L’humain dans son cadre de vie. Patrick Valton
Patrick Valton a commencé la photographie il y a une cinquantaine d’années, étudiant, avant de la reprendre sérieusement il y a six ans. Après avoir touché à tout — paysage, architecture, macro — il a trouvé dans la rue le terrain qui lui convenait, pour les contacts qu’il permet avec les gens. Autodidacte, marqué par la formation de David duChemin et par une master class de Jean-Christophe Béchet, il a revendu tout son matériel reflex pour ne garder qu’un Leica Q3 à focale fixe de 28 mm, sans flash ni accessoire. Ce qu’il privilégie : l’humain et sa manière de vivre, la personne dans son cadre de vie, en lumière naturelle, en noir et blanc comme en couleur. Il prépare un projet sur l’artisanat d’art et une exposition à la BFM de Limoges en avril 2027.
On pose les questions à Patrick…
SPF : Comment avez-vous découvert la photographie de rue ?
Patrick Valton : J’ai commencé la photographie il y a une cinquantaine d’années, en tant qu’étudiant. Puis j’ai eu un peu moins de temps à y consacrer. J’ai repris sérieusement il y a 6 ans. Dans un premier temps, j’ai touché un peu à tout — je me suis bien dispersé : paysage, architecture, macro… Cela m’a conduit à tester la photographie de rue, et je me suis rendu compte que c’était un domaine qui me convenait bien, en particulier par les possibilités de contacts avec les gens lors des prises de vues.
SPF : Depuis combien de temps pratiquez-vous la photographie de rue ?
Patrick Valton : Je pratique la photographie de rue depuis 5 ans environ. J’ai commencé sérieusement suite à une master class animée par Jean-Christophe Béchet, en avril 2024.
SPF : Avez-vous suivi une formation en photographie, ou êtes-vous autodidacte ?
Patrick Valton : Je pense pouvoir dire que je suis autodidacte, même si j’ai suivi des formations sur internet et des master class sur le terrain. Deux formations m’ont particulièrement marqué. Tout d’abord la formation de David duChemin, « Révélez votre âme de photographe ». Ensuite la master class de Jean-Christophe Béchet, que j’ai déjà eu l’occasion de citer.
SPF : Quel matériel utilisez-vous pour la photographie de rue (appareil photo, objectifs, accessoires, etc.) ?
Patrick Valton : J’avais, il y a encore 2 ou 3 ans, un reflex Canon et tout un ensemble d’objectifs, principalement des zooms couvrant les focales du 16 mm au 300 mm, ainsi qu’un ensemble d’accessoires, souvent très encombrants : flashs, pieds, filtres… Je me suis rendu compte que, finalement, je ne connaissais pas suffisamment mon matériel, et j’ai décidé de tout revendre pour acheter un compact avec une focale fixe (28 mm) : le Leica Q3, sans aucun autre accessoire — en particulier, pas de flash. Cela me conduit bien sûr à faire des choix dans le type de prises de vues, mais cela me convient tout à fait.
SPF : Avez-vous un équipement préféré pour la photographie de rue, et pourquoi ?
Patrick Valton : J’utilise exclusivement ce Leica Q3. Cela fait 2 ans maintenant, et je commence à bien le connaître. De plus, cela m’oblige à m’approcher des scènes que je souhaite capturer.
SPF : Comment définiriez-vous votre style en photographie de rue ?
Patrick Valton : Dans ma photographie, je privilégie l’humain et sa manière de vivre, en montrant la personne dans son cadre de vie, en interaction avec son environnement : à travers la photographie de rue, bien sûr, mais aussi la photographie urbaine et le portrait en situation. Je travaille uniquement avec un appareil compact à focale fixe, et en lumière naturelle. J’utilise indifféremment le noir et blanc ou la couleur, en fonction des situations.
SPF : Y a-t-il des photographes de rue qui vous inspirent ?
Patrick Valton : Je ne peux pas dire que j’ai une liste bien arrêtée de photographes qui m’inspirent en priorité. J’apprécie quand même les travaux de Sabine Weiss, Brassaï, Willy Ronis, Elliott Erwitt, Raymond Depardon et Fan Ho, pour ceux qui travaillent en noir et blanc ; et, pour ceux qui travaillent la couleur : Saul Leiter, Martin Parr et Joel Meyerowitz. Je suis également les travaux de Jean-Christophe Béchet, dont j’ai eu la chance de suivre une master class. De manière générale, quand une série m’interpelle lors de la visite d’une exposition (comme BarrObjectif), je vais voir sur internet l’ensemble des travaux de la personne. Je fais de même pour les membres de Street Photography France ! Enfin, lorsque je débute un projet, je commence par regarder ce qui a déjà été fait dans le même domaine pour m’en inspirer, ou plus souvent… pour faire quelque chose de différent !
SPF : Pouvez-vous partager une de vos photos de rue préférées et raconter son histoire ?
Patrick Valton : C’est une photo que j’ai prise en septembre 2023, lors de l’exposition BarrObjectif. Ce n’est pas tant la photo par elle-même qui m’a marqué, que la suite qu’elle a entraînée. Je l’ai prise avec mon téléphone portable, puis, après traitement, je l’ai publiée sur Facebook. J’ai eu un certain nombre de likes — pas tant que cela, d’ailleurs ! — dont celui de BarrObjectif. C’était en septembre, et puis j’ai oublié. Entre-temps, les personnes de BarrObjectif ont reconnu la personne figurant sur la photo et lui ont transmis ma publication. Il s’agissait d’un des photographes qui y exposait la même année, Jean-Louis Mercier. Suite à cela, il m’a contacté pour que je lui envoie un fichier lui permettant de faire un tirage papier pour son usage personnel. Venant d’un photographe reconnu, je n’ai pas été peu fier !
SPF : Quels sont les défis auxquels vous êtes confronté en pratiquant la photographie de rue ?
Patrick Valton : Mon principal défi est de « tenir la distance ». Je pense que la photographie de rue demande de la concentration, et je ne suis capable de la maintenir que durant 2 h – 2 h 30 ! Quelquefois, un bon café permet de repartir, mais… ce n’est pas toujours le cas !
SPF : Pouvez-vous partager une expérience mémorable que vous avez vécue tout en faisant de la photographie de rue ?
Patrick Valton : Rien d’extraordinaire, si ce n’est les échanges que je peux avoir avec les personnes que je photographie.
SPF : Comment gérez-vous les questions d’éthique liées à la photographie de rue, en particulier en ce qui concerne la vie privée des sujets ?
Patrick Valton : En règle générale, j’évite de prendre en photo des enfants. Sinon, en prise de vues, je ne m’interdis rien. Je fais le tri ensuite, au moment de l’editing et de la diffusion.
SPF : Avez-vous déjà eu des situations délicates en photographie de rue et comment les avez-vous gérées ?
Patrick Valton : Non : j’ai peut-être eu de la chance jusqu’à présent. Bien sûr, il y a toujours les personnes qui vous interpellent par rapport au droit à l’image, mais une fois que j’explique ma démarche et que je montre les photos prises, cela ne va pas plus loin. J’envisage de faire un petit book papier (en format A5, par exemple), pour montrer le résultat différemment que sur un écran d’appareil photo.
SPF : Quels conseils donneriez-vous aux débutants qui souhaitent se lancer dans la photographie de rue ?
Patrick Valton : Ne pas hésiter à prendre beaucoup de photos. D’abord, il vaut mieux regretter la qualité d’une photo que de regretter de l’avoir laissée échapper. Ensuite, pour une séance au cours de laquelle on prend 200 ou 300 photos — c’est très facile aujourd’hui avec le numérique — si on en retient 4 ou 5, on peut dire que c’est une bonne journée !
SPF : Avez-vous des recommandations pour développer sa créativité en photographie de rue ?
Patrick Valton : Développer sa culture photographique : lire des livres, voir des expositions… et ensuite tester de nouvelles idées.
SPF : Avez-vous des projets ou des objectifs futurs en photographie de rue que vous aimeriez partager ?
Patrick Valton : Je viens de terminer les prises de vues pour un projet sur l’artisanat d’art — plus du portrait en situation que de la photographie de rue : le geste de l’artisan et le travail de la matière. Sur cette base, je vais maintenant préparer un portfolio pour faire une lecture de portfolio. Ensuite, je travaillerai à une exposition prévue pour avril 2027. Sinon, je réfléchis à un prochain projet qui devrait être consacré aux déplacements urbains.
SPF : Prévoyez-vous de participer à des expositions ou des publications prochainement ?
Patrick Valton : Une date a déjà été retenue avec la BFM (Bibliothèque francophone multimédia) de Limoges, en avril 2027, pour une exposition sur le geste de l’artisan et le travail de la matière.


