Membre du SPF
Jean-Pierre Dupuy
SA GALERIE
Quand le hasard commence à parler
SPF : Comment avez-vous découvert la photographie de rue ?
Jean-Pierre Dupuy : J’ai toujours été admiratif de grands photographes comme Robert Doisneau, Raymond Depardon, Sabine Weiss, Robert Capa, Diane Arbus, Édouard Boubat, Brassaï, Henri Cartier-Bresson, Raymond Cauchetier, Stanley Kubrick, Bernard Plossu, Willy Ronis, Saul Leiter et Helen Levitt.
Il y a près de quarante ans, je me suis acheté mon premier Ricoh avec ma première paye. J’ai réalisé énormément de photos, attendant d’avoir suffisamment d’argent pour faire développer les pellicules. Malheureusement, tout a disparu lors d’un cambriolage.
Bien plus tard, je me suis offert un Minolta et je photographiais essentiellement des natures mortes que je composais. J’étais réservé et je n’envisageais pas encore la photographie de rue.
Puis, il y a une vingtaine d’années, une vendeuse m’a proposé un téléphone doté d’un appareil photo. J’ai d’abord trouvé cela ridicule… avant d’accepter. Avec ce petit outil, j’ai commencé à photographier des personnes, notamment dans les cafés. La définition était modeste, mais le rendu me semblait intéressant. C’est là que tout a commencé.
J’ai ensuite investi dans différents boîtiers plus qualitatifs. Aujourd’hui, aller à la rencontre du hasard est devenu une véritable passion — et parfois, j’ai l’impression qu’il me parle.
SPF : Depuis combien de temps pratiquez-vous la photographie de rue ?
Jean-Pierre Dupuy : Je pratique la photographie de rue depuis une quinzaine d’années.
SPF : Avez-vous suivi une formation en photographie, ou êtes-vous autodidacte ?
Jean-Pierre Dupuy : Je suis totalement autodidacte. J’ai eu la chance d’accompagner et d’observer des photographes professionnels. Deux photographes lyonnais m’ont particulièrement encouragé : Andréa Aubert et Henri Granjean.
SPF : Quel matériel utilisez-vous pour la photographie de rue (appareil photo, objectifs, accessoires, etc.) ?
Jean-Pierre Dupuy : Actuellement, je travaille avec un Nikon D850, accompagné d’un 85mm f/1.4, d’un 50mm f/1.4 ou d’un 14-24mm f/2.8.
Ce matériel n’est ni discret ni particulièrement adapté à la photographie de rue, mais mon petit Fuji étant tombé en panne, je n’avais plus que ce boîtier. Finalement, je m’y suis habitué — il suffit simplement de faire un peu de musculation !
Avec le D850, j’ai très peu de déchets. Sa précision et sa réactivité me rassurent, notamment pour la photographie nocturne.
SPF : Avez-vous un équipement préféré pour la photographie de rue, et pourquoi ?
Jean-Pierre Dupuy : Un Fujifilm X100VI ou un Leica Q3 seraient probablement mes choix idéaux pour la rue, pour leur discrétion et leur compacité.
Cependant, je suis parfaitement à l’aise avec mon D850. Je connais ses limites, son comportement en montée ISO, l’ouverture optimale pour conserver une vitesse acceptable. Cette maîtrise me permet d’être libre dans l’instant.
SPF : Comment définiriez-vous votre style en photographie de rue ?
Jean-Pierre Dupuy : Je cherche d’abord à me placer dans un état particulier, différent du quotidien. Un état d’attention accrue.
Je ne crois pas avoir un style proprement défini. Je suis instinctif. J’aime les images poétiques, insolites, touchantes. J’essaie de raconter des histoires — parfois je ne les comprends que plus tard, en regardant l’image plus attentivement.
Le déclenchement se fait sans analyse consciente, comme happé par la scène. J’aime faire dialoguer le vivant et l’inerte. Parfois, tout peut devenir sujet selon l’état d’esprit du moment.
J’apprécie également la macro, jouer avec les détails et les placer au premier plan.
SPF : Y a-t-il des photographes de rue qui vous inspirent ?
Jean-Pierre Dupuy : En plus de ceux déjà cités, je pense à Vivian Maier.
Les réseaux sociaux me permettent aussi de découvrir de nombreux photographes contemporains dont le travail m’impressionne.
SPF : Pouvez-vous partager une de vos photos de rue préférées et raconter son histoire ?
Jean-Pierre Dupuy : L’une de mes images favorites a été prise en août 2025, pendant la canicule. Un jeune couple montait un escalier, face au soleil. Leur démarche semblait ralentie, presque imposée par la chaleur.
Je l’ai intitulée Into the Sun.
Cette image évoque une réalité à laquelle les générations futures seront de plus en plus confrontées.
SPF : Quels sont les défis auxquels vous êtes confronté en pratiquant la photographie de rue ?
Jean-Pierre Dupuy : Le principal défi est de ne pas déranger. Si je sens que ma présence n’est pas souhaitée, je m’éclipse — le plus souvent avec un sourire.
Je veille à ne jamais ridiculiser qui que ce soit. Je ne photographie pas les personnes en situation de grande vulnérabilité sans démarche explicite et consentement. Cela relèverait d’une autre approche, plus documentaire.
En cas de doute, je montre la photo. Si la personne le souhaite, je l’efface.
Parfois, seule la présence suggérée m’intéresse. Les photos de dos peuvent être très fortes.
SPF : Pouvez-vous partager une expérience mémorable que vous avez vécue tout en faisant de la photographie de rue ?
Jean-Pierre Dupuy : Une jeune femme que j’avais photographiée dans un café a découvert son image sur Facebook et m’a écrit un message très touchant pour me remercier.
À l’inverse, une femme s’est un jour précipitée vers moi en pensant que je la photographiais. Je lui ai expliqué calmement que ce n’était pas le cas. Après quelques échanges — et en citant certains grands photographes — la tension est retombée et nous avons fini par discuter agréablement.
SPF : Comment gérez-vous les questions d’éthique liées à la photographie de rue, en particulier en ce qui concerne la vie privée des sujets ?
Jean-Pierre Dupuy : Je me pose toujours cette question : si la personne voyait la photo, comment la percevrait-elle ?
Si je peux imaginer qu’elle en aurait un regard amusé ou bienveillant, l’image est acceptable. En cas de doute, je préfère ne pas exposer.
Le photographe Martin Parr, par exemple, ne déforme pas la réalité : il en est un témoin, parfois amusé, mais jamais malveillant.
SPF : Avez-vous déjà eu des situations délicates en photographie de rue et comment les avez-vous gérées ?
Jean-Pierre Dupuy : Je sens généralement les situations à risque. Si j’ai un doute, je m’abstiens.
Et si une situation devenait inconfortable, je n’hésiterais pas à effacer l’image et à présenter mes excuses.
SPF : Quels conseils donneriez-vous aux débutants qui souhaitent se lancer dans la photographie de rue ?
Jean-Pierre Dupuy : Apprendre à observer.
Regarder l’architecture, la lumière, les reflets, les détails, les liens entre décor et présence humaine. Comprendre sa propre lecture du monde.
Peu à peu, l’analyse laisse place à l’instinct.
Parfois avec un peu de patience la bonne situation se présente d’elle-même, comme convoquée par l’inconscient !
SPF : Avez-vous des recommandations pour développer sa créativité en photographie de rue ?
Jean-Pierre Dupuy : La créativité vient par l’expérimentation.
Je citerais le philosophe Vladimir Jankélévitch :
« L’important n’est pas de le dire mais de le faire. »
SPF : Avez-vous des projets ou des objectifs futurs en photographie de rue que vous aimeriez partager ?
Jean-Pierre Dupuy : Même après toutes ces années, je me sens débutant. Cette position me convient : elle nourrit l’émerveillement.
Je n’ai pas de projet défini, mais certains sujets m’attirent : les bancs publics, les abribus… Peut-être formeront-ils un jour un ensemble cohérent.
SPF : Prévoyez-vous de participer à des expositions ou des publications prochainement ?
Jean-Pierre Dupuy : Je dois dépasser une certaine réserve pour exposer mon travail.
Mais je souhaite prochainement me lancer. Street Photography France a renforcé ma confiance grâce au concours « Crossing, le passage », où l’une de mes photos a été sélectionnée par le jury.
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L’événement de l’artiste n’est pas encore annoncé.
La date de l’exposition du photographe sera publiée sur cette page.




