Ne plus être un passant
Un Leica M, un Ricoh GR monochrome, une focale fixe et de bonnes chaussures : Frédéric Colombo photographie la rue depuis dix ans, en couleur comme en noir et blanc, et toujours avec quelqu’un dedans. Ce qu’il cherche, c’est le moment où l’on cesse d’être un passant pour devenir photographe — et où l’on entre, dit-il, dans son monde secret.
On pose les questions à Frédéric…
Frédéric Colombo photographie la rue depuis une dizaine d’années. Autodidacte, il s’est intéressé à la photographie dès l’enfance, mais n’en a vraiment pris conscience qu’à la trentaine, avec l’arrivée d’un reflex numérique ; sont venus ensuite les revues, quelques workshops, et surtout les livres de photographie.
Il travaille au Leica M — 50 mm le plus souvent, parfois 35 ou 75 en couleur — et au Ricoh GR monochrome, en 28 mm et au format carré, pour le noir et blanc. Ses images, dit-il, sont construites et demandent un temps de lecture. Humaniste assumé, il trouve vide une image sans présence humaine. De Cartier-Bresson à Fan Ho, de Saul Leiter à Daido Moriyama, ses références mêlent elles aussi la couleur et le noir et blanc. Son défi, celui qu’il nomme lui-même : trouver la cohérence qui fait d’un ensemble d’images une série.
SPF : Comment avez-vous découvert la photographie de rue ?
Frédéric Colombo : Au fur et à mesure de mon expérience photographique, et de l’allègement de mon équipement.
SPF : Depuis combien de temps pratiquez-vous la photographie de rue ?
Frédéric Colombo : Une dizaine d’années.
SPF : Avez-vous suivi une formation en photographie, ou êtes-vous autodidacte ?
Frédéric Colombo : Je suis autodidacte. Je me suis intéressé à la photographie depuis mon enfance, mais je n’en ai vraiment pris conscience que vers mes trente ans, avec l’arrivée d’un reflex numérique. J’ai ensuite beaucoup parcouru les revues, puis j’ai participé à quelques workshops ; en parallèle, je me suis beaucoup intéressé aux livres de photographie.
SPF : Quel matériel utilisez-vous pour la photographie de rue (appareil photo, objectifs, accessoires, etc.) ?
Frédéric Colombo : Un Leica M avec une focale de 50 mm, parfois 35 ou 75 en couleur… et un Ricoh GR monochrome pour le noir et blanc, en 28 mm et au format carré.
SPF : Avez-vous un équipement préféré pour la photographie de rue, et pourquoi ?
Frédéric Colombo : Leica M et Ricoh GR.
SPF : Comment définiriez-vous votre style en photographie de rue ?
Frédéric Colombo : J’ai du mal à me définir. Certains disent que mes photographies sont construites et demandent un temps de lecture, surtout les dernières. J’aime mélanger la couleur et le noir et blanc. Humaniste, j’ai tendance à trouver vide une image sans présence humaine.
SPF : Y a-t-il des photographes de rue qui vous inspirent ?
Frédéric Colombo : Cartier-Bresson, Joel Meyerowitz, Saul Leiter, Fan Ho, Daido Moriyama — ici aussi, un mélange de style couleur et noir et blanc.
SPF : Pouvez-vous partager une de vos photos de rue préférées et raconter son histoire ?
Frédéric Colombo : Je n’ai pas pour habitude de parler aux gens que je photographie dans la rue, mais parfois, l’instant d’une seconde, un lien de bienveillance s’établit avec le modèle. Parfois le contraire…
Ici, je m’étais attardé au Jardin des Plantes de Toulouse, un samedi après-midi. Il y a toujours des animations. Cet orchestre a joué un long moment et les musiciens avaient des profils très différents. J’ai finalement fait de belles photographies.
Je trouvais dommage de ne pas leur en faire profiter : j’ai donc échangé quelques mots avec la seule personne avec qui j’avais établi le contact visuel. J’ai pu ainsi leur envoyer mes images.
SPF : Quels sont les défis auxquels vous êtes confronté en pratiquant la photographie de rue ?
Frédéric Colombo : Mon défi le plus compliqué est de trouver une cohérence entre les images, pour réaliser des séries ou les regrouper par thèmes qui ne soient pas géographiques.
SPF : Pouvez-vous partager une expérience mémorable que vous avez vécue tout en faisant de la photographie de rue ?
Frédéric Colombo : Ce que j’aime beaucoup, c’est le moment où l’on entre dans son rôle de photographe. On n’est plus un passant ou un touriste, mais un photographe. Dans mon cas, il faut un peu de temps en début de séance, et que je sois seul.
On entre ensuite dans cette concentration qui nous fait agir différemment et interagir différemment avec l’entourage ; on est dans un rôle différent. Un peu dans son monde secret, aussi.
SPF : Comment gérez-vous les questions d’éthique liées à la photographie de rue, en particulier en ce qui concerne la vie privée des sujets ?
Frédéric Colombo : J’essaie de me mettre à la place du sujet et de ne pas faire d’images embarrassantes. Je fais tout pour ne pas déranger les ambiances où je photographie, pour ne pas être lourd… J’ai aussi mes techniques pour ne pas montrer que je fais des photographies.
SPF : Avez-vous déjà eu des situations délicates en photographie de rue et comment les avez-vous gérées ?
Frédéric Colombo : Rarement. Une ou deux fois, des gens m’ont interpellé. Je réponds gentiment, j’explique. Parfois je fais quand même la photographie… Un cycliste avec la main devant le visage fait toujours une bonne image.
SPF : Quels conseils donneriez-vous à quelqu’un qui débute en photographie de rue ?
Frédéric Colombo : Un boîtier léger, une focale et de bonnes chaussures.
SPF : Avez-vous des recommandations pour développer sa créativité en photographie de rue ?
Frédéric Colombo : Se libérer de la technique et des réglages créatifs de son boîtier. Se laisser porter par son instinct et par la rue.
SPF : Avez-vous des projets ou des objectifs futurs en photographie de rue que vous aimeriez partager ?
Frédéric Colombo : Mon premier souhait est d’arriver à passer plus de temps dans la rue, peut-être dans des villes moins photographiées.
SPF : Prévoyez-vous de participer à des expositions ou des publications prochainement ?
Frédéric Colombo : J’aimerais bien, mais j’ai beaucoup de mal à construire des séries à exposer.


