Noir et blanc, cœur vibrant : Betty Alcaraz raconte sa passion pour la street photography

À travers son objectif, Betty Alcaraz capture des instants de vie authentiques, pleins d’émotion et de sens. Passionnée de photographie depuis son adolescence, cette photographe autodidacte originaire de Frontignan, dans l’Hérault, s’est peu à peu imposée dans l’univers exigeant de la street photography. Elle a repris son appareil après quelques années d’interruption, explorant les rues et les allées, toujours à la recherche du cliché parfait. Dans cette interview, Betty partage avec nous ses débuts, ses inspirations, son matériel, mais aussi ses anecdotes et réflexions sur l’éthique et les défis de la photographie de rue. Une rencontre riche et inspirante avec une véritable chasseuse d’images.

 

On pose les questions à Betty…

Dans cette interview, Betty Alcaraz artage avec nous son parcours photographique.

SPF : Comment avez-vous découvert la photographie de rue ?

Betty Alcaraz : Lors d’un voyage scolaire à Rome, je devais avoir 14 ans. Je me souviens avoir emporté plus d’appareils photo jetables que de vêtements.

SPF : Depuis combien de temps pratiquez-vous la photographie de rue ?

Betty Alcaraz : Depuis quelques années maintenant, je dirais à peu près 5 ans, parce qu’avant ça, mon travail de maman me prenait pas mal de temps. J’ai délaissé mon appareil photo durant quelques années pour élever mes deux garçons. Depuis qu’ils ont pris leur envol, j’ai beaucoup plus de temps à consacrer à cette passion dévorante. Je fais des sorties dès que je le peux. L’arrivée des téléphones portables a aussi grandement facilité ma reprise de la photo de rue, avant que je ne reprenne une activité plus « sérieuse » avec mes boîtiers.

SPF : Avez-vous suivi une formation en photographie, ou êtes-vous autodidacte ?

Betty Alcaraz : Je suis autodidacte, mais comme j’ai développé une activité de photographe de mariage, j’ai suivi plusieurs formations en ligne et en présentiel avec des professionnels dans ce domaine, afin de me remettre à niveau.

SPF : Quel matériel utilisez-vous pour la photographie de rue (appareil photo, objectifs, accessoires, etc.) ?

Betty Alcaraz : J’ai actuellement deux Canons, un 90D reflex et j’ai récemment acquis un Canon EOS R7 hybride. Je suis sur des focales fixes depuis peu (50 mm et 85 mm), mais il m’arrive encore de prendre mon 70-200 mm pour être un peu plus invisible et photographier de loin. Les photos n’en sont que plus naturelles, je trouve.

SPF : Avez-vous un équipement préféré pour la photographie de rue, et pourquoi ?

Betty Alcaraz : Dans un futur proche, j’aimerais investir dans un compact afin d’être un peu plus discrète, même si le fait d’être vue ne me dérange pas vraiment. Pour le moment, je continue de découvrir mon Canon R7.

SPF : Comment définiriez-vous votre style en photographie de rue ?

Betty Alcaraz : Je dirais que je suis une « chasseuse » d’images. Je ne reste pas dans un endroit en attendant qu’il se passe quelque chose. Je marche beaucoup, je regarde autour de moi, en l’air… Je fais beaucoup de photos lors de mes sorties. Je préfère effacer certains clichés, plutôt que d’avoir raté LA photo… Elles sont à 90 % en noir et blanc, en street je fais très peu de couleur.

SPF : Y a-t-il des photographes de rue qui vous inspirent ?

Betty Alcaraz : J’aime beaucoup le travail de Diane Arbus, Lewis Hine, Bruce Gilden, mais il y en a tant d’autres…

SPF : Pouvez-vous partager une de vos photos de rue préférées et raconter son histoire ?

Betty Alcaraz : J’ai pris cette photo lors d’une de mes nombreuses sorties au Cimetière Marin de Sète. Mes grands-parents habitaient juste à côté, et ma grand-mère avait pour habitude d’y aller souvent… Je suppose qu’elle devait trouver ce lieu apaisant aussi. C’est sûrement pour cela que je l’affectionne particulièrement et que je le mets souvent à l’honneur sur ma page Facebook. Je le trouve beau, théâtral même, avec la mer en toile de fond. Je n’y croise pas souvent du monde, mais ce jour-là en fin d’après-midi, ces deux personnes étaient là au bon moment pour un contre-jour parfait. Est-elle considérée comme une photo de rue ? Certains diront que non, car elle n’est pas prise dans la rue mais dans une allée de cimetière. Nous n’avons pas tous le même point de vue, et c’est ce qui fait tout le charme de la photographie dans son ensemble. Mais il y en a tellement de photos que l’on aime, qu’il est extrêmement difficile d’en choisir qu’une…

SPF : Quels sont les défis auxquels vous êtes confrontée en pratiquant la photographie de rue ?

Betty Alcaraz : Au tout début de ma pratique, je dirais que j’avais un peu peur que les personnes que je prenais en photo ne soient pas d’accord. C’est pour cela que j’essayais en priorité de les prendre de dos. Avec le temps et l’expérience, je dirais que c’est presque le contraire. Un regard, même furtif, sur un cliché, je trouve ça intéressant et plein de vie.

SPF : Pouvez-vous partager une expérience mémorable que vous avez vécue tout en faisant de la photographie de rue ?

Betty Alcaraz : Sur la place de la Comédie à Montpellier, je vois arriver un vieux monsieur qui ressemblait au Père Noël, ou plutôt au Père Fouettard, vu sa mine renfrognée. J’ai quand même pris le risque de le photographier alors qu’il me regardait directement d’un œil noir. Je suis allée vers lui pour lui montrer la photo, un peu en panique concernant sa réaction, je l’avoue. Et là, d’un coup, je n’avais plus en face de moi un monsieur fermé et grincheux comme il semblait être, mais un vieil homme heureux et ravi du cliché. Nous avons échangé quelques minutes sur ma pratique, et j’ai appris qu’il faisait lui aussi de la photo étant plus jeune. Une belle rencontre éphémère mais qui restera dans mon esprit.

SPF : Comment gérez-vous les questions d’éthique liées à la photographie de rue, en particulier en ce qui concerne la vie privée des sujets ?

Betty Alcaraz : J’ai lu beaucoup de textes à ce sujet. J’ai choisi mon camp et j’estime que tant que la personne que je photographie n’est pas dans une situation dégradante, je peux la publier. Bien sûr, si un jour on me demandait de supprimer une photo, je le ferais immédiatement, mais cela ne m’est encore jamais arrivé.

SPF : Avez-vous déjà eu des situations délicates en photographie de rue et comment les avez-vous gérées ?

Betty Alcaraz : Une fois, lors d’une manifestation, une dame m’a littéralement foncé dessus pour me demander pourquoi je prenais des photos et ce que j’allais en faire. En gardant mon calme, je lui ai juste expliqué que c’était uniquement pour moi, que j’aimais faire des photos de rue, des photos vivantes du quotidien. Sans même une réponse, elle a tourné les talons et est repartie comme elle était arrivée.

SPF : Quels conseils donneriez-vous aux débutants qui souhaitent se lancer dans la photographie de rue ?

Betty Alcaraz : Osez ! Sortez… beaucoup, souvent, le plus possible ! Dès que vous en avez l’occasion, car c’est en pratiquant que l’on trouve son style. Même si vous n’avez pas votre appareil, faites des photos avec votre portable. Cela aiguise l’œil.

SPF : Avez-vous des recommandations pour développer sa créativité en photographie de rue ?

Betty Alcaraz : Regardez partout, bougez, cherchez le bon angle, si cela ne fonctionne pas, faites autre chose. Sortez à des heures différentes pour avoir une lumière changeante. Prenez beaucoup de photos, quitte à en supprimer ensuite, peu importe. Au temps du numérique, on peut se le permettre. J’aime énormément jouer avec des premiers plans flous, mais cela est très personnel. Il faut essayer tout un tas de choses pour trouver ce qui nous plaît le plus.

SPF : Avez-vous des projets ou des objectifs futurs en photographie de rue que vous aimeriez partager ?

Betty Alcaraz : Un voyage au Sénégal en mars 2025 en immersion dans un village reculé de la région du Sine-Saloum. Les photos de rue vont être tellement différentes de ce que je peux voir en France.

SPF : Prévoyez-vous de participer à des expositions ou des publications prochainement ?

Betty Alcaraz : Pour avoir exposé cette année pour les Journées du Patrimoine, je peux dire que ce n’est pas ce que j’affectionne le plus. J’ai trouvé ça long, peut-être parce que le lieu de l’exposition n’était pas des plus appropriés… Mais selon le contexte, pourquoi pas tenter à nouveau l’expérience.

SPF : Comment avez-vous rejoint Street Photography France ?

Betty Alcaraz : J’ai été longue à rejoindre le groupe, mais voyant de plus en plus de belles photos sur Facebook, je me suis lancée cette année. Je ne le regrette pas, car j’ai eu la chance de voir publié deux de mes clichés sur la revue n°9. C’est toujours gratifiant de voir son travail mis en avant. Merci.

SPF : Quels avantages trouvez-vous dans l’appartenance à cette communauté ?

Betty Alcaraz : Je trouve très inspirant de voir le travail d’autres photographes. Bizarrement, je me sens privilégiée et j’ai l’impression de faire « partie de la famille » comme on dit familièrement.

SPF : Avez-vous des projets ou des idées pour renforcer la communauté de Street Photography France ?

Betty Alcaraz : Peut-être organiser des rencontres entre membres de SPF par région ? Pourquoi pas, ce serait génial… un peu comme des amis qui se réunissent une fois par an. En tout cas, si cela existe déjà, je ne suis pas au courant (et il va falloir que je m’informe), et si ce n’est pas le cas, c’est une idée que je pose ici… une petite graine qui pourrait germer.

 

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