La rue est venue vers moi. Olivier Barry

Photographe autodidacte, Olivier Barry est venu à la photographie de rue à l’été 2025, après une dizaine d’années passées à la vidéo. Un road trip en Écosse devait le mener vers le paysage et la pose longue ; la météo en a décidé autrement, et c’est Paris, son terrain quotidien, qui s’est imposé. En moins d’un an, il a troqué son X-T5 contre des boîtiers plus compacts — un Leica Q3 43 et deux Ricoh GR, dont un monochrome — et s’est construit un regard en autodidacte, entre les livres, les photographes qu’il admire et la pratique. Il se définit volontiers comme un pêcheur : il aime animer les lieux qui attirent son œil en y capturant de la vie. Aujourd’hui, il oriente son travail vers des séries thématiques, convaincu qu’une histoire bien racontée vaut mieux qu’une image isolée.

On pose les questions à Olivier…

Portrait d’Olivier Barry

Dans cette interview, Olivier revient sur ses débuts en moins d’un an de pratique, son passage du paysage à la rue, son attachement au noir et blanc et aux petits boîtiers, et sa volonté de construire des séries plutôt que des images isolées.

SPF : Comment avez-vous découvert la photographie de rue ?

Olivier Barry : Je ne suis pas allé vers la rue, c’est elle qui est venue vers moi. Mon histoire avec la photographie est courte : j’y suis venu après une dizaine d’années passées à pratiquer la vidéo dans l’univers DJI. Tout a commencé à l’été 2025, lors d’un road trip en Écosse, où je m’étais documenté sur la photographie de paysage et la pose longue. Mais la météo écossaise en a décidé autrement, et ce séjour catastrophique m’a surtout appris une chose : le paysage resterait un à-côté, loin de mon quotidien. Car en dehors des vacances, mon terrain de jeu naturel, c’est la ville — Paris et ses rues. Très vite, mon X-T5 m’a paru encombrant ; je suis passé à des boîtiers plus compacts et plus discrets, mieux taillés pour saisir des moments de vie dans l’espace public.

SPF : Depuis combien de temps pratiquez-vous la photographie de rue ?

Olivier Barry : Moins d’un an. J’ai d’abord prolongé l’expérience du paysage pendant deux mois après l’Écosse, le temps d’une série en pose longue sur les bords de Seine, avant de basculer définitivement vers la rue.

SPF : Avez-vous suivi une formation en photographie, ou êtes-vous autodidacte ?

Olivier Barry : Autodidacte, entièrement. J’ai englouti des heures de YouTube, comme tout le monde, en essayant de cerner le bon matériel — jusqu’à m’épuiser à force d’avis contradictoires et trop techniques. Je me suis alors recentré sur les photographes eux-mêmes : David Ken pour la pédagogie, Phil Penman et Olga Karlovac pour le rêve. Et puis les livres, pour comprendre l’approche des plus grands : Salgado, Saul Leiter, Steve McCurry, Elliott Erwitt, le storytelling de Finn Beales, le guide de David Gibson. Mais au fond, j’ai vite compris qu’aucune vidéo ne remplace la pratique : c’est elle seule qui apprivoise le matériel, éduque l’œil, construit un regard.

SPF : Quel matériel utilisez-vous pour la photographie de rue (appareil photo, objectifs, accessoires, etc.) ?

Olivier Barry : J’ai voulu simplifier au maximum : une focale fixe, pour m’obliger à m’approcher plutôt qu’à compresser. C’est David Ken, avec sa présentation du Leica Q3 43, qui m’a convaincu — un excellent narrateur autant qu’un excellent photographe. Plus inconsciemment, mon vieil attachement aux aventures de Boro, reporter photographe, m’attirait déjà vers la marque allemande. Puis il y a eu le coup de foudre, au salon de la photo de Paris 2025, pour le Ricoh GR IV : format, qualité, tout m’a séduit malgré une visée perfectible — une vraie GTI de la photographie de rue. Mon kit s’est complété d’un classique et d’un monochrome, mes compagnons du quotidien. Pour tout accessoire : mon sac, et une bulle à eau sur la griffe flash.

SPF : Avez-vous un équipement préféré pour la photographie de rue, et pourquoi ?

Olivier Barry : J’adore mon Q3 43 pour la qualité de son objectif — mais il est visible, remarquable, presque trop présent. Alors pour l’heure, ce sont mes Ricoh qui l’emportent, par pure praticité. Le GR IV est d’une polyvalence rare : léger, discret, agile, redoutable en snap focus. Quant au monochrome, il fait plus que confirmer mon penchant pour le noir et blanc : il m’impose une lecture en ombres et en contrastes, et se révèle même performant quand la lumière se fait rare et qu’il faut monter les ISO. Cette contrainte assumée est presque un outil pédagogique : avec lui seul en poche, impossible de tricher en basculant vers la couleur. Un GR et une batterie de rechange dans la poche : voilà mon combo de prédilection, pour cette période de découverte et de construction.

SPF : Comment définiriez-vous votre style en photographie de rue ?

Olivier Barry : Dix mois de recul, c’est peu — trop peu pour être catégorique sur un style qui, je l’espère, se construit encore. Ma photographie est un chantier permanent : je teste, j’explore, et le monochrome me séduit de plus en plus. Le 43 mm du Leica n’est pas un hasard : je suis un pêcheur, j’aime animer les lieux qui attirent mon œil en y capturant de la vie. Pour faire naître un vrai style, j’ai choisi de structurer davantage ma démarche, en travaillant sur des séries qui la canalisent — sans tomber dans la standardisation, ni dans la copie.

SPF : Y a-t-il des photographes de rue qui vous inspirent ?

Olivier Barry : Phil Penman, sur New York et Paris, m’impressionne par sa composition, la précision de son cadrage, sa maîtrise de la lumière, et cet usage presque chirurgical du reflet. À l’opposé, Olga Karlovac, grande ambassadrice Ricoh, prouve avec ses images floues qu’une photo « ratée » peut être un art à part entière. Et puis il y a les contrastes de Salgado et d’Ansel Adams — mais qui ne les aime pas ?

SPF : Pouvez-vous partager une de vos photos de rue préférées et raconter son histoire ?

Olivier Barry : Oui, bien volontiers. Les photos existent pour être partagées et, dans la mesure du possible, pour transmettre une émotion. Je n’ai pas de photographie extraordinaire à montrer ; ma préférence va à celle qui me rappelle ce que j’ai vécu à cet instant précis.

Cette photo en couleur, prise au GR IV, date d’un après-midi dans la vieille ville de Bordeaux. Je sortais d’un rendez-vous de travail compliqué et rejoignais la gare Saint-Jean à pied, le Ricoh à la main — une façon de faire retomber la pression. Je me suis arrêté devant L’Étoile, un café-cantine dont l’auvent à volants et l’enseigne en capitales dorées m’ont tout de suite happé ; la lumière de fin de journée découpait la façade en larges bandes d’ombre et de clarté, et le rideau de la vitrine luisait d’un jaune presque chaud. J’aimais la ville, son ambiance, cette esthétique du lieu ; je savais déjà que mon cadre tenait la route. Je n’ai pas eu à attendre longtemps : un enfant est apparu, cartable sur le dos, sorti de l’école, se dirigeant droit vers L’Étoile. Il a traversé mon cadre et tourné la tête vers moi au bon moment — les couleurs de ses vêtements répondaient à celles de la scène, et la lumière m’offrait une ombre presque trop parfaite sur la façade blanche. Sur le moment, j’étais certain de tenir quelque chose, même si le petit écran du Ricoh ne rendait pas justice à l’image. C’est dans le TGV du retour, en important la photo sur Lightroom, que j’ai vraiment découvert ce qu’elle racontait : au-delà du cadrage et de la lumière, ce petit garçon se dédoublait dans son ombre, laissant apparaître un second personnage, presque sorti d’un conte pour enfants. Cette double lecture, je l’adore — c’est l’un de mes premiers vrais cadeaux de photographe de rue, pêchée dans les ruelles du vieux Bordeaux. Elle résume bien ce que j’aime dans cette pratique : le plaisir de l’instant, et parfois ce plaisir différé qu’offre l’édition, quand l’image continue de se révéler bien après avoir été prise.

Un enfant devant le café L’Étoile, dans le vieux Bordeaux, photographie d’Olivier Barry.

SPF : Quels sont les défis auxquels vous êtes confronté en pratiquant la photographie de rue ?

Olivier Barry : Mon plus grand défi, c’est la distance — apprendre à la rompre, à me rapprocher davantage de mes sujets. Et au-delà de la proximité physique, il y a la communication : savoir, parfois, les associer à ma démarche plutôt que de simplement les capturer. C’est sans doute ma marge de progression la plus importante.

SPF : Pouvez-vous partager une expérience mémorable que vous avez vécue tout en faisant de la photographie de rue ?

Olivier Barry : Un souvenir marquant : j’ai proposé spontanément mes services à un jeune couple, très stylé, en pleine séance de selfies dans la rue — visiblement du genre à soigner leurs réseaux sociaux. L’échange fut chaleureux ; ils ont adoré les clichés, que j’ai ensuite publiés sur Instagram (@obaperture). Ce jour-là, pour la première fois, je me suis senti pleinement photographe — comme si j’avais enfin touché du doigt mon héros de toujours, Boro.

SPF : Comment gérez-vous les questions d’éthique liées à la photographie de rue, en particulier en ce qui concerne la vie privée des sujets ?

Olivier Barry : Mon principe, c’est la « symétrie des attentions » : je ne fais rien qui puisse heurter le respect que j’attends moi-même des autres — un effet miroir, en somme. Pas de postures dégradantes, pas de personnes en difficulté, rien qui puisse se lire comme un manque de respect. Face à un regard désapprobateur, un simple geste suffit : je baisse mon objectif vers le sol, et cela apaise instantanément. Le sourire et l’échange restent mes meilleurs alliés — le plaisir de la rue tient autant à l’image qu’à la rencontre.

SPF : Avez-vous déjà eu des situations délicates en photographie de rue et comment les avez-vous gérées ?

Olivier Barry : Pas encore, en un an de pratique. Mais je n’ignore pas le risque, et le jour où il se présentera, j’adopterai un profil respectueux — quitte à supprimer les images en cause. Expliquer sa démarche, savoir s’excuser quand on a pu offenser quelqu’un : cela me semble non négociable.

SPF : Quels conseils donneriez-vous aux débutants qui souhaitent se lancer dans la photographie de rue ?

Olivier Barry : D’abord, passer du temps sur les portfolios des membres SPF — rien ne vaut de regarder ce que font les autres. Ensuite, les livres, essentiels pour affiner sa sensibilité. Côté matériel, je pousserais vers des petits boîtiers, y compris des Ricoh d’occasion : pas besoin de viser cher pour bien commencer. Et pour accélérer vraiment, une académie de photo et d’édition, ou un club photo — accessible et souvent riche en rencontres.

SPF : Avez-vous des recommandations pour développer sa créativité en photographie de rue ?

Olivier Barry : La créativité n’est pas qu’une question d’opportunisme — attraper le moment rare. C’est un vrai projet, qui réclame de la méthode et se construit dans la durée. Tôt dans la démarche, je crois beaucoup à l’idée de se constituer une banque des cent photographies qu’on préfère, toutes signatures confondues : c’est une façon d’identifier sa propre vibration, et d’apprendre à la reconnaître. On progresse par paliers, et les workshops sont d’excellents accélérateurs — autant pour les conseils reçus que pour le regard des autres, qui aide à prendre du recul. Enfin, renouveler son terrain de jeu stimule la créativité : les voyages thématiques sont parfaits pour ça, à réserver pour les moments où l’inspiration a pris des vacances.

SPF : Avez-vous des projets ou des objectifs futurs en photographie de rue que vous aimeriez partager ?

Olivier Barry : Je veux passer aux séries thématiques : des ensembles cohérents, construits dans la durée, où je pars dans la rue avec des objectifs fixés à l’avance plutôt qu’au hasard. Je crois profondément à la vertu du storytelling — une série bien racontée peut compenser l’absence de photos individuellement exceptionnelles.

SPF : Prévoyez-vous de participer à des expositions ou des publications prochainement ?

Olivier Barry : Pas encore — je n’en suis pas là. Mais voir ne serait-ce qu’une seule de mes photos partagée par SPF serait déjà une vraie satisfaction, en attendant d’avoir des séries à la hauteur.