Jean-Pierre Baud : « Le Temps d’un Regard »

Il est des regards qui ne cherchent pas à dominer la rue, mais à l’écouter. Jean-Pierre Baud fait partie de ces photographes qui, loin du tumulte, arpentent les villes avec discrétion, patience et curiosité. Autodidacte passionné, il capture depuis près d’une décennie les fragments de vie qui composent la trame urbaine.

Installé à Nantes depuis plus de trente ans, il y explore la lumière, les corps en mouvement, l’architecture et les scènes ordinaires devenues extraordinaires par la magie de l’instant. Entre flous volontaires et compositions rigoureuses, son regard interroge la relation entre l’homme et son environnement.

Dans cette interview, il partage avec nous son parcours, ses inspirations, ses doutes et ses émerveillements. Une plongée sensible dans l’univers d’un photographe de rue qui, loin des effets de mode, privilégie la sincérité du geste et la justesse de l’émotion.

On pose les questions à Jean-Pierre …

Dans cette interview, Jean-Pierre Baud partage avec nous son parcours photographique.

SPF : Comment avez-vous découvert la photographie de rue ?
Jean-Pierre Baud : Depuis mon adolescence, notamment en lisant l’encyclopédie « LIFE LA PHOTOGRAPHIE » des éditions TIME LIFE.

SPF : Depuis combien de temps pratiquez-vous la photographie de rue ?
Jean-Pierre Baud : Assidument depuis mars 2015, date de début de ma retraite professionnelle.

SPF : Avez-vous suivi une formation en photographie, ou êtes-vous autodidacte ?
Jean-Pierre Baud : Aucune formation spécifique à la photographie. Je suis autodidacte.

SPF : Quel matériel utilisez-vous pour la photographie de rue (appareil photo, objectifs, accessoires, etc.) ?
Jean-Pierre Baud : Un reflex Canon 90D de type APS-C, des objectifs SIGMA (17-70mm et 10-20mm) et un téléobjectif Canon (70-300mm). Récemment un RICOH GRIII HDF 28mm.

SPF : Avez-vous un équipement préféré pour la photographie de rue, et pourquoi ?
Jean-Pierre Baud : J’utilise essentiellement mon Canon (90D) avec le SIGMA 17-70mm. C’est un combo qui me convient parfaitement car je l’ai parfaitement en main et il est devenu le prolongement de mon œil mais aussi de mon corps car je photographie beaucoup au jugé en marchant et calé sur une vitesse rapide ou très lente à 17mm. Les autres focales jusqu’à 70mm me permettent de ne pas passer à côté de scènes un peu plus lointaines ou de composition.

SPF : Comment définiriez-vous votre style en photographie de rue ?
Jean-Pierre Baud : Je suis très intéressé par l’homme dans son environnement urbain et j’aime faire dialoguer les personnes avec l’architecture des lieux ou/et les panneaux publicitaires. J’aime les rassemblements de personnes dans les concerts, les carnavals, les gares, aéroports… J’essaie de varier mes techniques photographiques : portraits, en plongée, en contre-plongée, flou de vitesse lente (ICM)…

SPF : Y a-t-il des photographes de rue qui vous inspirent ?
Jean-Pierre Baud : Je me documente énormément sur internet, dans les bibliothèques et les librairies, sur les productions des photographes de rue qu’ils soient professionnels ou amateurs. Je citerais cependant deux photographes : Alex Webb et Trent Parke que j’apprécie énormément du fait de leurs approches créatives et leur originalité.

SPF : Pouvez-vous partager une de vos photos de rue préférées et raconter son histoire ?
Jean-Pierre Baud : C’est une photo qui m’a demandé pas mal de temps dans sa conception. En me promenant à Nantes, ma cité d’adoption depuis une petite trentaine d’années, sur les bords de la Loire dans le centre-ville, je m’étais aperçu qu’à une saison et une heure particulière un immeuble vitré récent réfléchissait le soleil couchant au-dessus d’un pont. J’ai donc décidé l’année d’après de réaliser des images à cette période de l’année en insérant une silhouette en contre-jour d’un passant sur ce rectangle lumineux créant ainsi une scène surréaliste et graphique traitée en N&B. Après plusieurs tentatives, j’en ai choisi une qui me plaisait particulièrement, illustrant pour moi cette ville verte tournée vers la modernité.

SPF : Quels sont les défis auxquels vous êtes confronté en pratiquant la photographie de rue ?
Jean-Pierre Baud : Je suis d’un naturel plutôt solitaire et timide et j’ai toujours aimé depuis mon enfance, à l’écart, regarder les personnes vivre et se mouvoir dans leur environnement. Le principal défi pour moi a été de capter le mieux possible le naturel des personnes et des situations qui me touchaient. Je me suis ainsi aperçu que j’étais attiré principalement par des personnes âgées ou/et originales. J’essaie également de contourner les écueils techniques de la photographie numérique, notamment la difficulté de restituer une image digne d’intérêt dans une ambiance pauvre en lumière. La vitesse lente de prise de vue, communément dénommée ICM, m’a permis de réaliser des clichés intéressants tout en anonymisant les personnes capturées. Enfin, la technique de prise de vue rapide et instinctive, au grand angle, m’a autorisé, après un long apprentissage, à capturer des moments représentatifs et originaux de la vie urbaine.

SPF : Pouvez-vous partager une expérience mémorable que vous avez vécue tout en faisant de la photographie de rue ?
Jean-Pierre Baud : Il m’arrive rarement mais c’est toujours un bonheur et un plaisir de transmission, d’être questionné positivement dans la rue par une personne intéressée par ma pratique de la photographie. En général, ce sont des gens qui n’ont pas d’a priori et sont curieux de mieux comprendre cet intérêt pour la photographie de rue. Elles ont de nombreuses questions, parfois déroutantes, mais un véritable dialogue s’instaure alors au bénéfice des deux parties.

SPF : Comment gérez-vous les questions d’éthique liées à la photographie de rue, en particulier en ce qui concerne la vie privée des sujets ?
Jean-Pierre Baud : Je ne me limite pas en général lors de la prise de vue que je pratique souvent très rapidement et discrètement. Je me censure cependant dans la diffusion des images qui peuvent être gênantes ou dégradantes pour la ou les personnes photographiées. Cela reste très personnel et je tiens à être en accord avec moi-même.

SPF : Avez-vous déjà eu des situations délicates en photographie de rue et comment les avez-vous gérées ?
Jean-Pierre Baud : Cela m’est arrivé très rarement ; dans ce cas, j’explique ma démarche et je montre les images réalisées. Si la demande est faite, j’efface les images enregistrées.

SPF : Quels conseils donneriez-vous aux débutants qui souhaitent se lancer dans la photographie de rue ?
Jean-Pierre Baud : En premier lieu, choisir un endroit ou des endroits où les gens sont rassemblés (manifestations, carnavals, gares, etc.) afin d’avoir beaucoup de sollicitations visuelles et de profiter de la masse de gens pour passer plus inaperçu.
Tester de nombreuses approches photographiques et réglages afin d’avoir de la matière pour choisir sa voie. Apprendre en numérique à dominer un logiciel de stockage et de traitement des images de type Lightroom dans le but de renforcer l’analyse et le rendu de ses images.
Enfin, être persévérant et patient, car la photo de rue est faite de beaucoup d’essais-erreurs mais doit devenir pour le photographe une nécessité et un plaisir à chaque fois renouvelés.

SPF : Avez-vous des recommandations pour développer sa créativité en photographie de rue ?
Jean-Pierre Baud : Au risque de me répéter, le maître mot pour développer sa créativité est de PRATIQUER, puis d’analyser sa production et de la confronter à d’autres auteurs sur les réseaux sociaux. Il me semble également nécessaire de puiser son inspiration chez les artistes reconnus et amateurs avertis dans les domaines de la photographie, peinture, sculpture, architecture.

SPF : Avez-vous des projets ou des objectifs futurs en photographie de rue que vous aimeriez partager ?
Jean-Pierre Baud : Je cherche en permanence des idées de « série » pour faire avancer ma pratique photographique. Au début, je me laissais porter par mes images et mes déclenchements intuitifs où je découvrais, après un travail assidu de traitement et d’éditing, de la cohérence dans un regroupement de certaines d’entre elles en une ou plusieurs thématiques qui pouvaient être présentées à des concours photos ou faire l’objet d’expositions. J’essaie également, et principalement dans ma ville, de tenter des pratiques photographiques originales (contre-jours à forts contrastes, zoom durant le déclenchement, flous de différentes natures…) sur les personnes croisées et les scènes de rue. L’objectif étant d’apporter une écriture photographique différente au service d’un sujet qui m’est personnel.

SPF : Prévoyez-vous de participer à des expositions ou des publications prochainement ?
Jean-Pierre Baud : Je réponds régulièrement à des appels d’offres en matière de concours nationaux et internationaux et j’expose parfois localement lorsque j’en ai l’opportunité. Cela m’oblige à finaliser mon travail.

SPF : Comment avez-vous rejoint Street Photography France ?
Jean-Pierre Baud : Par l’intermédiaire d’Instagram, où je suis actif, et en ayant eu auparavant connaissance du travail photographique de certains membres de SPF.

SPF : Quels avantages trouvez-vous dans l’appartenance à cette communauté ?
Jean-Pierre Baud : Tout d’abord, je trouve, lorsqu’on est passionné de photographie de rue, important et indispensable de soutenir cette action nationale de diffusion et de présentation des travaux français sur ce thème.
De plus, je cherche à agrandir mon cercle de connaissances en la matière et à mieux connaître les photographes de rue qui se passionnent pour notre si beau pays.

SPF : Avez-vous des projets ou des idées pour renforcer la communauté de Street Photography France ?
Jean-Pierre Baud : Je débute juste dans votre communauté et je me laisse donc le temps de la réflexion et de la pratique de SPF de l’intérieur avant de proposer des idées.

En savoir plus sur Street Photography France

Abonnez-vous pour poursuivre la lecture et avoir accès à l’ensemble des archives.

Poursuivre la lecture