L’Art de Capturer l’Inattendu : Rencontre avec le Photographe de Rue, Robin David

La photographie de rue est un art qui capture l’éphémère, l’authentique et l’inattendu de la vie urbaine. Dans cette entrevue, nous plongeons dans le monde de la photographie de rue avec Robin David, un talentueux street photographer et membre éminent de Street Photography France. Sans se laisser définir par les mots, Robin partage sa passion pour la photographie de rue, expliquant comment il est devenu un observateur silencieux de la vie quotidienne, un chasseur de moments uniques et colorés dans les rues de France. De ses astuces pour rester discret au bon endroit au bon moment, à ses réflexions sur l’influence de la culture française sur son travail, Robin David nous emmène dans son voyage visuel fascinant et nous donne un aperçu de la magie qui se cache derrière chaque instant capturé dans la rue. Découvrez son monde à travers l’objectif et explorez l’art de voir l’extraordinaire dans l’ordinaire.

On pose les questions à Robin…

Dans cette interview, Robin David partage avec nous son parcours photographique.

 

SPF : Pouvez-vous nous parler de ce qui vous a initialement attiré vers la photographie de rue et comment vous êtes devenu membre de Street Photography France ?

Robin David : Il y a presque quatre ans, j’ai acheté mon premier appareil reflex car je voulais réaliser mes propres films. Afin de maîtriser l’exposition, je me suis d’abord entraîné en prenant des photos, mais chez moi les sujets devenaient vite récurrents alors j’ai décidé, par instinct, de m’exercer dans la ville, qui me semblait être un terrain de jeu illimité en termes d’apprentissage dans ce domaine. Et puis dans la rue, je n’avais pas besoin de préparer ce que j’allais photographier, j’é étais libre de capturer ce que je voulais. Au bout de quelques jours, je ne pouvais plus me passer de ces sorties. Tout ce que je capturais me paraissait pur et dénué de tout artifice : les émotions comme les moments de vie quotidienne. C’était le début d’une histoire avec la photo. Il y a un an, je prends du recul sur mon travail. Cela fait maintenant trois ans que je photographie la rue presque chaque jour, que je continue de chercher la progression et que cette passion m’anime toujours autant. Et j’aimerais vivre de cette passion. Sauf que je suis tellement dans le processus de prendre des photos que j’en oublie de présenter celles que j’ai déjà faites. Dans les mois qui suivaient, j’avais donc décidé de partager le plus possible mon travail, de partager ma vision et ma sensibilité à travers ces photographies. C’est là qu’arrive Street Photography France, car via leur page Instagram, je découvre une équipe qui cherche à aider les photographes de rue en plus de les réunir. J’ai tout de suite adhéré et me voici.

SPF : Votre travail se caractérise par la capture de moments différents dans la rue. Comment définiriez-vous un “moment différent” et qu’est-ce qui vous pousse à le photographier ?

Robin David : Lorsque je suis dans la rue pour photographier, je distingue l’utilité de mon cerveau de celle de mon cœur. J’utilise mon cerveau en ce qui concerne les réglages, la technique de l’appareil. J’utilise mon cœur pour justement définir et me pousser à capturer ce “moment différent”. Sans que je sache vraiment pourquoi c’était ce moment-là et pas un autre. Parfois, ce moment est dû à la situation qui se présente à moi, parfois à l’attitude ou à l’apparence d’une personne, parfois à la vue de couleurs ou de lumières et parfois tout en même temps. Donc, pour définir et me pousser à prendre un de ces “moments différents” en photo, il faut que cet instant me procure une émotion.

SPF : La couleur semble jouer un rôle central dans votre photographie. Comment choisissez-vous les palettes de couleurs et comment parvenez-vous à les intégrer de manière harmonieuse dans vos images ?

Robin David : Je suis avant tout un passionné de cinéma, donc que ce soit en photographie ou en réalisation, il arrive très souvent que mes choix soient inspirés par des ambiances de films. Lorsque c’est le cas, je tente d’inclure mon influence tout en préservant la singularité du moment qui se présente à moi, pour raconter ma propre histoire. Mais je peux tout aussi bien les choisir sur le vif en fonction de ce qu’il y a autour et dans cette situation, je cherche généralement un équilibre qui permettra autant aux couleurs qu’aux émotions de s’exprimer.

SPF : La photographie de rue implique souvent de photographier des personnes dans leur environnement quotidien. Comment établissez-vous une connexion avec vos sujets et obtenez-vous leur consentement pour les photographier ?

Robin David : Il m’arrive d’établir une connexion avec mes sujets mais la plupart du temps ce n’est pas le cas. J’ai toujours préféré photographier sans les prévenir car je trouve que, de cette manière, l’authenticité est préservée. Alors que, même s’il n’y a eu aucun échange verbal mais que mon sujet a remarqué que je le photographiais, il peut agir différemment et le moment que je comptais capturer peut-être altéré. Dans le cas où j’établis une connexion, je le fais toujours avec le sourire (on en reparlera plus tard) et si je sens que la personne est réceptive, je me présente brièvement tout en expliquant pourquoi j’aimerais la prendre en photo. J’essaie au maximum de m’adapter en fonction de la personne ou de la situation pour ne jamais paraître trop intrusif (on l’est toujours un peu). Bien sûr, quelques fois il suffit d’un regard pour que la personne ait compris et me donne ou non son accord. Si on me répond négativement, je n’insiste pas et continue mon chemin tout en me disant que j’aurais dû photographier sans demander mais que c’est trop tard car maintenant je suis repéré.

SPF : Pouvez-vous partager une expérience mémorable où vous avez capturé un moment particulièrement unique ou inattendu dans la rue ? Comment cela s’est-il déroulé et quel en a été le résultat ?

Robin David : L’action se déroule dans le Vieux-Lyon, presque un an après avoir débuté la photographie. Ce jour-là, je sors pour filmer quelques plans d’illustrations pour un projet, mais il y a une averse et je n’ai rien pour protéger mon matériel, alors je m’abrite sous les portes de la cathédrale Saint-Jean. Je n’avais pas prévu de prendre des photos, mais sur le parvis il y a un artiste de rue déguisé comme Jim Carrey dans “The Mask”, donc je suis obligé. Je prends quelques photos mais les interactions s’amenuisent avec la pluie qui ne cesse de tomber. Je m’assieds, appareil en main et regard dirigé vers la foule, sans pour autant chercher un nouveau sujet à photographier. J’attends surtout que la pluie s’arrête pour que je puisse finir de filmer mon plan et ensuite rentrer pour faire le montage. Et tout en contemplant les passants, je remarque une petite fille portant un ciré jaune, qui marche à côté de ses parents et arrive en vitesse à hauteur de l’artiste de rue. Je remarque tout de suite que la couleur de son ciré est la même que celui de l’artiste et je me dis qu’il faut que je me dépêche de prendre une photo, car l’association de couleurs m’aurait suffi à déclencher. Et à ce moment, je vois la petite fille lever la tête en direction de l’artiste et ralentir son pas. Elle ralentit. Puis s’arrête. Je vois ses parents continuer leur chemin. La petite fille, elle, est fascinée par ce qu’elle voit et reste plantée là à le regarder de haut en bas. J’ai le temps de cadrer, de faire le réglage et de prendre deux photos avant que sa mère revienne en lui tendant la main, avant de disparaître dans la foule. Là je l’explique en détail mais entre l’instant où je l’ai aperçue et celui où elle a disparu il y a à peine dix secondes. Je me souviens encore des sensations que j’avais eu. Cette impression que j’étais le seul à la voir, comme si c’était le fruit de mon imagination. L’impression d’être privilégié. Alors voilà, ce n’est pas le moment le plus inattendu qui me soit arrivé, mais je l’ai vécu dans une période où j’avais besoin de ce genre de fragment de vie pour me donner la confiance et la motivation de continuer la photographie de rue. Au final, je suis resté bloqué deux heures sous la cathédrale et il me reste deux photos qui certes, ne sont pas de très bonne qualité, mais qui me rappellent à quel point la photographie de rue peut être magique.

SPF : Votre travail semble capturer une grande variété d’émotions et de scènes. Comment parvenez-vous à rester discret tout en étant au bon endroit au bon moment pour saisir ces moments uniques ?

Robin David : Je marche à pas de loup et j’essaie de me fondre dans l’environnement, par exemple je ne mets jamais de vêtements flashy quand je sors faire de la photo. J’évite aussi de porter mon appareil au cou, sinon je me trouve trop identifiable et il apparaît plus rapidement dans la vision d’une personne. Mais il faut dire que dans un environnement urbain, la vision et l’ouïe sont sans cesse aguichées, ce qui me permet d’approcher en étant quelque peu dissimulé.

SPF : Comment choisissez-vous vos emplacements de prise de vue et quelles sont vos astuces pour repérer des endroits intéressants pour la photographie de rue ?

Robin David : Je les choisis car selon ma vision, ce sont ceux qui mettent mon sujet ou mon thème en valeur. C’est donc pas mal d’intuition, surtout quand je suis dans un endroit que je découvre pour la première fois. A Lyon, là où je vis, il y a certains endroits que je connais très bien et quand je photographie là-bas je peux déjà avoir une idée d’où je vais me placer. Même si les situations sont toujours différentes, je m’adapte plus facilement. En ce qui concerne les endroits intéressants, je pense que pour les trouver il est utile de modifier la façon dont on voit les choses en temps normal car pratiquement chaque lieu peut faire naître un intérêt, ça dépend aussi du placement que l’on prendra dans ce lieu, du sujet, de la lumière… Personnellement, même quand je n’ai pas mon appareil sur moi et que je suis en ville (c’est rare), j’observe toujours ce qu’il y autour de moi, je lève la tête ou regarde le sol, parfois je marche près des murs, des fois je m’accroupis pour baisser ma vision et j’en passe. Dans tous les cas, je garde une constance dans ma manière de déconstruire mes habitudes d’observation.

SPF : Comment gérez-vous les réactions des personnes que vous photographiez, en particulier lorsqu’elles découvrent que vous les avez prises en photo ? Avez-vous des conseils pour minimiser les conflits potentiels ?

Robin David : Tout à l’heure, je disais qu’il était rare que j’établisse une connexion. En revanche, il n’est pas rare qu’un sujet me remarque en train de le prendre en photo. Quand c’est le cas, je tente de rester indifférent, de faire comme si rien ne s’était passé. Et souvent, les gens passent à autre chose. Si le regard est plus appuyé, je dégaine mon plus beau sourire. Parfois honnête et sympathique, parfois niais, tout dépend du regard qui me fixe. Si une personne vient me parler ou réagit (sans excès), j’applique ce que je disais plus haut en lui expliquant pourquoi je l’ai prise en photo et je lui montre si elle le désire. Dans les cas où mon sujet est contrarié voire énervé, je préfère maintenir la situation calme en lui donnant raison jusqu’à ce que je continue mon chemin. Après tout, je comprends qu’une personne puisse ne pas vouloir être prise en photo (quel que soit la situation). Mais je fais quand même en sorte de ne pas supprimer ce que j’ai pris, sauf si on me le demande sérieusement. Donc, pour gérer un potentiel conflit, je pense qu’il faut rester poli et tenter d’être le plus calme possible, ensuite s’adapter à la situation.

SPF : Pouvez-vous nous parler de l’influence de la culture française sur votre travail en photographie de rue ? Y a-t-il des aspects spécifiques de la vie française que vous aimez capturer ?

Robin David : Sauf si je cherche à creuser un thème précis, je fais généralement en sorte que mes photos soient le plus “universelles” possible pour que tout le monde puisse s’identifier. Mais étant donné que je prends la majorité de mes photos en France, sa culture doit être omniprésente, même si parfois ça doit être inconscient, car je suis imprégné. Surtout qu’avec les Françaises et les Français on ne s’ennuie jamais en photographie de rue, que les aspects soient la liberté d’expression, les diversités, les luttes sociales, en passant par les habitudes quotidiennes.

SPF : Envisagez-vous d’explorer d’autres styles ou thèmes dans votre photographie de rue à l’avenir, ou avez-vous des projets spécifiques en tête ?

Robin David : Tout à fait, depuis plusieurs mois, je travaille sur mes séries de photos, dont certaines sont déjà disponibles sur mon site, dans lesquelles je partage des styles (architecture, portrait…) et des thèmes (les oiseaux, le travail, la solitude… ) différents. J’aime essayer de nouvelles choses dans ma manière de créer la photographie de rue, comme me fixer quelques fois des petits défis durant mes sessions (utiliser des reflets, un thème précis, photographier à hauteur du nombril… ).

SPF : Enfin, quel conseil donneriez-vous aux photographes aspirants qui souhaitent capturés des moments uniques et colorés dans la rue ?

Robin David : Le premier qui me vient à l’esprit est de toujours pratiquer, de préférence le plus souvent possible. C’est cette constance qui va permettre d’imprimer une quantité de réflexes et d’automatismes qui faciliteront la lecture de l’environnement présent. Forcément, il arrive que des sessions soient moins fructueuses que d’autres, ce qui peut nous décevoir. Mais c’est justement dans ces cas-là qu’il faut se détacher du résultat et se motiver pour la prochaine session. Si on veut capturer un grand nombre de moments uniques, il faut enchaîner les sorties et être face à ces moments.

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