L’Œil Urbain : Léo Urriolabeitia

Découvrez l’univers de Léo Urriolabeitia, un photographe de rue exceptionnel et membre de Street Photography France. À travers cette interview, Léo dévoile sa passion pour l’art de capturer l’instant, ses inspirations et ses techniques. De ses premières expériences photographiques à son approche actuelle, empreinte de géométrie et de noir et blanc intense, entrez dans le monde de Léo, un espace où chaque image est une fenêtre sur la vie urbaine.

On pose les questions à LÉO…

Dans cette interview, Léo Urriolabeitia partage avec nous son parcours photographique.

SPF : Comment avez-vous découvert la photographie de rue ?

Léo Urriolabeitia : J’ai du croiser quelques clichés connus de Cartier-Bresson ou de Doisneau quand j’étais plus jeune, dans des livres ou des expos, ma mère avait l’habitude de nous y emmener quand nous vivions en région parisienne et le Télérama traîne toujours quelque part dans la maison. J’ai la chance d’avoir deux parents très cultivés. Ma mère a un ami photographe pro, Robert Canault, que j’ai connu pendant mes années de collège et que je côtoie toujours. Je me souviens un jour être rentré dans la pièce où sont ses archives, c’était juste ahurissant, l’odeur, les négatifs et planches contact. J’ai tout de suite voulu être photographe après, c’était mon projet au collège. Je pratiquais alors la photo argentique de paysage ou d’objets divers, mais pour un projet d’Art plastiques de 3ème j’ai choisi de m’orienter vers la photo humaniste. On développais nos tirages au club photo de l’école. De très bons souvenirs.

SPF : Depuis combien de temps pratiquez-vous la photographie de rue ?

Léo Urriolabeitia : Je ne peut pas dire que je la pratique depuis le collège car il y a eu de longs moment où j’ai laissé l’appareil de côté pour me concentrer sur la musique, a fond. Au lycée je voulais réaliser des instruments électroniques types synthés et boîtes à rythme. J’ai alors fait un cursus en Ecole d’Ingénieur, en électronique & informatique. Cela n’a pas trop marché, je n’avais pas la rigueur scientifique, et surtout, je suis tombé malade à cette époque et cela à beaucoup teinté ma pratique photographique et aussi les moments où je pouvais effectivement photographier. Donc difficile à dire.

SPF : Avez-vous suivi une formation en photographie, ou êtes-vous autodidacte ?

Léo Urriolabeitia : Entre les deux mon colonel ! Je n’ai pas vraiment appris à faire des photos en classe bien que nous ayons eu une journée d’initiation à la photographie dans le cadre de mon année de licence pro Métiers du Multimédia. Je n’étais pas très réceptif à ce moment là. La musique m’attirait beaucoup plus. J’ai pu refaire de la photo aux Beaux-Arts, quelques années plus tard où j’ai étudié le design sonore. Mais je séchais les cours beaucoup trop pour avoir retenu grand chose ! C’est bien après, il y a environ deux ans, que je me suis replongé dans l’aspect technique de la photo, dont le fameux triangle d’exposition que je ne comprenais pas bien encore.

SPF : Quel matériel utilisez-vous pour la photographie de rue (appareil photo, objectifs, accessoires, etc.) ?

Léo Urriolabeitia : L’appareil qui me suit partout est un bridge Lumix FZ-1000, de seconde main. Acheté sur un coup de tête alors que je cherchais une carte son au même prix. Sinon de vieux appareils numériques des années 2000. Aussi, j’ai toujours quelques argentiques, dont mon vieux Pentax Pino 35mm en plastique du collège. Qu’importe le flacon, pourvu qu’on ait l’ivresse !

SPF : Avez-vous un équipement préféré pour la photographie de rue, et pourquoi ?

Léo Urriolabeitia : Mon Lumix me convient très bien même s’il est un peu massif, il a un très bon zoom.

SPF : Comment définiriez-vous votre style en photographie de rue ?

Léo Urriolabeitia : Je ne pense pas être arrivé au stade ou je peux dire que j’ai mon propre style, mais j’ai des obsessions: la géométrie et la composition, l’agencement des formes, comme abstraction du réel et comment la présence humaine interagit avec ses formes. Dans mon travail, il y a souvent des lignes droites très dramatiques et une sorte de tension sous-jacente. Mon style de noir et blanc est souvent hyper contrasté avec une place importante laissée au noir.

SPF : Y a-t-il des photographes de rue qui vous inspirent ?

Léo Urriolabeitia : J’ai redécouvert Cartier-Bresson il y a quelques années en regardant un documentaire sur sa vie et ce fut… décisif ! Je me suis alors plongé dans l’univers de l’agence Magnum. Le travail de Joel Meyerowitz m’a aussi beaucoup inspiré et j’ai beaucoup aimé le livre « Exils » de Koudelka. J’en découvre tout les jours en livre ou sur internet et c’est ahurissant. Je n’en verrai jamais le bout, comme en musique et ça c’est cool.

SPF : Quels sont les défis auxquels vous êtes confronté en pratiquant la photographie de rue ?

Léo Urriolabeitia : J’ai mis très longtemps à prendre en photo des inconnus dans la rue, le regard soutenu des passants lors des sessions est un vrai défi pour moi. Les possibles conséquences négatives d’une prise photographique aussi. Je suis quelqu’un de très anxieux et timide et j’imagine souvent le pire ! C’est à la fois ce qui me freine et me protège de trop de désagréments.

SPF : Pouvez-vous partager une expérience mémorable que vous avez vécue tout en faisant de la photographie de rue ?

Léo Urriolabeitia : Souvent, lorsque le moment est tellement mémorable, dans sa beauté, j’hésite souvent à le prendre en photo. J’essaie d’en profiter et de le garder pour moi, même si cela peut sembler égoïste. Une étude scientifique, qui m’a beaucoup fasciné, avait d’ailleurs révélé que lorsque l’on photographie une situation, on a tendance à moins s’en rappeler après coup. J’ai peu d’expériences mémorables en photo de rue. C’est souvent les rencontres que je fais lors de sessions qui restent. Susan Sontag disais : « Faire la paix, c’est oublier ».

SPF : Comment gérez-vous les questions d’éthique liées à la photographie de rue, en particulier en ce qui concerne la vie privée des sujets ?

Léo Urriolabeitia : Si je sens qu’une photo est limite à prendre, si j’hésite trop, je ne la prends pas. Il faut pouvoir s’écouter dans ses moments là. Je ne prends jamais les gens sans domicile, ou très pauvres dans la rue, sauf si une réelle connexion humaine s’établit.

SPF : Avez-vous déjà eu des situations délicates en photographie de rue et comment les avez-vous gérées ?

Léo Urriolabeitia : Une fois un gars est venu me voir, j’étais à 50 m de lui dans une arche sous un immeuble, il passe, je me dis : parfait une belle ombre à ajouter au tableau. La photo fut ratée mais le gars est passé me voir ensuite me faire la morale en me disant que « personne n’a le droit de prendre des inconnus en photo dans la rue ». Ensuite, il m’a sorti l’argument du droit à l’image sans le connaître réellement. Dans ces cas là, je dis trop rien, je n’ai pas à me justifier de toute façon. J’ai pas senti le gars trop agressif donc ça a été. Mais j’ai arrêté la session sur le champ après ça !

SPF : Quels conseils donneriez-vous aux débutants qui souhaitent se lancer dans la photographie de rue ?

Léo Urriolabeitia : Très peu de photos restent par rapport aux photos prises. Si j’ai une bonne photo après une session, c’est déjà beaucoup. Il faut souvent se contenter de peu en photo de rue car tout bouge et change constamment et c’est ça qui est super et fait le charme de cette pratique. Et il y a beaucoup de photos ratées. Donc.. prenez des photos, beaucoup, même au smartphone. N’ayez pas peur de vous rapprocher de votre sujet (cela prends du temps pour avoir cette confiance là). Cultivez-vous continuellement en photographie, dans les arts visuels, le cinéma, la littérature, la musique… observez, écoutez, soyez curieux et essayez d’imaginer les potentialités photographiques même sans appareil.

SPF : Avez-vous des recommandations pour développer sa créativité en photographie de rue ?

Léo Urriolabeitia : Une pratique régulière permet de développer sa technique et son regard. Ne pas hésiter à prendre des photos à toutes les heures et par n’importe quel temps, de tester différents cadrages, types d’appareils, de tester la photo macro ou de paysage par exemple. Parfois, utiliser des contraintes, comme ne photographier qu’entre 8h et 9h, peut être libérateur. Emprunter un chemin différent pour se rendre dans des lieux connus permet d’envisager la ville sous un autre angle, moins routinier. Pratiquer une activité méditative peut aider aussi (moi c’est la marche afghane).

SPF : Avez-vous des projets ou des objectifs futurs en photographie de rue que vous aimeriez partager ?

Léo Urriolabeitia : Une photo seule ne démontrant pas grand chose, j’essaie dorénavant de penser en terme de série. La plupart des idées de séries qui me passent par la tête quand je photographie sont nazes, faut se l’avouer. En vrai, la plupart du temps, cela émerge tout seul. Comme j’ai pas mal travaillé sur la répétition, le souffle et les défauts des différents médiums en création de musiques électroniques, j’ai un projet photo qui se rapproche de tout cela, mais je ne veux pas trop détailler. Sinon, j’aimerais bien dans l’avenir diffuser mon travail sous la forme de fanzines qui est un format que j’apprécie beaucoup et qui se rapproche de l’éthique Do It Yourself que j’apprécie aussi dans les musiques indés.

SPF : Prévoyez-vous de participer à des expositions ou des publications prochainement ?

Léo Urriolabeitia : Oui, j’ai deux expositions prévues. La première à Verdun-Sur-Garonne, à partir du 17 novembre dans le cadre du 5ème salon d’automne, où seront exposées deux photographies de ma série UNTRUE. Et l’autre au bar « Le cachuète » à Toulouse, en Février 2024 où seront exposés la plupart des clichés de cette même série.

SPF : Comment avez-vous rejoint Street Photography France ?

Léo Urriolabeitia : J’ai découvert SPF via instagram, sur des comptes que je suis. Leur travail m’ayant bien plu, j’ai été regarder leur site internet, que j’ai trouvé très bien et donc tout cela m’a encouragé à écrire un mail pour me présenter.

SPF : Quels avantages trouvez-vous dans l’appartenance à cette communauté ?

Léo Urriolabeitia : Pouvoir échanger sur une pratique artistique avec des pairs, peu importe la pratique, cela fait grandement avancer les choses. La communauté SPF me permet de le faire et c’est super, cela m’évite aussi de saouler mon entourage !

SPF : Avez-vous des projets ou des idées pour renforcer la communauté de Street Photography France ?

Léo Urriolabeitia : Les événements ou rencontres hors internet peuvent beaucoup aider à renforcer cet aspect communautaire et permettre de tisser des liens entre les personnes du groupe.

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