’a touché n’était pas le costume, mais ce moment où le personnage semblait quitter le rêve pour retrouver la réalité. Cette photographie est devenue importante car elle résume une grande partie de ma démarche : observer ces instants où les habitants des grandes villes s’offrent une parenthèse avant de reprendre le cours de leur quotidien.

SPF : Quels sont les défis auxquels vous êtes confronté en pratiquant la photographie de rue ?

Quentin Migozzi : Le plus grand défi est de construire un projet cohérent sur le long terme. Je cherche à dépasser la simple image forte pour raconter une histoire. Cela implique d’apprendre à éditer, à écarter certaines photographies pourtant réussies et à continuer à produire les images qui manquent au récit.

SPF : Pouvez-vous partager une expérience mémorable que vous avez vécue tout en faisant de la photographie de rue ?

Quentin Migozzi : Mon expérience la plus marquante reste Halloween à Shibuya en 2025. La pluie était torrentielle et la police empêchait les gens de s’arrêter sur le célèbre carrefour. Toute la foule avançait en permanence, créant une immense ronde. J’étais porté par ce mouvement. Pendant plusieurs heures, je n’ai plus réfléchi : je photographiais instinctivement, complètement immergé dans la scène. C’est probablement la première fois où j’ai ressenti un tel état de liberté en photographiant. J’avais l’impression de faire partie de l’événement plutôt que de le documenter.

SPF : Comment gérez-vous les questions d’éthique liées à la photographie de rue, en particulier en ce qui concerne la vie privée des sujets ?

Quentin Migozzi : Je photographie dans l’espace public avec respect. Si une personne manifeste son refus, je le respecte immédiatement. Je cherche avant tout à raconter des situations humaines plutôt qu’à mettre quelqu’un mal à l’aise ou à le ridiculiser.

SPF : Avez-vous déjà eu des situations délicates en photographie de rue et comment les avez-vous gérées ?

Quentin Migozzi : Il m’est arrivé que des personnes s’interrogent sur le fait d’être photographiées et s’énervent un peu. Dans ces situations, je prends toujours le temps d’expliquer ma démarche avec calme. Le dialogue permet généralement de désamorcer les inquiétudes et de montrer que mon intention est photographique, jamais intrusive.

SPF : Quels conseils donneriez-vous aux débutants qui souhaitent se lancer dans la photographie de rue ?

Quentin Migozzi : Ne cherchez pas à reproduire les images des autres. Photographiez ce qui vous touche réellement, même si cela paraît banal. La technique s’apprend avec le temps, mais le regard se construit en restant fidèle à sa curiosité et en photographiant régulièrement.

SPF : Avez-vous des recommandations pour développer sa créativité en photographie de rue ?

Quentin Migozzi : Ce qui a le plus développé ma créativité n’a pas été de faire plus de photos, mais d’apprendre à me poser des questions sur ce que je photographie et pourquoi je le photographie. C’est en construisant un projet au long cours que j’ai commencé à développer un regard plus personnel.

SPF : Avez-vous des projets ou des objectifs futurs en photographie de rue que vous aimeriez partager ?

Quentin Migozzi : Je poursuis actuellement mon projet d’auteur « Nos prisons joyeuses », consacré aux tensions entre les contraintes de la vie urbaine et les espaces de liberté que les habitants s’inventent. Mon objectif est d’en faire un livre photographique et de le présenter lors de lectures de portfolio, de festivals et d’expositions.

SPF : Prévoyez-vous de participer à des expositions ou des publications prochainement ?

Quentin Migozzi : J’expose actuellement et jusqu’au 12 Juillet 2026, à la galerie Kiff&Marais à Paris et je referai surement une exposition chez eux cet automne.