L’insolite au détour d’une rencontre. Florent Staley
Photographe autodidacte, Florent Staley a découvert la photographie de rue au fil de ses voyages, puis de ses promenades autour de chez lui. Depuis son premier appareil reçu à huit ans, le goût de l’insolite accompagne son regard. Aujourd’hui à la retraite, il se consacre principalement à la rue, à Paris comme ailleurs, avec le désir de sortir des circuits touristiques et d’aller à la rencontre des gens.
Équipé d’un Sony plein format ou d’un discret Ricoh GR IV, il cherche les scènes inattendues et les détails du quotidien. Saul Leiter et Martin Parr comptent parmi ses inspirations. Entre couleur et noir et blanc, il poursuit une pratique nourrie par l’observation, la marche et les échanges avec d’autres photographes.
On pose les questions à Florent…
SPF : Comment avez-vous découvert la photographie de rue ?
Florent Staley : Au fil du temps, essentiellement en voyageant, avec le plaisir de saisir une scène, un métier manuel, une autre façon de vivre, la vie dans la rue. Puis, après le voyage, tout simplement en me promenant autour de chez moi avec un petit appareil photo. J’ai pendant longtemps balancé entre la photo animalière et la photo de rue, l’humain. Aujourd’hui, je me consacre principalement à la photo de rue.
SPF : Depuis combien de temps pratiquez-vous la photographie de rue ?
Florent Staley : J’ai eu mon premier appareil à 8 ans, un Instamatic Kodak, et dès le départ, j’ai été attiré par l’idée de saisir l’insolite chez moi et à l’extérieur. L’insolite pouvait être un escargot ou une personne, à la maison ou dans la rue. Plus tard, j’ai pris l’habitude d’emmener mon appareil avec moi dans mes déplacements professionnels et d’en profiter pour déambuler et faire de la photo : Inde, États-Unis, Europe, Afrique du Sud… Aujourd’hui, à 65 ans et à la retraite, la photo de rue est mon activité principale, à Paris bien sûr, mais aussi en voyage. Sortir des circuits touristiques, aller à la rencontre des gens…
SPF : Avez-vous suivi une formation en photographie, ou êtes-vous autodidacte ?
Florent Staley : Complètement autodidacte, en photographiant bien sûr, mais aussi en lisant des ouvrages de photographie, à la fois techniques et tout simplement des livres de photos. Aujourd’hui, je fais partie d’un club où nous échangeons, et j’espère pouvoir progresser en rencontrant d’autres photographes à SPF.
SPF : Quel matériel utilisez-vous pour la photographie de rue ?
Florent Staley : Un boîtier Sony plein format avec un zoom 24–50 mm f/2,8, un 35 mm f/1,8 ou un 65 mm f/2 : ça dépend de mon humeur du jour et du lieu que je visite. Parfois, je prends un 70–200 mm qui me donnera des cadrages et des perspectives très différents.
J’utilise aussi beaucoup mon Ricoh GR IV, facile à mettre dans la poche et très discret.
On pourrait rajouter l’accessoire principal : une bonne paire de chaussures.
SPF : Avez-vous un équipement préféré pour la photographie de rue, et pourquoi ?
Florent Staley : Soit le Sony Alpha 7CR avec le zoom 24–50 mm. Pas trop gros ni trop lourd, et le nombre de pixels permet des recadrages intéressants. Très souvent, le Ricoh GR IV pour sa discrétion, sa légèreté et sa disponibilité.
SPF : Comment définiriez-vous votre style en photographie de rue ?
Florent Staley : Franchement, je ne sais pas. Ce qui m’attire le plus est l’insolite dans la rue. C’est peut-être aux autres de me dire quel est mon style.
SPF : Y a-t-il des photographes de rue qui vous inspirent ?
Florent Staley : Un de mes préférés est Saul Leiter. J’aime sa façon de superposer les plans et d’isoler le sujet dans des objets environnants. Bien que je me lance maintenant dans le noir et blanc, j’aime la façon dont il joue avec la couleur.
Sinon, Martin Parr : j’aime en lui l’insolite quasi permanent. Aujourd’hui, des photographes comme David Ken, par exemple, ou Pierre T. Lambert, qui est plus jeune, découvert sur les réseaux.
SPF : Pouvez-vous partager une de vos photos de rue préférées et raconter son histoire ?
Florent Staley : Les premières sorties en ville, à Paris, après le premier confinement dû au Covid. Promenade rue Dauphine. J’ai aimé ce monsieur à une terrasse de café et le menu à côté : masque, gel… En plus de la période particulière, le personnage est intéressant. Le passage au noir et blanc permet aussi de dramatiser un peu plus la scène.
J’ai sélectionné cette photo aujourd’hui, mais je suis sûr que demain, je pourrais en sélectionner une autre 🙂
SPF : Quels sont les défis auxquels vous êtes confronté en pratiquant la photographie de rue ?
Florent Staley : Au-delà de se lever tôt ou du courage de filer à Paris en fin de soirée s’il commence à neiger, par exemple, le plus compliqué est l’approche des gens. Reste-t-on discret au loin ? Va-t-on leur parler ? Avant la photo ? Après la photo ? Chacune de ces approches a ses avantages et ses inconvénients. En fonction du lieu, des circonstances, de comment je le sens, du jour… je pratique plutôt l’une ou l’autre.
SPF : Pouvez-vous partager une expérience mémorable que vous avez vécue tout en faisant de la photographie de rue ?
Florent Staley : Lors d’un voyage en Égypte, déambuler dans les souks avec un guide qui sait ce que nous pouvons faire et ne pas faire, et tout simplement échanger avec les personnes dans la rue, dans les cafés. Demander aux passants pour faire des photos, leur montrer à l’écran — ils finissent même par poser :). La photographie devient un moyen de faire des rencontres passionnantes.
SPF : Comment gérez-vous les questions d’éthique liées à la photographie de rue, en particulier en ce qui concerne la vie privée des sujets ?
Florent Staley : Le respect des gens est fondamental. Toujours respecter la dignité des personnes, éviter le voyeurisme. Si je suis amené à prendre une photo dans une sphère plus privée, je demande avant. Je crois que ce sont des choses assez évidentes, en photo ou non.
Le respect de la loi aussi est important, en fonction des pays, pour éviter d’avoir des ennuis.
SPF : Avez-vous déjà eu des situations délicates en photographie de rue et comment les avez-vous gérées ?
Florent Staley : Pas vraiment. Il m’est arrivé que des personnes ne soient pas contentes. Alors, je peux effacer la photo devant elles ou tout simplement leur expliquer et leur montrer la photo. En général, ça finit avec un échange d’e-mails pour envoyer la photo.
SPF : Quels conseils donneriez-vous aux débutants qui souhaitent se lancer dans la photographie de rue ?
Florent Staley : Tout simplement se promener et ne pas hésiter à aborder les gens. Être certes capable de prendre une photo en cadrant bien, de faire les bons réglages, mais aussi être prêt à faire une photo à la volée, donc avec les réglages de l’appareil déjà faits.
SPF : Avez-vous des recommandations pour développer sa créativité en photographie de rue ?
Florent Staley : Oui, toujours apprendre des autres, dans un club ou auprès des grands maîtres. Savoir regarder ses photos avec un œil critique et demander aux autres photographes leur avis. J’ai beaucoup appris de cette façon.
Au cours du temps, le regard change et s’affûte. Même sans mon appareil, je vois aujourd’hui beaucoup plus de choses dans la rue. En fait, souvent, je vois la rue comme une série de photos. Ne pas hésiter à exercer son regard, à tourner, se retourner, regarder en haut, en bas.
SPF : Avez-vous des projets ou des objectifs futurs en photographie de rue que vous aimeriez partager ?
Florent Staley : Oui, aller faire de la photo de rue avec d’autres photographes, échanger pendant et après sur les photos.
Sinon, ma femme et moi voulons faire un grand voyage au Vietnam et au Cambodge, hors des sentiers battus.
Je voudrais aussi faire des stages sur la prise de vue en rue et sur l’édition des photos. Je crois que j’ai encore beaucoup à apprendre.
SPF : Prévoyez-vous de participer à des expositions ou des publications prochainement ?
Florent Staley : Peut-être une expo sur Paris en noir et blanc à l’automne dans un petit restaurant. Plus si l’occasion se présente.

