L’Instant Suspendu. Thierry Gloux
« Tu as pris mon âme mais tu ne sais pas ce qu’elle a vue » : les mots de Mohamed, rencontré à Sidi Bou Saïd, accompagnent Thierry Gloux de rencontre en rencontre. Cette fois, c’est sur un trottoir de Boulogne qu’il croise Chris, danseur sans maître ni scène, qu’il suivra jusque sous un pont parisien, Leica en bandoulière.
Quand j’ai vu Chris danser, j’ai su . Pas de scène, pas de projecteurs : juste un trottoir de Boulogne, un corps qui s’exprimait comme si la terre entière l’écoutait.
Depuis que le monde est monde, Chris a dansé avec lui. Pas de maître, pas de règle : seulement le vent qui lui soufflait des pas, et le bitume de Boulogne pour scène. Il a rassemblé des âmes, fondé un groupe, une association, comme on allume des étoiles une à une dans la nuit. La danse n’était pas un choix, mais une nécessité, un langage que son corps parlait avant même qu’il ne sache le nommer.
Puis vint l’appel de l’ailleurs. Une année aux États-Unis, à boire la danse comme on boit l’eau d’une source intarissable. Il en est revenu en 2023, non plus comme un passionné, mais comme un artisan du mouvement, prêt à sculpter l’espace avec son corps.
Et puis, Paris 2024. Ce soir du 26 juillet, l’île de la Cité est devenue son temple. Sous les yeux éblouis de la Terre entière, il a dansé « Synchronicité », comme si chaque cellule de son être avait attendu ce moment depuis toujours. « C’était plus qu’un spectacle, c’était une communion », murmure-t-il.
Et comme si le hasard n’existait pas, la vie l’a mené vers A$AP Rocky, sous les projecteurs de sa tournée européenne. Mais ce qui l’a vraiment guidé sous ce pont, ce jour-là, c’était cette autre passion : créer. Deux chorégraphies, deux niveaux, une seule heure et demie. Assez pour que des inconnus deviennent, le temps d’un workshop, les interprètes de ses rêves. C’est là, entre deux répétitions, que je suis entré dans son histoire avec mon Leica en bandoulière. Mes photos , j’espère, racontent l’histoire que Chris n’arrive pas à mettre en mots . Quand je regarde mes photos je ne vois pas seulement un danseur. Je vois l’instant où le mouvement devient éternel.

