Le réel sans le braquer. Julien Perrin

Le mot « rue » semble presque trop étroit pour contenir les images de Julien Perrin. Nourri par le cinéma vérité, ce membre de SPF photographie moins un territoire qu’une manière d’être au monde : observer chaque jour, laisser surgir l’instant et chercher la beauté sans lui imposer de discours.

Son approche repose sur une tension discrète : rester proche du réel sans envahir celles et ceux qui l’habitent. Il refuse de braquer son appareil sur les visages et préfère préserver une distance où le sujet peut continuer d’exister sans devenir une cible. Entre focales fixes, mouvements, couleurs et contraintes choisies, Julien Perrin poursuit un objectif aussi simple qu’exigeant : mieux maîtriser ses outils pour parvenir, enfin, à les oublier.

On pose les questions à Julien…

Dans cette interview, Julien partage avec nous son parcours photographique.

SPF : Comment avez-vous découvert la photographie de rue ?

Julien Perrin : J’ai découvert la Street Photo par hasard, ne connaissant pas le terme précis. Grand amateur de documentaires, ce regard direct, précis sur la réalité de la vie m’a toujours parlé. Le terme Street Photo est pour moi plus en lien avec le cinéma vérité de Raymond Depardon ou Frederick Wiseman que directement lié à la rue.

SPF : Depuis combien de temps pratiquez-vous la photographie de rue ?

Julien Perrin : Depuis peu de temps. J’ai toujours fait un peu de photos, mais cela fait trois années environ que je travaille de manière plus exigeante et régulière et que je me force tous les jours à observer ce qui se passe autour de moi !

SPF : Avez-vous suivi une formation en photographie, ou êtes-vous autodidacte ?

Julien Perrin : Je n’ai suivi aucune formation en photo, mais j’ai fait une école de cinéma, spécialité Image, il y a vingt ans.

SPF : Quel matériel utilisez-vous pour la photographie de rue ?

Julien Perrin : J’utilise différents appareils : mon iPhone 14 Pro Max, un Fuji X100VI avec la lentille 28 mm, un Leica Q3 43, une Insta360 Ace Pro 2 et un Sony A7R III avec un Tamron 28-75 mm.

SPF : Avez-vous un équipement préféré pour la photographie de rue, et pourquoi ?

Julien Perrin : Oui, clairement le Leica et le Fuji X100VI, plus exigeants en termes de composition de par leurs focales fixes, mais aussi plus spontanés et intuitifs. Avec le Sony, j’ai l’impression que c’est une commande pour un client, j’ai l’impression de travailler et je n’ai aucun plaisir avec ce type d’appareil.

SPF : Comment définiriez-vous votre style en photographie de rue ?

Julien Perrin : Je ne suis personne pour avoir un style, mais disons que j’ai un regard très simple et direct sur les choses, comme en documentaire. J’aime que ce soit instantané, sans préparation. Et je cherche la beauté des choses, même de manière abstraite. Je n’ai pas de messages à faire passer, je laisse cela à La Poste, comme dirait Orson Welles !

SPF : Y a-t-il des photographes de rue qui vous inspirent ?

Julien Perrin : Pas forcément des photographes de rue car, encore une fois, je trouve cela restrictif de catégoriser certains photographes. J’aime énormément Raymond Depardon, Ernst Haas, Saul Leiter, Alexey Titarenko, Olga Karlovac, Julien Mignot, Odieux Boby, Jonathan Bertin et Pete Souza.

SPF : Pouvez-vous partager une de vos photos de rue préférées et raconter son histoire ?

Julien Perrin : Je n’en ai pas une en particulier. J’ai des approches différentes selon les jours, la lumière, mon humeur…

SPF : Quels sont les défis auxquels vous êtes confronté en pratiquant la photographie de rue ?

Julien Perrin : Je suis extrêmement mal à l’aise à l’idée de photographier les gens en leur braquant l’appareil devant le visage. Cette pratique me choque, même si cela donne lieu à de belles photos, mais je ne supporterais pas cette agression, alors il m’est impossible de le faire.

SPF : Comment gérez-vous les questions d’éthique liées à la photographie de rue, en particulier en ce qui concerne la vie privée des sujets ?

Julien Perrin : Cela rejoint la question précédente. J’évite la reconnaissance des sujets, à moins de connaître la personne. Si besoin, j’irai demander l’autorisation de diffusion de la photo si celle-ci est suffisamment qualitative.

SPF : Avez-vous déjà rencontré des situations délicates en photographie de rue et comment les avez-vous gérées ?

Julien Perrin : Cela ne m’est jamais arrivé.

SPF : Quels conseils donneriez-vous aux débutants qui souhaitent se lancer dans la photographie de rue ?

Julien Perrin : Il faut prendre un appareil, celui qu’ils peuvent avoir avec eux. Un téléphone suffit, et pratiquer tous les jours.

SPF : Avez-vous des recommandations pour développer sa créativité en photographie de rue ?

Julien Perrin : Oui, s’imposer des contraintes avant de partir en session. Se concentrer sur une approche visuelle — flou de mouvement ou pas —, sur une couleur, sur un thème, et ne travailler que cette piste durant la session, ne pas se disperser.

SPF : Avez-vous des projets ou des objectifs futurs en photographie de rue que vous aimeriez partager ?

Julien Perrin : Continuer à me perfectionner, mieux maîtriser mes outils pour les oublier.

SPF : Prévoyez-vous de participer à des expositions ou à des publications prochainement ?

Julien Perrin : J’aimerais bien, mais je n’ai pas de pistes pour cela actuellement.

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