Le monde tournait autour de lui. Sébastien TERRIER

Sébastien TERRIER est sorti pour la première fois appareil en main en novembre 2025, un jour de pluie, à Saint-Sulpice. Il y a photographié un vendeur de marrons imperturbable au milieu d’une foule qui tournait autour de lui, et il est resté une demi-heure à regarder ce va-et-vient. Depuis, il cherche le contact, le regard et les expressions, en plans serrés et en toute spontanéité, couleur ou noir et blanc sans parti pris. Il a exposé en septembre « les pendulaires », sa première série.

On pose les questions à Sébastien…

Sébastien TERRIER photographie la rue depuis novembre 2025. Il cherche le contact, le regard et les expressions, en plans serrés et en toute spontanéité, couleur ou noir et blanc sans parti pris. Il a exposé en septembre « les pendulaires », sa première série.

SPF : Comment avez-vous découvert la photographie de rue ?

Sébastien TERRIER : J’ai découvert la photo il y a quelques années avec Elliott Erwitt notamment, et en feuilletant des livres photos. Quelque chose me touchait plus que le reste, sans trop savoir quoi, mais la petite graine était là !

SPF : Depuis combien de temps pratiquez-vous la photographie de rue ?

Sébastien TERRIER : Dans la rue, réellement, c’est une pratique assez jeune, depuis l’hiver 2025. J’ai osé y aller, même si j’avais l’impression que tout les passants se demandaient ce que je faisais. Mais ce sentiment a vite disparu, on se sent vite dans une bulle, mais ouverte sur ce qui nous entoure. Il faut juste oser.

SPF : Avez-vous suivi une formation en photographie, ou êtes-vous autodidacte ?

Sébastien TERRIER : Je trouve que les conseils et les retours sont une super formation ! Sinon, disons que c’est plutôt autodidacte, je teste des trucs : des fois ça marche, des fois moins.

SPF : Quel matériel utilisez-vous pour la photographie de rue (appareil photo, objectifs, accessoires, etc.) ?

Sébastien TERRIER : J’ai commencé avec un Nikon D3100 qu’on m’a prêté. Difficile de faire moins discret, mais je l’adore : il oblige à assumer. Maintenant je sors avec un Fuji XT1 d’occasion (avec un 35mm) qui ne me quitte que rarement. je le trouve ultra pratique et léger. J’utilise aussi souvent mon téléphone.

SPF : Avez-vous un équipement préféré pour la photographie de rue, et pourquoi ?

Sébastien TERRIER : Depuis que j’utilise le XT1, je n’ai pas envie de m’en passer ! J’aime plutôt les boîtiers compacts, simples, avec des réglages très accessibles : on ne perd pas de temps et on ne se prend pas la tête.

SPF : Comment définiriez-vous votre style en photographie de rue ?

Sébastien TERRIER : En préparant ma première vraie expo, donc en essayant de resserrer mon choix pour construire une série cohérente (« les pendulaires », chez Kiff et Marais) je me suis rendu compte que mon « style » se tourne clairement vers quelque chose qui cherche du contact, du regard, des expressions/ambiances qui me touchent et que j’essai du coup de montrer. Donc plutôt des plans serrés, du contact (visuel) autant que possible, quelque chose de très spontané. Couleur ou N&amp ;B, sans parti pris.

SPF : Y a-t-il des photographes de rue qui vous inspirent ?

Sébastien TERRIER : Comme beaucoup, j’aime le travail de Joël Meyerowitz, ces rues en couleurs des années 70. Harry Gruyaert, Saul Leiter, Alex Webb et Bruce Gilden, ou encore Daido Moriyama. Plus récemment, Genaro Bardy ou Alex Dinaut me donnent pas mal d’idées.

SPF : Pouvez-vous partager une de vos photos de rue préférées et raconter son histoire ?

Sébastien TERRIER : Même si je n’arrive pas à préférer vraiment une seule photo, celle ci est importante pour moi. Je l’ai prise lors de ma toute première sortie, en novembre 2025, il pleuvait, il fais franchement pas très chaud, bref, c’était parfait ! Ce vendeur de marrons était vraiment en plein milieu, à St Sulpice à Paris et le monde tournait autour de lui. Je suis resté une bonne 1/2h à observer ces va et vient et lui était imperturbable. J’ai pris 3 photos, mais celle-ci me touche particulièrement. Une sorte de 1er fois. J’ai découvert SPF à ce moment en la postant pour le concours « l’attente ».

SPF : Quels sont les défis auxquels vous êtes confronté en pratiquant la photographie de rue ?

Sébastien TERRIER : Clairement pour moi, aller au plus près. C’est presque thérapeutique ! J’ai besoin d’une bonne 1/2h pour me sentir à l’aise, pour autant, j’aime quand les gens que je photographie s’en rendent compte et qu’on peut en parler, les retours sont quand même quasi toujours avec le sourire.

SPF : Comment gérez-vous les questions d’éthique liées à la photographie de rue, en particulier en ce qui concerne la vie privée des sujets ?

Sébastien TERRIER : Nous sommes tous plus ou moins pris en photo sans le savoir, tout le monde a un téléphone… alors j’évite de prendre des situations dégradantes, comme beaucoup je pense. Mais pour moi la photo reste une pratique artistique, avec un message, du coup je considère que tout le monde est un sujet. Il m’est arrivé plusieurs fois que des personnes ne souhaitent pas que je garde une photo d’eux, dans ce cas je supprime sans état d’âme.

SPF : Avez-vous déjà eu des situations délicates en photographie de rue et comment les avez-vous gérées ?

Sébastien TERRIER : Début d’une manifestation. Clairement je sentais que tout le monde n’avait pas envie qu’on prenne des photos d’eux dans ce contexte. Alors je suis resté en place, visible, j’ai montré certaines photos à des personnes que je venais de prendre et petit à petit j’ai commencé à faire partie du décor je crois. Mais le début était assez chaud, il a fallu y aller doucement et montrer que je n’étais pas là pour desservir, au contraire.

SPF : Quels conseils donneriez-vous aux débutants qui souhaitent se lancer dans la photographie de rue ?

Sébastien TERRIER : Osez ! ! !

SPF : Avez-vous des recommandations pour développer sa créativité en photographie de rue ?

Sébastien TERRIER : Il y a des fois où j’ai l’impression de tourner en rond et de photographier n’importe quoi, n’importe comment : bref que je ferais mieux de ranger l’appareil. Alors je me fixe des petites « obligations » : que tel type de personne, telle couleur, tel endroit. Du coup ces petites contraintes m’obligent à regarder différemment.

SPF : Avez-vous des projets ou des objectifs futurs en photographie de rue que vous aimeriez partager ?

Sébastien TERRIER : J’aimerai monter une sorte de reportage/immersion dans un milieu en tension pour essayer d’en faire ressortir toute la force des gens qui y travaillent, leur résilience et certainement la joie qu’il doivent trouver ou puiser entre eux pour tenir. A publier ou à exposer.

SPF : Prévoyez-vous de participer à des expositions ou des publications prochainement ?

Sébastien TERRIER : Je prépare une sélection pour une prochaine exposition. Pour le moment pas de lieu prédéfini, même si j’adore exposer chez Kiff et Marais. Je prends le temps de préparer ça, disons pour fin d’année.

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