Jean-Marc Giner : L’humain au cœur de l’objectif
On pose les questions à Jean-Marc Giner…
Dans cette interview, Jean-Marc Giner partage avec nous son parcours photographique.
SPF : Pouvez-vous nous parler de ce qui influence votre sensibilité photographique ?
Jean-Marc Giner : Ma sensibilité photographique s’explique par mes origines méditerranéennes très marquées par la lumière et ses contrastes. C’est dans le noir et blanc que j’appréhende et transforme le réel.
SPF : Y a-t-il une dimension particulière dans vos photographies ?
Jean-Marc Giner : Mes photographies comprennent aussi une dimension humaniste et je suis attaché à retranscrire la dimension sociale que je perçois.
SPF : Quels types de sujets vous inspirent le plus ?
Jean-Marc Giner : Je m’attache surtout au quotidien le plus commun sans jamais chercher l’originalité de mes objets. Je sais dès lors transcender cet objet en objet pour atteindre mon intention artistique à travers l’objectif.
SPF : Comment décririez-vous votre démarche artistique ?
Jean-Marc Giner : Je tâtonne en zones d’ombres, fouille au fond du sac pour exhiber en pleine lumière des formes, des regards, des reflets. Je ne sais pas expliquer et j’ignore ce que je cherche et n’explique pas plus ce que je montre, démarche d’artiste qui n’aime pas se justifier. Mes photographies s’ouvrent sur le champ infini des impressions. Pour moi, l’humain représenté est toujours sublime.
SPF : Comment utilisez-vous la photographie dans votre travail ?
Jean-Marc Giner : J’accepte le jeu sans complaisance, j’utilise la photographie, cet outil génial qui pose des questions très fortes. Je redonne la parole aux autres, et ne fais que renforcer la question : qui regarde qui ? Pris au piège de ma propre démarche, le portrait implose et se retourne contre son auteur. Il me renvoie sans cesse la même question : qui piège qui ?
SPF : Que pensez-vous de l’impact des images contemporaines ?
Jean-Marc Giner : Les images contemporaines doivent fonctionner comme des virus, enflammant le contour des identités et invitant la parole à se manifester. Mais si en fin de compte la photographie est un art en trompe-l’œil, on peut toujours l’apprécier pour le plaisir, je ne donne jamais les clefs…
SPF : Quel est votre pire souvenir lié à la photographie ?
Jean-Marc Giner : C’est quand la police cubaine est venue m’arrêter parce que j’avais pénétré dans le stade olympique de la Havane sans autorisation. Ils voulaient me confisquer tout mon matériel photo avec les pellicules. Je m’en suis sorti au bout de deux heures de discussion.
SPF : Et votre meilleur souvenir ?
Jean-Marc Giner : J’exposais à Arles pendant les rencontres internationales, et Henri Cartier-Bresson est passé voir mon expo. J’étais pétrifié et tout ce que j’ai pu lui dire, c’est : « Bonjour Monsieur… ».
SPF : Qui est votre photographe préféré ?
Jean-Marc Giner : HCB.
SPF : Quand avez-vous commencé la photographie ?
Jean-Marc Giner : En 1974, avec un Canon FTB offert par mes parents pour mon anniversaire.
SPF : Avez-vous des principes éthiques pour vos portraits de rue ?
Jean-Marc Giner : Pour mes portraits de rue, j’ai toujours l’accord de la personne photographiée. Je préfère cela afin d’établir une connexion.
SPF : Quel est votre matériel préféré ?
Jean-Marc Giner : Un Nikon F301 avec un zoom Angénieux, et un Leica Q3-43.
SPF : Quels sont vos projets actuels ?
Jean-Marc Giner : Faire une exposition à Montreuil, ma nouvelle commune depuis trois mois.
SPF : Que signifie pour vous la street photography ?
Jean-Marc Giner : J’aime l’idée de faire partie d’une communauté de photographes et ainsi pouvoir échanger.
SPF : Quels conseils donneriez-vous aux débutants ?
Jean-Marc Giner : Ne faites pas la course au matériel. Votre signature viendra la plupart du temps d’une focale unique.

