Jean-Pierre Daunis : Silhouettes Passantes

Dans les interstices de la ville, là où la lumière accroche un mur, où une silhouette s’échappe dans un reflet, Jean-Pierre Daunis observe, compose et capture. Photographe discret, il arpente les rues avec une attention presque picturale, traquant les coïncidences visuelles, les couleurs qui dialoguent, les instants suspendus.

Formé par l’œil, le temps et la curiosité, il se joue des cadres, des textures et des rythmes urbains pour révéler la poésie du quotidien. Dans cette interview, il revient sur son parcours, son regard, ses choix techniques, mais aussi sur la part d’émotion et de hasard qui fonde la photographie de rue.

Rencontre avec un promeneur attentif, à la fois esthète et témoin, pour qui chaque coin de rue devient un théâtre silencieux.


On pose les questions à Jean-Pierre …

Dans cette interview, Jean-Pierre Daunis partage avec nous son parcours photographique.

SPF : Comment avez-vous découvert la photographie de rue ?
Jean-Pierre Daunis : À travers des magazines et des livres photos.

SPF : Depuis combien de temps pratiquez-vous la photographie de rue ?
Jean-Pierre Daunis : Je fais de la photo depuis le début des années 80 mais c’est seulement depuis 2014, soit 10 ans, que je pratique la photo de rue.

SPF : Avez-vous suivi une formation en photographie, ou êtes-vous autodidacte ?
Jean-Pierre Daunis : J’ai commencé adolescent en autodidacte avec l’OM-10 de mon père puis, adulte, j’ai suivi des stages d’initiation (prise de vue, labo) et c’est devenu une passion.

SPF : Avez-vous un équipement préféré pour la photographie de rue, et pourquoi ?
Jean-Pierre Daunis : Chronologiquement le Fuji X-E1 + 18-55 f2,8 puis le X-Pro2 + 23 ou 35 f2, parfaits pour la rue avec d’excellents capteurs et optiques Fuji. Et enfin le Leica M240 + 50 f2 ou 90 f2,8, mon préféré pour son viseur télémétrique, ses excellentes optiques Leica et son capteur 24×36. J’ai racheté un Fuji X-E1 avec une bague pour y monter mes objectifs Leica M.

SPF : Comment définiriez-vous votre style en photographie de rue ?
Jean-Pierre Daunis : J’ai une approche purement esthétique nourrie de références picturales. J’aime jouer avec les couleurs et les éléments urbains (superposition ou juxtaposition) pour créer une autre lecture, parfois entre le réel et l‘abstrait, mais toujours sans trucage ni artifice.

SPF : Y a-t-il des photographes de rue qui vous inspirent ?
Jean-Pierre Daunis : Oui, en premier Saul Leiter, mais aussi Ernst Haas, Harry Gruyaert, Joel Meyerowitz, Fred Herzog, Alex Webb, Gustavo Minas, Marc Riboud, Henri Cartier-Bresson, Salgado, entre autres.

SPF : Pouvez-vous partager une de vos photos de rue préférées et raconter son histoire ?
Jean-Pierre Daunis : Je faisais des photos dans Toulouse avec le Leica M240 et le 50 f2. Devant un restaurant asiatique, j’ai été attiré par les couleurs vives de la devanture et les illuminations intérieures (guirlandes, bougies). Derrière la vitre embuée, une dame mangeait avec des baguettes dans ce décor festif. J’ai fait la map manuelle sur elle, ouverture max f2, mesure spot, et j’ai cadré en composant avec la lumière, les couleurs et tous les éléments. Je ne voyais pas le rendu final (visée télémétrique) mais tout semblait ok alors j’ai déclenché. J’ai vérifié sur l’écran que la photo soit bien exposée.
Quand je l’ai regardée sur mon PC, je l’ai trouvée très forte, magique, avec un bel effet pictural grâce au superbe bokeh des rayons lumineux.
Pour moi, le plus captivant avec le Leica M, c’est la découverte des images sur mon PC et l’émotion imprévisible que certaines peuvent me procurer…

SPF : Quels sont les défis auxquels vous êtes confronté en pratiquant la photographie de rue ?
Jean-Pierre Daunis : Mon défi a été la maîtrise de la visée du Leica M240. J’ai dû apprendre à composer avec la visée optique sans visualiser ce que sera l’image finale, et aussi à faire la map manuelle via le télémètre. Mais malgré ces difficultés, la prise de vue est très plaisante, le cadrage rapide et efficace. Après y avoir goûté, j’aurais du mal à revenir à la visée numérique.

SPF : Pouvez-vous partager une expérience mémorable que vous avez vécue tout en faisant de la photographie de rue ?
Jean-Pierre Daunis : En octobre 2017, dans une rue de Toulouse, j’ai rencontré le très célèbre rugbyman Antoine Dupont qui s’apprêtait à monter sur son scooter. Il venait d’être recruté par le Stade Toulousain. Je lui ai fait part du plaisir que nous avions de l’avoir à Toulouse, et avec son accord je l’ai photographié puis l’ai remercié. Il n’était pas encore aussi célèbre !

SPF : Comment gérez-vous les questions d’éthique liées à la photographie de rue, en particulier en ce qui concerne la vie privée des sujets ?
Jean-Pierre Daunis : Bien que je sois vigilant pour que les personnes ne soient pas identifiables, je suis parfois pris à partie dans la rue à ce sujet. En cas de litige, on consulte ensemble la photo et je la supprime si nécessaire. Je ne publie une photo que si les personnes ne sont pas reconnaissables ou si elles m’ont autorisé à le faire.

SPF : Avez-vous déjà eu des situations délicates en photographie de rue et comment les avez-vous gérées ?
Jean-Pierre Daunis : Oui, plusieurs fois face à des personnes qui revendiquent le droit à l’image, mais ça a toujours été résolu par la suppression de la photo et le dialogue.

SPF : Quels conseils donneriez-vous aux débutants qui souhaitent se lancer dans la photographie de rue ?
Jean-Pierre Daunis : Se documenter, trouver un matériel léger et pratiquer sans complexe.

SPF : Avez-vous des recommandations pour développer sa créativité en photographie de rue ?
Jean-Pierre Daunis : Oser des cadrages avec des premiers plans et une faible profondeur de champ. Une petite astuce avec un appareil sans autofocus pour ne se concentrer que sur la prise de vue et le cadrage rapide, en voyage par exemple, c’est de travailler en hyperfocale.

SPF : Avez-vous des projets ou des objectifs futurs en photographie de rue que vous aimeriez partager ?
Jean-Pierre Daunis : Un portfolio sur le thème Décors Humains… (Des corps humains).

SPF : Prévoyez-vous de participer à des expositions ou des publications prochainement ?
Jean-Pierre Daunis : Je prépare une expo (Décors Humains…) pour le mois d’avril 2025. D’autre part, j’envoie de temps en temps une série de photos à L’Œil de la photographie pour une éventuelle parution le week-end dans les portfolios des lecteurs. J’ai d’ailleurs été publié à huit reprises et j’en suis très fier.

SPF : Comment avez-vous rejoint Street Photography France ?
Jean-Pierre Daunis : J’ai découvert son existence sur le web et je m’y suis abonné car le concept m’a plu.

SPF : Quels avantages trouvez-vous dans l’appartenance à cette communauté ?
Jean-Pierre Daunis : Le plaisir de faire connaître mes photos, d’être dans une communauté de photographes, de découvrir leur travail dans ce domaine et peut-être d’échanger avec eux.

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