Le graffiti d’abord, puis Paris pour école. Oscar Zuniga
Il est venu à la photographie par le graffiti : d’abord ses propres pièces et celles de ses amis, puis, peu à peu, tout ce qui se passait autour — les passants curieux, les furieux, la lumière, les gestes. Arrivé de Colombie en France en 2023, sans appareil, Oscar Zuniga a commencé à l’iPhone. Paris a été son école. Il photographie aujourd’hui au Canon et à un petit compact qu’il préfère pour sa discrétion, et se refuse encore à fixer son style : il dit être en exploration.
On pose les questions à Oscar…
SPF : Comment avez-vous découvert la photographie de rue ?
Oscar Zuniga : Mes premiers pas dans la photographie de rue sont venus grâce au graffiti. J’ai commencé par photographier mes pièces et celles de mes amis, puis, avec le temps, j’ai appris à observer qu’il se passait autre chose autour de moi : des personnes curieuses, d’autres furieuses, la lumière, les gestes et les petites scènes du quotidien. Lorsque j’ai émigré en France en 2023, cette manière d’observer est devenue plus profonde. Paris a été mon école. Je n’avais pas d’appareil photo, alors j’ai commencé avec un iPhone 11 et, à partir de ce moment-là, la photographie de rue est devenue mon langage artistique.
SPF : Depuis combien de temps pratiquez-vous la photographie de rue ?
Oscar Zuniga : Je pratique la photographie de rue de manière régulière depuis 2023, à Paris, où elle est devenue une partie essentielle de ma pratique artistique.
SPF : Avez-vous suivi une formation en photographie, ou êtes-vous autodidacte ?
Oscar Zuniga : J’ai suivi un cours d’initiation à la photographie en 2013. Depuis, mon apprentissage est principalement autodidacte, à travers la pratique, l’observation et l’expérimentation.
SPF : Quel matériel utilisez-vous pour la photographie de rue (appareil photo, objectifs, accessoires, etc.) ?
Oscar Zuniga : Je travaille principalement avec un Canon Rebel T5i et un Nikon COOLPIX S2500, en utilisant surtout un objectif 50 mm f/1.8 avec le Canon. Selon les situations, j’utilise également un 18–55 mm, et parfois mon iPhone 11, notamment lorsque j’ai besoin d’être plus discret ou de réagir rapidement. Pour moi, le matériel reste secondaire par rapport à l’observation et au moment.
SPF : Avez-vous un équipement préféré pour la photographie de rue, et pourquoi ?
Oscar Zuniga : En ce moment, je suis particulièrement attaché au Nikon COOLPIX S2500. J’aime son format compact, sa discrétion dans la rue et la liberté qu’il me donne pour photographier sans trop attirer l’attention. J’apprécie aussi beaucoup le caractère de l’image qu’il produit, plus brut et immédiat, proche de l’esthétique snapshot.
SPF : Comment définiriez-vous votre style en photographie de rue ?
Oscar Zuniga : En ce moment, je définirais ma photographie de rue comme un mélange entre une esthétique underground, documentaire et snapshot. Je suis également très attiré par le langage cinématographique et l’abstraction. Je ne pense pas encore avoir un style complètement défini ; je préfère considérer que je suis dans un processus d’exploration, en expérimentant différentes façons de regarder et en laissant mon langage se construire à travers cette recherche.
SPF : Y a-t-il des photographes de rue qui vous inspirent ?
Oscar Zuniga : Parmi les photographes contemporains, Phil Penman est l’une de mes références. J’apprécie également beaucoup le travail et la philosophie de photographes comme Sergio Larraín, Vivian Maier, Saul Leiter, Fernell Franco et Robert Frank. Ce qui m’intéresse particulièrement chez eux, c’est leur manière très personnelle d’aborder la rue, que ce soit à travers l’atmosphère, la composition, le quotidien ou une relation plus intime avec l’humanité.
SPF : Pouvez-vous partager une de vos photos de rue préférées et raconter son histoire ?
Oscar Zuniga : C’est l’une de mes photographies préférées parce que c’est la première que j’ai réalisée avec mon Canon. Après l’avoir acheté, j’ai pris la ligne 7 du métro depuis Villejuif. Pendant le trajet, une femme est montée dans le même wagon. Nous étions peu nombreux et j’avais très envie d’essayer mon 50 mm, alors j’ai cherché un cadrage et attendu le bon moment pour la photographier discrètement. À un moment, elle a semblé s’en rendre compte et a soutenu mon regard pendant quelques secondes. C’est à cet instant que j’ai déclenché. Pour moi, cette image garde quelque chose de ces rencontres fugaces qui arrivent dans les transports : une présence brève, un regard, puis chacun poursuit son chemin.
SPF : Quels sont les défis auxquels vous êtes confronté en pratiquant la photographie de rue ?
Oscar Zuniga : L’un de mes principaux défis est de passer inaperçu, surtout lorsque je travaille avec mon appareil principal, le Canon, qui attire davantage l’attention par sa taille. En France, il m’était plus facile de me déplacer et de photographier avec une certaine discrétion. En Colombie, en revanche, le principal défi est la sécurité : je dois être beaucoup plus attentif à mon environnement, au matériel que je transporte et aux endroits où je décide de m’arrêter pour photographier. Cela finit également par influencer ma manière de travailler dans la rue.
SPF : Pouvez-vous partager une expérience mémorable que vous avez vécue tout en faisant de la photographie de rue ?
Oscar Zuniga : Un jour, je suis allé dans un village proche de ma ville et je me suis assis sur la place principale pour observer. Il y avait beaucoup de pigeons et je me souvenais qu’autrefois, on y voyait aussi régulièrement des iguanes. Pendant que je photographiais, une femme très âgée est apparue, portant un chapeau qui a immédiatement attiré mon attention. Elle apportait de la nourriture aux pigeons et en tenait un entre ses mains. J’ai pris quelques photos, puis je suis allé la saluer.
Nous avons commencé à parler et elle m’a raconté que beaucoup de personnes maltraitaient les pigeons et que les iguanes avaient presque disparu parce qu’ils étaient tués. Elle défendait les animaux et les arbres de la région, et cet engagement lui avait causé de nombreux problèmes, voire des menaces. Elle m’a demandé de l’aider, si possible, à rendre sa cause plus visible. Cette rencontre m’a rappelé que la photographie de rue ne consiste pas seulement à observer, mais aussi à écouter les histoires qui se cachent derrière une image.
SPF : Comment gérez-vous les questions d’éthique liées à la photographie de rue, en particulier en ce qui concerne la vie privée des sujets ?
Oscar Zuniga : Pour moi, l’éthique en photographie de rue dépend beaucoup de l’intention avec laquelle on représente une personne. Photographier sans consentement implique déjà une certaine intrusion, c’est pourquoi je pense que la responsabilité du photographe consiste à ne pas profiter de la vulnérabilité du sujet. En Colombie, il existe même le terme « pornomiseria » pour désigner ce type d’exploitation visuelle. J’essaie donc toujours de photographier avec empathie, en cherchant à préserver la dignité des personnes plutôt qu’à les transformer en simple sujet visuel.
SPF : Avez-vous déjà eu des situations délicates en photographie de rue et comment les avez-vous gérées ?
Oscar Zuniga : Jusqu’à présent, je n’ai pas vraiment rencontré de situations inconfortables en photographie de rue. Au contraire, lorsque quelqu’un remarque que je l’ai photographié, il arrive souvent qu’il s’approche avec curiosité pour voir l’image, me demander un portrait ou me demander de lui envoyer la photo. Je me souviens par exemple de la première fois où j’ai photographié sur un terrain de basket à Jemmapes : plusieurs jeunes sont venus me parler, se présenter et me demander de les identifier sur les réseaux sociaux dans les photos prises ce jour-là.
SPF : Quels conseils donneriez-vous aux débutants qui souhaitent se lancer dans la photographie de rue ?
Oscar Zuniga : Même si je me considère encore comme débutant, je conseillerais avant tout, d’après ma propre expérience, de photographier avec empathie et humanité. Il est important d’être authentique, respectueux et d’apprendre à apprécier cette adrénaline qui apparaît lorsqu’on cadre l’espace que nous habitons. Je pense aussi qu’il ne faut pas être obsédé par l’idée de passer inaperçu, car cela produit souvent l’effet inverse. La patience est essentielle, et surtout, il faut le faire par véritable plaisir et curiosité, plutôt que par prétention.
SPF : Avez-vous des recommandations pour développer sa créativité en photographie de rue ?
Oscar Zuniga : Personnellement, j’enrichis beaucoup mon langage photographique à travers la photographie, le cinéma et la littérature, mais surtout par l’observation. J’aime chercher des images dans des lieux ou des situations qui, au premier abord, peuvent sembler peu intéressants. Je pense aussi que le fait d’exercer des métiers éloignés de la photographie nourrit mon regard : cela m’amène à traverser d’autres contextes, à rencontrer d’autres personnes et à me poser des questions qui finissent ensuite par apparaître dans mon travail. Tant que je cherche encore la manière de vivre de la photographie, j’ai le sentiment de continuer à vivre pour elle.
SPF : Avez-vous des projets ou des objectifs futurs en photographie de rue que vous aimeriez partager ?
Oscar Zuniga : Je développe actuellement mon premier projet à long terme, dans lequel je cherche des points de rencontre entre les rues de Paris et de Cali. Malgré leurs différences, ces deux villes partagent, selon mon expérience, certaines atmosphères : une culture underground, certains éléments architecturaux, la vie nocturne, une forme d’insouciance, la survie et une certaine rudesse du quotidien. Plus que comparer deux lieux, j’essaie d’observer comment ces similitudes construisent une même sensation urbaine.
SPF : Prévoyez-vous de participer à des expositions ou des publications prochainement ?
Oscar Zuniga : Depuis un peu plus d’un an, j’essaie de me faire une place dans le monde de la photographie de rue en participant à différents concours et appels à projets. Ce parcours m’a ouvert de nouvelles opportunités, comme cette interview, et me permettra également de participer, le 3 octobre prochain, à l’exposition collective « Visions of Paris », organisée par Monad Agency.


