Les images du départ. Mathias Munch

Installé à Dijon, Mathias Munch explore la photographie de rue comme un terrain d’apprentissage permanent. Autodidacte, il nourrit son regard à travers les livres, les expositions et une pratique régulière, attentif aux lumières changeantes de la ville et aux présences humaines qui traversent ses compositions.

Son univers privilégie les contrastes marqués, le noir et blanc, les silhouettes et les clairs-obscurs. Avec un Nikon hybride plein format, un 40 mm ou un 75 mm, il cherche moins à imposer une lecture qu’à créer des images ouvertes, capables d’évoquer le départ, l’attente, la fatigue ou l’exil.

Bienveillance et respect guident enfin sa pratique. Il refuse les images qui porteraient atteinte à la dignité des personnes photographiées et voit dans chaque sortie une occasion d’apprendre, de rencontrer et d’affiner son regard.

On pose les questions à Mathias…

Dans cette interview, Mathias partage avec nous son parcours photographique.

SPF : Comment avez-vous découvert la photographie de rue ?

Mathias Munch : J’ai toujours été fasciné par les appareils photo. Enfant, je manipulais en secret le matériel argentique Nikon de mon père. Bien plus tard, il y a un peu plus d’un an, j’ai acheté mon premier équipement : un Nikon D3200 d’occasion accompagné d’un 50 mm f/1,8. J’ai commencé par photographier tout ce qui m’entourait. La rue s’est rapidement imposée comme un terrain toujours disponible, libre d’accès et qui ne demande, au fond, qu’une bonne paire de chaussures et de la motivation.

Lyonnais installé à Dijon pour des raisons professionnelles, j’ai découvert dans cette ville et sa région des lumières et des ambiances très variées : une atmosphère chaude et enveloppante au printemps et en été, puis, en automne, des pavés humides qui deviennent de véritables miroirs. J’ai peu à peu souhaité intégrer davantage l’humain à mes compositions. Le déclic est venu d’un livre que ma femme m’a offert sur les photographes de rue de Magnum, où figuraient notamment Henri Cartier-Bresson, Alex Webb et Christopher Anderson.

SPF : Depuis combien de temps pratiquez-vous la photographie de rue ?

Mathias Munch : Je la pratique sérieusement depuis moins d’un an. Je me considère encore comme débutant et j’apprends directement sur le terrain, à chaque sortie. Plus largement, toute pratique artistique me semble être un éternel apprentissage.

SPF : Avez-vous suivi une formation en photographie, ou êtes-vous autodidacte ?

Mathias Munch : Je suis autodidacte. J’apprends grâce aux livres empruntés à la bibliothèque, aux vidéos sur YouTube et aux articles disponibles en ligne. Les connaissances sont aujourd’hui très accessibles, même si leur quantité est immense et que leur qualité peut varier.

SPF : Quel matériel utilisez-vous pour la photographie de rue ?

Mathias Munch : J’utilise un Nikon hybride plein format. J’apprécie particulièrement sa prise en main et ses boutons de fonction programmables situés près de la monture, auxquels j’ai attribué la mémorisation de la mesure et la correction d’exposition. Le plein format me permet aussi d’obtenir une profondeur de champ plus réduite lorsque je le souhaite.

Je travaille avec un 75 mm f/2 pour le portrait, l’isolement du sujet et les compositions simples, et avec un 40 mm f/2 pour le reste. Le 40 mm est léger et discret, deux qualités que le téléobjectif offre moins. Je complète cet ensemble avec un petit sac et un nécessaire de nettoyage.

SPF : Avez-vous un équipement préféré, et pourquoi ?

Mathias Munch : Je n’ai pas de préférence absolue, mais la taille et le poids sont essentiels. Un appareil trop encombrant devient pénible pendant les longues marches et nuit à la discrétion. Mon équipement actuel est déjà plutôt volumineux ; je reste donc attentif à ne pas l’alourdir davantage.

SPF : Comment définiriez-vous votre style en photographie de rue ?

Mathias Munch : Il m’est encore difficile de définir mon style. J’aime les contrastes forts, le noir et blanc et les clairs-obscurs prononcés. Mon père était peintre et dessinateur, et je garde en mémoire ses dessins au graphite, marqués par des contrastes puissants et des ombres généreuses. J’aime également beaucoup les silhouettes. Cette approche me permet de limiter le post-traitement et d’obtenir des résultats qui me plaisent dès la prise de vue.

SPF : Y a-t-il des photographes de rue qui vous inspirent ?

Mathias Munch : Saul Leiter m’inspire par la dimension poétique et onirique de son travail. J’aime notamment son principe d’« ancrage », qui consiste à conserver dans l’image un élément net et tangible auquel le regard peut se raccrocher au sein d’une composition plus abstraite.

Parmi les photographes contemporains, j’apprécie Alan Schaller pour son usage du Leica Monochrom, ses contrastes forts et ses noirs profonds. Ses images possèdent une puissance esthétique qui peut se suffire à elle-même. J’aime aussi le travail du photographe brésilien Gustavo Minas, plus organique, riche en couleurs chaudes, en détails et en reflets, avec parfois des compositions presque baroques.

SPF : Pouvez-vous partager une de vos photos de rue préférées et raconter son histoire ?

Mathias Munch : Cette photographie a été prise sous le pont ferroviaire qui relie la rue de l’Arquebuse au boulevard de Sévigné, à Dijon. J’aime beaucoup cet endroit : la lumière y change sans cesse, le passage est emprunté par les piétons qui rejoignent le centre-ville, et la structure métallique de type Eiffel donne du rythme à la scène.

J’ai aperçu cet homme portant une mallette et je l’ai laissé avancer jusqu’à la sortie du pont, tout en le suivant dans le viseur. J’ai déclenché trois fois. Cette image est devenue l’une de mes préférées parce qu’elle évoque pour moi le départ, le transit ou l’exil. La démarche nonchalante du personnage lui donne une mélancolie particulière. On peut aussi y voir l’allégorie d’un travailleur écrasé par la structure ou simplement la fatigue d’un retour. J’aime qu’elle reste ouverte à plusieurs interprétations.

SPF : Quels sont les défis auxquels vous êtes confronté en pratiquant la photographie de rue ?

Mathias Munch : Mon principal défi est d’aller vers les personnes. J’ai peur de les déranger ou d’interrompre quelque chose, mais je ne veux pas que cette crainte devienne un frein. Lorsque je pense qu’une photographie en vaut réellement la peine, je me lance.

L’autre difficulté concerne la sélection et le tri. J’aimerais parvenir à regrouper mes images en séries plus cohérentes et à conserver moins de fichiers. Ce travail éditorial constitue pour moi un véritable enjeu.

SPF : Avez-vous une anecdote amusante ou mémorable liée à une séance de photographie de rue ?

Mathias Munch : J’ai commencé une série consacrée aux tatouages et aux histoires qui les accompagnent. Ce projet m’a permis de rencontrer des personnes très sympathiques. La plupart réagissent positivement lorsque je prends le temps de leur expliquer ma démarche artistique.

SPF : Comment gérez-vous les questions éthiques liées à la photographie de rue ?

Mathias Munch : La bienveillance est mon maître-mot. Je ne photographie pas les personnes vulnérables et j’écarte toute image susceptible de porter atteinte à la dignité de quelqu’un.

SPF : Comment réagissez-vous face aux personnes qui ne souhaitent pas être photographiées ?

Mathias Munch : Je n’ai pas encore été confronté à une situation véritablement délicate. Si cela arrivait, je respecterais naturellement le refus de la personne.

SPF : Quels conseils donneriez-vous aux débutants en photographie de rue ?

Mathias Munch : Je leur conseillerais de commencer par acquérir les bases techniques et les principes de composition dans les livres, puis de compléter cet apprentissage avec les ressources disponibles en ligne. Il est tout aussi important de regarder beaucoup de photographies. Pour le matériel, un reflex ou un hybride APS-C d’occasion accompagné d’une focale fixe constitue déjà un excellent point de départ.

SPF : Comment préparez-vous une session de photographie de rue ?

Mathias Munch : Je nourris mon inspiration en regardant les grands classiques, en lisant des livres et des revues, et en visitant des expositions. Les réseaux sociaux me permettent aussi de découvrir de nouveaux photographes et de nouvelles techniques. J’essaie de soumettre des images à des concours et, surtout, de les imprimer, même lorsque c’est uniquement pour moi : la photographie doit, à mes yeux, rester aussi un objet physique.

SPF : Quels sont vos projets ou objectifs futurs en photographie de rue ?

Mathias Munch : Je souhaite poursuivre ma série sur les tatouages et leurs histoires. Plus tard, j’aimerais peut-être développer un autre travail consacré aux mains.

SPF : Envisagez-vous de participer à des expositions ou des concours ?

Mathias Munch : Je n’ai pas encore d’exposition ni de publication prévue. Pour l’instant, je préfère continuer à photographier, à construire mes séries et à faire progresser mon travail.

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