Je ne déclenche que lorsque cela me touche. Ioana Lazar

Ioana Lazar a découvert la photographie de rue au fil d’expositions vues à Paris il y a plusieurs années, mais le désir d’en faire est venu bien plus tard, après avoir intégré un club photo en Île-de-France. Elle la pratique depuis bientôt trois ans, et dit que son regard ne cesse de changer. Elle travaille au Lumix S5 avec un 50 mm ouvert à 1.8, pour les ambiances intimistes. Sa démarche reste personnelle : elle ne déclenche que lorsque ce qu’elle voit la touche, et veut des clichés respectueux et humanistes, empreints de sensibilité.

On pose les questions à Ioana…

Portrait de Ioana Lazar

Un regard sensible, un 50 mm, et des images qui ne se prennent que si elles touchent.

SPF : Comment avez-vous découvert la photographie de rue ?

Ioana Lazar : J’ai découvert la photographie de rue par le biais de différentes expositions que j’ai pu voir à Paris il y a plusieurs années. Mais le désir d’en faire est venu bien plus tard, après avoir intégré un club photo en Île-de-France.

SPF : Depuis combien de temps pratiquez-vous la photographie de rue ?

Ioana Lazar : Je la pratique depuis bientôt trois ans, et mon regard ne cesse de changer.

SPF : Avez-vous suivi une formation en photographie, ou êtes-vous autodidacte ?

Ioana Lazar : J’ai beaucoup appris au contact des membres de mon club photo, dont certains ont énormément d’expérience. J’ai également suivi quelques formations ponctuelles. Le travail d’autodidacte s’articule essentiellement autour de lectures de livres photos (techniques ou artistiques), de magazines spécialisés, de vidéos de grands photographes, ainsi que la visite d’expositions diverses, afin d’enrichir et affiner mon regard.

SPF : Quel matériel utilisez-vous pour la photographie de rue (appareil photo, objectifs, accessoires, etc.) ?

Ioana Lazar : J’utilise un boîtier plein format (Lumix S5), et mon objectif préféré est le 50 mm ouverture 1.8, car j’aime les ambiances intimistes et qui racontent une histoire, et le bokeh que m’offre le 50 mm bien ouvert correspond à mon intention photographique.

SPF : Comment définiriez-vous votre style en photographie de rue ?

Ioana Lazar : On me dit que j’ai un regard très particulier et personnel. Bien que je sois attentive aux tendances actuelles, ma démarche demeure personnelle, et je ne déclenche que lorsque ce que je vois me touche. Il faut que cela résonne en moi, pour que je puisse le retranscrire. Je veux que mes clichés soient respectueux et humanistes, empreints de sensibilité. J’essaie de retranscrire en photo ce qui m’attire dans le monde qui m’entoure. J’aime piocher dans le chaos qui se présente à moi des scènes qui m’interpellent et qui en même temps me rassurent sur le sens (ineffable) de tout cela. Ce que j’essaie le plus de capter est le mystère de la vie, qui s’exprime pour moi dans de fugaces instants de grâce qui me rassurent et qui m’émerveillent. J’éprouve un besoin très important d’esthétisme en photo de rue, car la beauté met de l’ordre dans le désordre… ; or il ne s’agit pas de transformer la réalité que l’on a immortalisé sur son capteur par une post-production qui finalement peut tout déformer…, mais plutôt de saisir des moments de grâce, où la lumière serait favorable et le cadre suffisamment esthétique pour sublimer notre intention photographique. L’émotion du moment est essentielle pour moi, et mon intellect a besoin de se relier à mon cœur quand je photographie, j’ai besoin d’être entière.

SPF : Y a-t-il des photographes de rue qui vous inspirent ?

Ioana Lazar : Parmi les grands photographes humanistes, j’ai un faible pour Edouard Boubat, et ce qui me plaît par-dessus tout c’est l’émotion qui naît de la cohésion entre l’histoire évoquée et l’esthétisme dont le cliché est empreint.

SPF : Pouvez-vous partager une de vos photos de rue préférées et raconter son histoire ?

Ioana Lazar : L’une de mes photos préférées est « Modern Romance ». C’est une photo prise en Cappadoce, en octobre 2023, à 6h du matin. J’avais envie de saisir ce moment où un jeune homme prend une photo de sa copine habillée dans une belle robe, dans ce cadre d’une grande beauté… Cela m’évoquait deux choses assez contrastantes : d’une part, l’idée un peu cocasse du compagnon qui de nos jours doit avoir des compétences photographiques hors normes, et d’un autre côté, j’étais surprise par le profil assez Renaissance de la fille… Tout cela dans ce cadre où la montgolfière prend une place très imposante. J’ai choisi le noir et blanc pour rendre la photo intemporelle malgré le fait qu’on puisse assez facilement identifier l’époque.

SPF : Quels sont les défis auxquels vous êtes confronté en pratiquant la photographie de rue ?

Ioana Lazar : Le plus grand défi auquel je suis confrontée est m’approcher des gens. Je suis assez timide quand je ne connais pas les gens, mon côté enjoué ne se manifeste que lorsque je suis en confiance. Alors il est très difficile d’appréhender un éventuel refus. Je tente de plus en plus de m’imposer la contrainte du 50 mm justement pour oser aborder les personnes qui me touchent. D’un autre côté, ce qui me perturbe avec une focale comme celle-ci et un sujet qui prend la pose, c’est le manque de naturel. Aussi, je préfère parfois mon télé (70-300 mm), afin de saisir les personnages dans un contexte spécifique et dans une attitude qui demeure intacte.

Photographie de rue d’Ioana Lazar

SPF : Pouvez-vous partager une expérience mémorable que vous avez vécue tout en faisant de la photographie de rue ?

Ioana Lazar : J’ai été très heureuse d’avoir eu la chance de voir Phil Penman et Ovidiu Selaru à l’œuvre, et notamment dans des contextes particuliers, où je voyais leur intérêt pour une scène que personnellement je n’arrivais pas à capter. Voir leurs clichés par la suite m’a énormément fait réfléchir. J’ai également été touchée par leur côté humble et respectueux des photographes en herbe, de vrais mentors.

SPF : Comment gérez-vous les questions d’éthique liées à la photographie de rue, en particulier en ce qui concerne la vie privée des sujets ?

Ioana Lazar : Une de mes démarches principales est que le sujet soit profondément respecté et mis en valeur. Le côté esthétique de l’image est essentiel pour moi. Je n’ai pas une pratique invasive car cela ne me correspond pas.

SPF : Avez-vous déjà eu des situations délicates en photographie de rue et comment les avez-vous gérées ?

Ioana Lazar : Sincèrement, non. Quand une personne a manifesté son désir de ne pas être photographiée, j’ai accepté cela simplement.

SPF : Quels conseils donneriez-vous aux débutants qui souhaitent se lancer dans la photographie de rue ?

Ioana Lazar : Je donnerais probablement les mêmes conseils que j’ai reçus lors de mes débuts photographiques : de sortir prendre des photos le plus souvent possible, de regarder la lumière, de se rendre perméable à ce qui nous entoure… Et aussi de beaucoup se former, de voir des expos, de participer à des conférences. Tout cela me semble nécessaire pour affiner son regard et trouver son style.

SPF : Comment avez-vous rejoint Street Photography France ?

Ioana Lazar : J’ai découvert Street Photography France lors de ses débuts, et la démarche a tout de suite capté mon intérêt. J’ai décidé de rejoindre la communauté car ses valeurs me correspondent : le partage de cette passion commune dans un climat de respect et avec l’envie de grandir et de s’améliorer au contact des autres.

SPF : Quels avantages trouvez-vous dans l’appartenance à cette communauté ?

Ioana Lazar : Ce qui m’intéresse par-dessus tout c’est le partage autour de notre passion commune.

SPF : Avez-vous des projets ou des idées pour renforcer la communauté de Street Photography France ?

Ioana Lazar : Je pense qu’il est essentiel d’amener les gens vers un désir d’exigence, voire d’excellence ; toute photo prise dans la rue n’est pas une bonne photo… déclencher sur le vif rend parfois le cliché agressif et dénué d’intérêt esthétique. Alors le contact avec des membres expérimentés, ayant de l’expérience mais également une culture photo solide, peut nous amener à affiner son regard et avancer. Pour ce faire, les rencontres et balades photo me semblent une excellente idée.