Il m’a fallu trois ans pour la trouver. François COURANT

François COURANT a découvert la photographie de rue en 1996, dans un magasin qui vendait des affiches et des cadres, et a pris ses premières images en 2021. Autodidacte — il a tout appris sur YouTube, du triangle d’exposition au mode manuel —, il photographie au Fujifilm X-E4 et à l’ultra grand angle : un 8 mm, douze millimètres en équivalent plein format, qui l’oblige à s’approcher très près de ses sujets. Jamais de rafale, toujours une seule image.

On pose les questions à François…

Il lui a fallu trois ans pour trouver sa photographie préférée : des lampadaires sur un remblai, vus en 2022, repris en tête les années suivantes, et une révélation en 2025, debout sur le trottoir d’en face. Entre-temps, François COURANT est passé du 35 mm au 12 mm en équivalent plein format, et a pris l’habitude, quand il marche sans appareil, de déclencher dans sa tête.

SPF : Comment avez-vous découvert la photographie de rue ?

François COURANT : En 1996, j’ai travaillé dans un magasin qui vendait des affiches et des cadres. J’ai donc connu la photo de rue à cette époque là.

SPF : Depuis combien de temps pratiquez-vous la photographie de rue ?

François COURANT : J’ai pris mes premières photos de rue en 2021

SPF : Avez-vous suivi une formation en photographie, ou êtes-vous autodidacte ?

François COURANT : Je suis totalement autodidacte, j’ai appris la photo avec des vidéos sur youtube avec la chaîne « deviens photographe ». J’y ai tout appris, le triangle d’exposition, prendre les photos en mode manuel…

SPF : Quel matériel utilisez-vous pour la photographie de rue (appareil photo, objectifs, accessoires, etc.) ?

François COURANT : J’utilise un XE4 de Fujifilm avec un 8mm équivalent 12mm Full Frame depuis le mois d’octobre 2025. Avant, j’utilisais le 10mm du 10-24mm de fujifilm. Mais il était lourd et vu que je restai sur le 10mm, j’ai préféré opter pour la focale fixe 8mm. Avant le 10mm, j’utilisais le 14mm de fuji. En fin de compte, j’ai commencé au 24mm eq 35mm, puis je suis passé au 18mm eq 28mm, puis au 14mm eq 21mm puis le 10mm eq 15mm et enfin le 8mm eq 12mm. J’adore mon 8mm.

SPF : Avez-vous un équipement préféré pour la photographie de rue, et pourquoi ?

François COURANT : J’utilise le 14mm pour les photos de famille et maintenant toujours le 8mm en photo de rue ;

SPF : Comment définiriez-vous votre style en photographie de rue ?

François COURANT : J’en ai aucune idée, je me promène dans les rues et parfois je vois une scène que j’ai envie de prendre en photo. Vu que je suis à l’ultra grand angle, je suis obligé de me rapprocher énormément du sujet, j’ai donc le temps de réfléchir à l’angle de prise de vue. Le plus difficile est de ne pas shooter trop tôt. Je n’utilise jamais la rafale toujours en one shot.

SPF : Y a-t-il des photographes de rue qui vous inspirent ?

François COURANT : Parfois, je regarde des photos de photographes connus, mais je pense que c’est le mélange entre toutes les photos que j’ai pu voir et ma vie personnelle qui font ce que mes photos sont. Je n’ai jamais essayé de copié un photographe, par contre, j’ai toujours essayé de m’améliorer.

SPF : Pouvez-vous partager une de vos photos de rue préférées et raconter son histoire ?

François COURANT : En 2022, j’étais à Saint-Hilaire de Riez et je voyais les lampadaires sur le remblai et dans ma tête je savais que je pouvais faire quelque chose avec ça mais je ne voyais pas quoi. Les années suivantes, ces lampadaires me trottaient dans la tête mais je n’avais aucune inspiration. Je ne voyais pas ce que je pouvais en faire. En 2025, j’ai eu la révélation, je me suis mis sur le trottoir en face du lampadaire et j’ai pris quelques photos au 10mm. C’est ma photo préférée à ce jour, il m’a fallu 3 ans pour la trouver.

SPF : Quels sont les défis auxquels vous êtes confronté en pratiquant la photographie de rue ?

François COURANT : Mon défi est de repérer la photo, réussir à être au bon endroit au bon moment pour déclencher. Avec un 8mm eq 12mm FF ce n’est pas toujours évident. A l’inverse, il faut réussir à déclencher à l’instinct quand une photo surgit sans prévenir. Cela arrive. Quand je marche sans appareil photo, je déclenche des photos dans ma tête, je pense « clic » comme si je prenais la photo au bon moment. Si biens que parfois, il m’est arrivé de penser « clic » et de ne pas appuyer sur le déclencheur.

SPF : Pouvez-vous partager une expérience mémorable que vous avez vécue tout en faisant de la photographie de rue ?

François COURANT : A Rennes, il y a de grandes volières dans un parc. A l’époque, j’utilisais un 24mm eq 35mm et je vois un enfant en interaction avec un perroquet. Je commence donc à m’accroupir pour prendre une photo de l’enfant avec le perroquet. Et là, surgit son père me hurlant dessus et me traitant de pédophile. J’ai essayé de lui expliqué ma démarche mais sa colère était si grande qu’il était incapable de m’écouter. J’ai donc dû repartir sans la photo. Un monsieur est intervenu pour prendre ma défense au moment où je quittais les lieux et j’ai vu le père se baisser pour prendre la photo avec son téléphone.

SPF : Comment gérez-vous les questions d’éthique liées à la photographie de rue, en particulier en ce qui concerne la vie privée des sujets ?

François COURANT : Je ne prends pas de photos qui pourraient être dégradante pour le sujet comme des personnes en état d’ébriété, ou en train de dormir dans la rue. J’ai une photo d’un SDF qui s’installe toujours au même endroit mais je ne l’ai jamais partagée. Après, c’est un sujet délicat. Nous ne connaissons pas l’histoire des personnes qui se retrouvent sur nos clichés.

SPF : Avez-vous déjà eu des situations délicates en photographie de rue et comment les avez-vous gérées ?

François COURANT : A part ma rencontre du père de l’enfant au perroquet, je n’ai pas eu de problèmes particuliers. Une fois, un jeune est venu me demander de supprimer une photo alors que je ne l’avais pas pris en photo. Je lui ai montré les 2 ou 3 photos que j’avais prise et il était tout surpris de ne pas être dessus. Si cela avait été le cas, j’aurai supprimé la photo sans problème. Nous ne savons pas à qui nous avons à faire, je préfère donc être prudent. Des photos, il y en aura d’autres.

SPF : Quels conseils donneriez-vous aux débutants qui souhaitent se lancer dans la photographie de rue ?

François COURANT : Je pense qu’en photo, il faut faire des photos qui nous plaisent au lieu de faire des photos pour plaire aux autres. A mon avis, c’est cette démarche qui permet de trouver son style.

SPF : Avez-vous des recommandations pour développer sa créativité en photographie de rue ?

François COURANT : Il me semble important de faire des pauses dans sa pratique photo. Ces moments plus ou moins long permettent de prendre du recul et d’améliorer son travail. Autrement, nous risquons de faire toujours la même chose et de ne pas avancer et pire de s’ennuyer.

SPF : Avez-vous des projets ou des objectifs futurs en photographie de rue que vous aimeriez partager ?

François COURANT : Actuellement, je n’ai pas de projet en particulier, je sors d’une période assez longue pendant laquelle je partais avec l’appareil et je revenais sans aucune photo ou des photos qui ne me plaisaient pas. Mon projet actuel est peut-être de travailler avec un pied afin de m’obliger à faire plus attention à l’environnement et peut-être faire des essais avec un filtre ND1000 afin de jouer sur les flous. Je pense que je vais essayer des prises de vues comme ça.

SPF : Prévoyez-vous de participer à des expositions ou des publications prochainement ?

François COURANT : Je n’y ai jamais vraiment réfléchi à exposer, mais pourquoi pas.

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