Michel Iselin : “La rue est un théâtre permanent”

Dans le tumulte des villes, les passants filent sans s’attarder. Mais pour Michel Iselin, chaque carrefour est une scène, chaque regard un fragment d’histoire. Retraité, il a trouvé dans la photographie de rue un nouvel horizon, un art de l’attente et de la surprise. Inspiré par la peinture autant que par les maîtres de l’image, il observe avec patience et bienveillance la comédie humaine qui se joue à chaque instant.
Membre de la communauté Street Photography France, il partage ses images comme on partage une découverte, convaincu que la rue n’est pas seulement un lieu de passage, mais un théâtre permanent.

On pose les questions à Michel…

Dans cette interview, Michel Iselin partage avec nous son parcours photographique.

SPF : Comment avez-vous découvert la photographie de rue ?
Michel Iselin : En même temps que la photographie, c’est-à-dire il y a peu de temps, lorsque je me suis retrouvé à la retraite. Moment béni, où l’on dispose enfin d’un élément essentiel pour faire de la photographie (outre une bonne paire de chaussures et un appareil photo) : LE TEMPS !

SPF : Avez-vous suivi une formation en photographie, ou êtes-vous autodidacte ?
Michel Iselin : Autodidacte, mais avec l’aide des tutoriels publiés sur internet, et surtout grâce à ma participation à un photoclub. Et puis, j’ai un goût prononcé pour la peinture. Les peintres ont tout à nous apprendre : cadrage, composition, gestion de la lumière, chromie (ils parlent de « palette »)… Avez-vous regardé les magnifiques « tableaux de rue » de Gustave Caillebotte ?

SPF : Quel matériel utilisez-vous pour la photographie de rue (appareil photo, objectifs, accessoires, etc.) ?
Michel Iselin : Un petit bridge Canon, muni d’un zoom équivalent 24-70, discret, léger et silencieux. Mais aussi un hybride plein format Nikon, équipé d’un 40 mm f/2 (génial pour la photo de nuit).

SPF : Avez-vous un équipement préféré pour la photographie de rue, et pourquoi ?
Michel Iselin : Les appareils compacts, discrets, munis d’un écran orientable pour shooter à hauteur de la ceinture ou au ras du sol…

SPF : Comment définiriez-vous votre style en photographie de rue ?
Michel Iselin : Plutôt « pêcheur » : trouver un bon spot (décor, lumière, couleurs…) et attendre qu’il s’y passe quelque chose. Lorsque mon regard est attiré par une perspective, des lumières, des associations de couleurs, une histoire qui se déroule sous mes yeux, je shoote.

SPF : Y a-t-il des photographes de rue qui vous inspirent ?
Michel Iselin : Le plus inspirant pour moi : René Maltête. Pour sa capacité à saisir des moments drôles, cocasses, touchants, mais toujours avec une très grande empathie et un parfait respect des personnes. Et puis, bien sûr, les grands maîtres : Willy Ronis, Robert Doisneau, Henri Cartier-Bresson, Harry Gruyaert…

SPF : Pouvez-vous partager une de vos photos de rue préférées et raconter son histoire ?
Michel Iselin : C’était une de mes premières sorties photo ; rue Richelieu, devant une vitrine de librairie au « désordre » soigneusement mis en scène, un badaud s’arrête et adopte spontanément la même inclinaison que la pile d’ouvrages placée dans la vitrine. Ce fut bref, j’ai shooté (en tout automatique). J’aime cette photo : à ce moment, j’étais comme Monsieur Jourdain, je faisais de la photographie de rue sans le savoir.

SPF : Quels sont les défis auxquels vous êtes confronté en pratiquant la photographie de rue ?
Michel Iselin : J’ai toujours une certaine appréhension à prendre les gens en photo, peut-être à la suite de quelques situations conflictuelles avec des passants (mais sans aucune gravité).

SPF : Comment gérez-vous les questions d’éthique liées à la photographie de rue, en particulier en ce qui concerne la vie privée des sujets ?
Michel Iselin : Je ne photographie jamais de personnes dans des situations dégradantes (certains SDF) ou compromettantes (couples, quartiers « chauds », manifestations…). De façon générale, je veille à ce que les personnes photographiées ne soient pas identifiables, sauf si j’ai eu leur accord. Cela fait beaucoup de photos prises de dos : c’est sûr que c’est moins bien qu’un « eye contact ».

SPF : Avez-vous déjà eu des situations délicates en photographie de rue et comment les avez-vous gérées ?
Michel Iselin : Oui. Je photographiais la jolie place Lino Ventura, dans le 9ème arrondissement de Paris, avec son manège « à l’ancienne », tout illuminé (c’était en fin d’après-midi). Une dame m’a interpellé, me reprochant de photographier les enfants qui s’y trouvaient (alors qu’aucun n’était identifiable car pris en pose longue). Elle a exigé que j’efface mes photos. Je l’ai fait, pour mettre fin à l’altercation. Mais pas grave : je suis revenu le lendemain…

SPF : Quels conseils donneriez-vous aux débutants qui souhaitent se lancer dans la photographie de rue ?
Michel Iselin : Sortez ! Regardez ! Shootez, quand votre regard est interpellé (sans trop vous soucier de technique). Laissez « reposer », puis regardez tranquillement vos fichiers sur un bel écran. Vous trouverez forcément une belle image, même s’il y en a beaucoup de ratées (ou sans intérêt, ce qui n’est pas forcément la même chose).

SPF : Avez-vous des projets ou des objectifs futurs en photographie de rue que vous aimeriez partager ?
Michel Iselin : Continuer de photographier les rues parisiennes : il s’y passe toujours quelque chose ! Privilégier les photos nocturnes : « c’est beau, une ville la nuit ». Et puis… progresser, tout simplement.

SPF : Comment avez-vous rejoint Street Photography France ?
Michel Iselin : Par les réseaux sociaux (Facebook). J’ai trouvé cette initiative formidable : la photo est faite pour être partagée !

SPF : Quels avantages trouvez-vous dans l’appartenance à cette communauté ?
Michel Iselin : J’apprends beaucoup en regardant les images publiées. Et puis, il y a tant de diversité dans l’approche de la rue…

SPF : Avez-vous des projets ou des idées pour renforcer la communauté de Street Photography France ?
Michel Iselin : Développer les sorties photos entre membres, et confronter nos points de vue.

En savoir plus sur Street Photography France

Abonnez-vous pour poursuivre la lecture et avoir accès à l’ensemble des archives.

Poursuivre la lecture