Le silence se tient dans la lumière. Nathan Moine

À l’entrée d’un passage d’Édimbourg, une silhouette s’immobilise. Elle regarde vers l’objectif tandis que son ombre prolonge sa présence sur le sol. Autour d’elle, l’obscurité et la lumière semblent construire un décor éphémère. C’est dans ce jeu de profondeur, aperçu sur Royal Mile, que Nathan Moine reconnaît l’une des images les plus importantes de son jeune parcours.

Membre de Street Photography France, ce photographe autodidacte a découvert la rue après une première initiation familiale à la photographie. Depuis, il avance en observant les variations du ciel, la géométrie des lieux et ces figures anonymes qui traversent furtivement son cadre. Dans ses compositions en noir et blanc, les silhouettes deviennent de vastes espaces silencieux : elles témoignent d’une présence sans en révéler l’identité.

La couleur lui offre un autre langage, plus atmosphérique, nourri par les couchers de soleil et les lumières décoratives. Mais, dans les deux registres, une même attention demeure : celle portée aux signes discrets qui transforment soudainement un lieu ordinaire. De l’Écosse à Montpellier, Nathan Moine arpente les rues avec curiosité, conscient que la lumière peut tout modifier en quelques secondes. Son prochain défi sera de rompre davantage la distance, en intégrant le flash à sa pratique et en allant plus directement à la rencontre de celles et ceux qui habitent ses images.

On pose les questions à Nathan

Dans cette interview, Nathan partage avec nous son parcours photographique.

SPF : Comment avez-vous découvert la photographie de rue ?

Nathan Moine : Mon père a toujours eu un appareil photo, j’ai donc naturellement découvert la photographie « généraliste » très jeune et j’ai adoré cela. Lors d’un de mes anniversaires, j’ai eu mon premier appareil photo, un Canon EOS 2000D. Peu de temps après, je suis allé en Écosse pour un road trip dans les Highlands et c’est dans la capitale, Édimbourg, que j’ai réellement découvert la photographie de rue.

SPF : Depuis combien de temps pratiquez-vous la photographie de rue ?

Nathan Moine : Cela fait un peu plus de 4 ans que je pratique la photographie de rue.

SPF : Avez-vous suivi une formation en photographie, ou êtes-vous autodidacte ?

Nathan Moine : Je suis complètement autodidacte mais je me documente et m’inspire énormément sur les réseaux sociaux, que ce soit sur Instagram ou sur YouTube, ou même via les nombreuses publications qui sont accessibles (livres, articles, journaux…) et via les expositions. Beaucoup de créateurs et artistes partagent leurs expériences / visions de la photographie, ce qui permet d’avoir de nouvelles réflexions et d’idées créatives.

SPF : Quel matériel utilisez-vous pour la photographie de rue (appareil photo, objectifs, accessoires, etc.) ?

Nathan Moine : J’ai commencé la photographie de rue avec un Canon EOS 2000D et un objectif 18-55 mm puis je suis passé à un Fujifilm X-M5 et un objectif 16-50 mm. J’ai également complété ce dernier par des accessoires qui me permettent d’être plus agile et complet dans la photographie de rue (repose-pouce et cage SmallRig, bouton de déclenchement plus large, flash Godox, attache sac à dos Peak Design…).

SPF : Avez-vous un équipement préféré pour la photographie de rue, et pourquoi ?

Nathan Moine : Le Fujifilm est vraiment l’appareil qui me permet d’être créatif au quotidien. Avec les recettes personnalisées que nous pouvons enregistrer, cela donne immédiatement la vision que nous voulons pour notre photo. En termes d’accessoires, la cage SmallRig et le repose-pouce permettent une bonne prise en main de l’appareil, ce qui permet de shooter à une seule main.

SPF : Comment définiriez-vous votre style en photographie de rue ?

Nathan Moine : J’aime shooter en noir et blanc car cela permet d’accentuer les ombres et j’aime aussi composer avec les silhouettes, ce qui permet d’intégrer un sujet dans les photos tout en le laissant dans l’anonymat. Ce sujet, grand et noir, apporte également pour moi du « silence » dans la photo. Selon les photos que je publie, je dirais que mon style est donc un témoignage silencieux de la rue. Il n’y a pas beaucoup de sujets, sauf dans des circonstances particulières comme les fêtes foraines par exemple.

J’aime aussi shooter en couleurs car cela permet de ressentir une ambiance comme un coucher de soleil, des lumières décoratives qui réchauffent l’atmosphère, etc.

SPF : Y a-t-il des photographes de rue qui vous inspirent ?

Nathan Moine : En réalité, beaucoup de photographes m’inspirent au travers de leurs publications mais pour en citer quelques-uns, il y a évidemment Henri Cartier-Bresson, Robert Frank, Vivian Maier et plus récemment Casey Herzog, Pape San et Jonathan Bertin.

SPF : Pouvez-vous partager une de vos photos de rue préférées et raconter son histoire ?

Nathan Moine : Une de mes photos de rue préférées est celle que j’ai prise à Édimbourg, avec une silhouette qui me regarde à l’entrée d’un passage sur Royal Mile. J’ai été frappé par la réverbération des ombres et de la lumière, la silhouette étant sur la partie la plus lumineuse du passage avec son ombre qui se reflète. Cette sensation de profondeur m’a sauté aux yeux et j’ai sauté sur l’occasion pour saisir mon appareil photo.

SPF : Quels sont les défis auxquels vous êtes confronté en pratiquant la photographie de rue ?

Nathan Moine : Les défis auxquels je suis confronté sont souvent les mêmes : premièrement la recherche du lieu qui, paradoxalement, change tout le temps selon la luminosité, le temps, les éléments extérieurs, etc. Il faut donc ne pas avoir peur d’arpenter toutes les rues pour trouver le bon lieu. La composition d’une photo peut également passer par son sujet, qui relève également d’un défi pour trouver le bon au bon endroit. Enfin, l’approche des gens lorsque nous shootons de près peut être un défi pour les personnes qui n’osent pas.

SPF : Pouvez-vous partager une expérience mémorable que vous avez vécue tout en faisant de la photographie de rue ?

Nathan Moine : Il y a plusieurs moments géniaux lorsque j’avais l’appareil photo en main. Toujours lors de ce voyage en Écosse, où le temps peut être changeant, il y a eu un moment dans la journée où la luminosité a chuté rapidement avec une légère bruine, ce qui rendait l’atmosphère particulièrement dingue pour un photographe de rue. Même expérience en Angleterre avec des rues très photogéniques. Quand il se passe cela, on a du mal à lâcher l’objectif.

Aussi, lorsque j’étais dans les rues de Montpellier en train de photographier, des jeunes se sont arrêtés en rigolant pour me dire : « Viens, on pose pour toi. » C’est toujours agréable quand les sujets viennent à nous !

J’ai encore beaucoup de choses à vivre, que j’espère mémorables 😉

SPF : Comment gérez-vous les questions d’éthique liées à la photographie de rue, en particulier en ce qui concerne la vie privée des sujets ?

Nathan Moine : Je photographie principalement les sujets de dos, permettant de garantir l’anonymat. Lorsque ce n’est pas le cas, je ne publie jamais une photo qui peut paraître dégradante pour le sujet, que ce soit dans sa posture, son expression faciale, sa tenue, etc.

SPF : Avez-vous déjà rencontré des situations délicates en photographie de rue et comment les avez-vous gérées ?

Nathan Moine : Jusqu’ici, il y a toujours eu de la bienveillance lorsque je photographie dans les rues. Si toutefois une personne ne souhaite pas apparaître sur une photo, je la supprimerai bien évidemment tout en lui expliquant la démarche artistique de la photographie de rue. Cela fera toujours une photo en moins mais une personne en plus sensibilisée à la street photo 😉

SPF : Quels conseils donneriez-vous aux débutants qui souhaitent se lancer dans la photographie de rue ?

Nathan Moine : De prendre n’importe quel appareil photo et de se lancer ! Il n’y a pas besoin d’avoir le dernier boîtier et le dernier objectif en main pour pouvoir prendre des photos. L’important est de pratiquer beaucoup pour s’habituer à son matériel, se tromper beaucoup pour apprendre, et d’être curieux pour toujours découvrir de nouvelles inspirations, de nouvelles visions et de nouvelles techniques.

SPF : Avez-vous des recommandations pour développer sa créativité en photographie de rue ?

Nathan Moine : Être curieux en découvrant le travail de plusieurs artistes, que ce soit des artistes en vogue ou des générations passées. Nous avons la chance d’avoir énormément de supports à notre disposition (réseaux sociaux, articles, livres, etc., mais également expositions) nous permettant d’être toujours en quête d’inspiration.

SPF : Avez-vous des projets ou des objectifs futurs en photographie de rue que vous aimeriez partager ?

Nathan Moine : Photographier toujours plus et partager de plus en plus mon travail. Intégrer également le flash en photographie de rue, qui change radicalement l’approche de la discipline et qui me permettra de sortir de ma zone de confort en allant à la rencontre des sujets.

SPF : Prévoyez-vous de participer à des expositions ou des publications prochainement ?

Nathan Moine : J’aime beaucoup aller à des expositions. S’il y en a de nouvelles, j’irai bien évidemment avec plaisir.

En savoir plus sur Street Photography France

Abonnez-vous pour poursuivre la lecture et avoir accès à l’ensemble des archives.

Poursuivre la lecture